La Préhistoire en pleine lumière au nouveau musée de Roquebrune-sur-Argens

S’appuyant sur des fouilles archéologiques menées dans les années soixante, un nouveau musée a ouvert ses portes contenant de nombreux vestiges découverts dans le secteur de la Bouverie, à Roquebrune-sur-Argens.

Fred M. Publié le 07/08/2021 à 17:21, mis à jour le 10/08/2021 à 10:05
La Maison de la Préhistoire, nouvellement ouverte à La Bouverie, collecte des pièces taillées découvertes dans les grottes bouvériennes. Photos Fred M. et illustration artcheograph.fr

Avec l’ouverture de la Maison de la Préhistoire début juillet, à La Bouverie, la ville se dote d’un lieu spécifique grâce aux fouilles archéologiques initiées dans les années soixante par deux Roquebrunois passionnés de cette période antédiluvienne.

"Le 25 décembre 1966, raconte Sofia Puigdellivol, du service du patrimoine, lors d’une promenade, mon beau-père François a découvert des vestiges préhistoriques dans quatre petites grottes limitrophes de Bagnols-en-Forêt. Il était passionné de géologie et membre du club de spéléologie de Fréjus. Également féru de Préhistoire, le docteur Jean Landréat a écrit en 1968 sur ces découvertes."

Grattoirs et pointes de flèches

Il était donc légitime que ce nouveau lieu culturel, se voulant didactique, porte le nom de ces figures locales ayant œuvré pour le patrimoine.

Dans une première salle, de grandes fresques murales retracent l’évolution de la présence humaine sur La Bouverie, de l’outillage, du paléolithique à l’époque historique.

 

Vitrines d’outils préhistoriques en silex taillé s’enchaînent dans une deuxième salle répertoriant, entre autres, les vestiges découverts dans ces grottes préservées car difficilement accessibles.

"La grotte n°1, précise Sofia Puigdellivol, la plus sombre et la plus grande, habitée il y a 35.000 ans soit entre -28.000 et -8.000, est celle qui contenait le plus d’éléments. La deuxième, plus petite et plus lumineuse, contenait moins de traces sinon des restes alimentaires. Quant aux deux autres cavités, les découvertes étaient moins importantes."

Pour le service du patrimoine, cet homo sapiens, dénommé localement "homo bouvérien", vivant à l’époque glaciaire était un manufacturier très évolué: les grattoirs et les pointes de flèches d’une extrême finesse en étant la preuve.

Les passionnés pourront remonter le temps à travers la multitude de pièces issues des fouilles menées à La Bouverie mais également d’autres sites archéologiques provençaux.

Quant aux visiteurs moins avertis, ils pourront se perdre dans la lecture plus légère de la bande dessinée de Jean-Luc Garréra, Michel Rodrigue et Michaël Olivier. Celle-ci, consacrée à Roquebrune-sur-Argens et à la Préhistoire, a été publiée à l’occasion du premier festival de la BD historique qui s’est tenu au printemps dernier à La Bouverie.

 

Savoir +
Maison de la Préhistoire ‘‘Jean-Landréat et François- Puigdellivol’’, place des Félibres, La Bouverie.
Tél. 04.98.11.36.85. Entrée gratuite.
Du mardi au samedi de 9h30à 12h30 et de 14h à 18h30. Jours fériés: de 9h30à 12h30.

"Des chasseurs-cueilleurs qui se déplaçaient entre le Verdon et le nord de l’Italie"

Carole Cheval, docteur en Préhistoire, évoque la population d’alors.

Peut-on nommer l’homme préhistorique ayant vécu dans les grottes de La Bouverie homo bouvérien?Les populations préhistoriques qui ont fréquenté les grottes de la Bouverie étaient des homo sapiens tout comme nous. Le Bouvérien, selon le préhistorien Gérard Onoratini, désignait une culture préhistorique qui correspondait à la fin du paléolithique supérieur en Provence (entre -16.000 et -12.000 ans avant aujourd’hui). De nos jours, ce terme est abandonné et on lui préfère le terme d’Épigravettien qui vaut pour tout le sud-est de l’Europe.

Quel était le mode de vie de l’homo sapiens habitant ces grottes?
Il s’agissait sans doute de populations nomades, de chasseurs-cueilleurs, qui se déplaçaient entre le Verdon et le nord de l’Italie. On sait que l’aire d’échanges et de déplacement est assez vaste grâce à la circulation des matières premières et des objets. On s’appuie sur de nombreuses recherches ethnologiques pour définir leurs modes de vie. Dans la grotte n°2, on a trouvé de rares pièces de la fin du néolithique (poignard bifacial) montrant que des populations d’agro-pasteurs ont fréquenté ces mêmes grottes plus récemment, il y a environ 5.000 ans.

Quel était le climat, alors?
C’est la grotte n°1 qui sert de référence pour les datations, la plus grande et celle qui a livré le plus de mobilier (lithique et un peu de faune). Ces fouilles, qui ne sont que partiellement publiées, donnent une séquence de la deuxième moitié du paléolithique supérieur: Gravettien et Épigravettien (35.000 BP à 12.000 BP*), autour et après le dernier maximum glaciaire, donc il règne alors un climat froid. Le niveau de la mer est alors bien plus bas qu’actuellement: - 120mètres. C’est à cette époque que sont réalisées les peintures de la grotte Cosquer (située à Marseille dans la calanque de la Triperie, Ndlr), probablement par les mêmes populations. Il faut imaginer que la grotte Cosquer, immergée aujourd’hui, surplombait alors une vaste plaine, la mer étant à plusieurs kilomètres.


*Les dates sont en BP pour Before Present, c’est-à-dire qu’au lieu de dire "avant notre ère", on dit: "Il y a..."

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