Le jour où le prince Louis Ier de Monaco débarqua à Rome avec 100 carrosses

Nommé représentant de la France auprès du Saint-Siège en 1699, le Prince va mener une vie d’un luxe inouï à Rome, avant de succomber à un malaise. Antoine Ier lui succède et serre la vis.

André PEYREGNE Publié le 11/12/2022 à 15:03, mis à jour le 11/12/2022 à 10:30
Le prince Louis Ier de Monaco à son apogée. (DR) DR

Au XVIIe siècle, le moins qu’on puisse dire est que les relations étaient au beau fixe entre la France et Monaco. Non seulement le prince Louis Ier de Monaco était le filleul du roi de France Louis XIV… mais son épouse Charlotte était devenue la maîtresse de ce dernier ! [lire Monaco-Matin du 4 décembre]

Cette situation plutôt embarrassante n’empêcha pas Louis XIV, par la suite, de garder les meilleures relations avec Louis Ier de Monaco et de lui proposer un poste inattendu. C’est ce que nous vous racontons aujourd’hui.

Un homme de confiance auprès du Saint-Siège

À la fin du XVIIe siècle, l’état de santé de deux souverains inquiétait l’Europe : celui du pape Innocent XII, âgé de 85 ans, et celui du roi Charles II d’Espagne qui, bien qu’âgé d’à peine 38 ans, était malade et sans héritier. Deux importantes successions étaient à prévoir.

Le roi de France Louis XIV surveillait la situation de près.

L’ambassadeur de France auprès du Saint-Siège, le cardinal de Bouillon, venant de quitter son poste, il fallait lui trouver un successeur de confiance qui, lors de l’élection du nouveau pape, saurait s’imposer auprès du collège des cardinaux.

Louis XIV hésitait. Le cardinal Mazarin, mort en 1661 et le grand Colbert, mort en 1683, n’étaient plus là pour le conseiller. C’est alors qu’il pensa à son filleul, le prince de Monaco Louis Ier.

Malgré les épisodes adultérins avec son épouse, celui-ci lui avait toujours été d’une grande fidélité à son égard, participant de 1672 à 1678 aux campagnes guerrières de la France dans les Pays-Bas espagnols.

En 1698, Louis Ier était âgé de 58 ans, père de six enfants dont deux filles, Jeanne-Marie et Marie-Thérèse, étaient entrées dans les ordres au couvent de la Visitation créé à Monaco par leur mère Charlotte, et dont un fils, François-Honoré, était chanoine à Strasbourg après avoir été abbé à Monaco.

Tout en restant prince de Monaco, Louis Ier fut donc désigné comme ambassadeur du roi de France auprès du Saint-Siège.

Une flotte de quatre galères royales françaises

Son arrivée à Rome, le 27 juin 1700, fut quelque chose de spectaculaire. Ainsi que le rapportent dans les Annales monégasques Thérèse Gizzi et Robert Fillon, ex-ambassadeur de Monaco à Rome, une flotte de quatre galères royales françaises conduisit à Rome le prince Louis Ier et sa suite. Louis Ier amenait avec lui tout son ameublement, dont une quantité de tableaux issus de la collection de maîtres constituée par son grand-père Honoré II.

Son entrée dans la ville fut accompagnée d’un cortège de cent carrosses. Cela marqua les Romains pendant des années. Louis Ier s’installa dans le palais Corsini qui avait été pendant trente ans la résidence de la reine Christine de Suède. Au milieu d’hectares de jardins, il disposait de douze luxueux carrosses et d’une cinquantaine de chevaux. Son administration et sa domesticité ne comptaient pas moins de cent soixante personnes. C’est de là qu’il surveillerait, de loin, sa Principauté de Monaco.

Bien vite, les réceptions à l’ambassade de France devinrent parmi les plus cotées de la ville. Les dîners se faisaient dans de la vaisselle d’or, d’argent et vermeil.

Un chroniqueur de l’époque parle du manteau de l’ambassadeur « orné d’une longueur de trente-sept mètres de dentelle de soie noire veloutée au point d’Espagne » ! La décoration de ses carrosses était assortie à sa tenue vestimentaire.

Des fers en argent massif pour les chevaux

Lorsque Louis Ier se rend à sa première audience avec le pape Innocent XII, le déplacement s’apparente à celui d’un chef d’État.

Il est accompagné de soixante-dix prélats, quatre-vingt quinze chevaliers romains, quarante chevaliers français, plus de trois cents carrosses.

Ainsi que le rapporte Alain Decaux dans son Monaco et ses princes, les chevaux du prince étaient dotés de fers en argent massif. On n’avait jamais vu cela !

Cette vie de luxe ne dura que l’espace d’un été. Car Innocent XII mourut le 27 septembre 1700. Le nouveau pape, Clément XI, fut intronisé le 23 novembre.

Louis Ier fut le premier ambassadeur à être reçu. France, fille aînée de l’Église !

La fin d'une période faste

Mais, au sortir de l’audience, le prince de Monaco fut victime d’un malaise. Il mourut le mois suivant, le 3 janvier 1701.

Ses obsèques à Rome déplacèrent une foule considérable.

On en trouve une description aux Archives de Monaco : « La population innombrable se pressait, pleurant la mort d’un grand ministre du roi très chrétien de France et d’un prince ayant toutes les qualités désirables chez un grand personnage ».

Quelques jours plus tard, le corps de Louis Ier fut ramené à Monaco. Il fallut trois mois pour rapatrier de Rome tout le mobilier. Les carrosses furent mis en vente.

Louis Ier eut pour successeur, à Monaco, son fils Antoine Ier et, à Rome, le cardinal Toussaint de Forbin. C’en était fini du faste de l’ambassade de France.

Âgé de 40 ans, Antoine Ier trouva la Principauté dans une situation financière désastreuse. Il faudrait faire des économies ! Il en vint à mettre en gage les bijoux de son épouse Marie de Lorraine. Mais ceci est une autre histoire…

Le roi de France Louis XIV. (DR) Dr.
Le pape Innocent XII DR.
Le palais Corsini à Rome où vécut et mourut Louis Ier de Monaco Dr.

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