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Le 19 octobre 1869, le premier train entrait en gare de Monaco

Ce jour-là, sous le règne de Charles III, l’avenir touristique et commercial de la Principauté allait être complètement changé.

André PEYREGNE Publié le 23/10/2021 à 13:57, mis à jour le 23/10/2021 à 13:57
La première gare de Monaco – qui accueillit son premier train de voyageurs – était située à l’entrée de la Principauté, à l’emplacement actuel de l’avenue Prince Pierre et de la Promenade Honoré II. Photo DR

Il faisait un temps de chien. Ce 19 octobre 1868 était un jour à ne pas mettre un pied dehors. Il pleuvait à verse. Ce jour marqua pourtant l’Histoire de Monaco. Un événement s’y déroula, qui allait changer l’avenir touristique et commercial de la Principauté: l’arrivée du premier train de voyageurs.

Désormais, la Principauté de Monaco serait désenclavée. Les visiteurs, les touristes, les commerçants, les hommes d’affaires, les joueurs pourraient y venir. La Principauté allait pouvoir s’enrichir, prospérer, s’agrandir.

Il était 8 heures 35 du matin lorsque, malgré le mauvais temps, on vit grandir de loin le panache de fumée de la locomotive. Le coeur serré, on entendit s’approcher le bruit haletant de la machine.

Une victoire considérable pour l'avenir

On vit arriver avec les wagons qu’elle tractait. Elle s’arrêta le train long du quai de la petite gare dans un bruit métallique de roues qui freinent et dans un échappement strident de jets de vapeurs. Des années de tractations, de travaux, d’espoirs et de renoncements arrivaient à leur terme.

 

Le train était enfin là. C’était une victoire considérable pour l’avenir. Les premiers voyageurs descendirent. D’autres suivirent dans la journée. Il y en eut exactement 346 le premier jour, selon le Journal de Monaco qui fit, bien sûr, grand cas de l’événement: "Les trains, pris d'assaut à la gare de Nice, déposent quatre fois par jour à la gare de Monaco des foules de visiteurs amenés bien moins peut- être par l'attrait du pays déjà bien connu, qu'attirés par le désir de parcourir les premiers cette voie nouvelle si pittoresque, que le génie de l'homme a si hardiment conquise sur un sol abrupt, semé d'obstacles qui au premier abord pouvaient paraître insurmontables."

Le prix du trajet depuis Nice était de 4,80 francs en première classe, 4,35 francs en deuxième classe, 1 franc en troisième. Car il y avait trois classes à l’époque.

Il en avait fallu des années de discussions et de travaux pour en arriver là . Il avait aussi fallu une complicité entre l’empereur des Français Napoléon III et le prince de Monaco Charles III. Si cette complicité n’avait pas existé, le chemin de fer serait passé à l’écart de la Principauté et aurait laissé Monaco dans son isolement de petit port.

Une ligne magistrale

Les travaux de la ligne entre Nice et Monaco durèrent quatre ans. Quatre ans de creusements de rochers, de construction de ponts, de percements de tunnels, d’élévation de murs de soutènement. 

La gare devant le Rocher. Photo DR.

Commentaire du Journal de Nice: "La distance est de 15 kilomètres et demi mais nulle part, certainement, il n'est donné de voir, dans un espace si étroit, accumulés autant de défis et de rébellions de la nature, et autant d'oeuvres qui par leur grandeur et leur audace attestent plus fièrement la puissance de l'homme pour dompter les obstacles. Il n'existe pas en France une ligne ferrée aussi magistrale que celle de Paris à la frontière d'Italie."

Le reporter du Journal de Monaco a effectué le voyage: "La nouvelle voie de Nice à Monaco déroule son double ruban de rails au pied des dernières assises des Alpes maritimes, au bord de la mer, parmi les jardins de citronniers et d'orangers, les bois de caroubiers, d'oliviers, et de pins. Parfois - c'est souvent qu'il faudrait dire - la montagne tombe à pic dans la mer et semble vouloir barrer le passage au train, mais la locomotive fait une longue trouée dans la montagne."

 

Adieu Grande Corniche ?

Le journaliste estime que l’usage de la Grande Corniche va tomber en désuétude: "Désormais tous les voyageurs qui vont en Italie vont abandonner la route de la Corniche pour passer par Monaco. De nombreuses voitures, omnibus, diligences, courriers, vont circuler sur les routes de la Principauté et donner à ce pays une vie, une animation inconnues jusqu'à ce jour." L’abandon de la Grande Corniche est également évoqué par le Journal de Nice: "Adieu superbe route de la Corniche; ta célébrité va s'éclipser; nous ne gravirons plus tes gigantesques escarpements, qui menacent les nues et où tu te déroules pour te précipiter vers l'abîme avec tes méandres vertigineux!"

Mais le Journal de Monaco continue à faire confiance à un autre moyen de transport: le bateau. Celui qui relie Monaco à Nice s’appelle le Charles III: "Le Charles III n'arrête pas le service qu'il faisait entre le port de Nice et celui de Monaco. Il reste toujours à la disposition des touristes curieux de côtoyer ce littoral enchanteur tout dentelé de golfes et de promontoires; seulement ce service est modifié: le Charles III partira de Nice à 11 heures du matin et de Monaco à 7 heures et demie du soir."

En descendant sur le quai de la gare, en ce 19 octobre 1868, les premiers voyageurs ont fait un petit pas pour l’homme et un grand pas pour la Principauté...

Deux gares à Monaco

La première gare de Monaco – celle qui accueillit son premier train de voyageurs – était située à l’entrée de la Principauté, derrière le Rocher, à l’emplacement actuel de l’avenue Prince Pierre et de la Promenade Honoré II.

Une extension de la voie ferrée fut lancée en 1 866. La nouvelle ligne franchit le vallon sainte Dévote sur un viaduc au-dessus de l’église.

La SBM décida d’amener les touristes au plus près des salles de jeux et fit construire une seconde gare au pied du casino. Elle fut inaugurée en 1869 à l’emplacement actuel de l’hôtel Fairmont. Des ascenseurs permettaient aux voyageurs d’accéder directement aux salles de jeux. Pendant plusieurs décennies, il y eut donc deux gares en Principauté.

La seconde gare, au pied du Casino, fut inaugurée en 1869. Photo DR.

Les données techniques

Le Journal de Nice du 20 octobre donne les détails techniques sur la liaison ferroviaire entre Nice et Monaco : "Sur cette distance de 16 kilomètres environ, on a dû percer onze tunnels : Cimiez 600 mètres, Villefranche, 4500, Malrive 65, Cap Roux 420, Cabeel 500, les Piastres 65, Saint- Laurent 540, Mala 70, Rogneux 215, la Batterie 495, la Douane 100.

Ainsi, plus de quatre kilomètres et demi ont dû être établis souterrainement dans des roches calcaires. Outre ces travaux considérables, d’autres non moins importants ont dû être exécutés aux portes et entre chaque tunnel pour soutenir les chaussées, s’élevant de 12 à 25 mètres au-dessus de la mer.

Des murs de soutènement également considérables ont dû être construits sur divers points, entre autres à Villefranche, à Èze, Isoletta, la Gardia, aux Pissarelles, à Rogneux, à la Batterie et Fontvieille. De nombreux ponts et des aqueducs pour l’écoulement des eaux ont également été construits".

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