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Il y a cent ans, l’hospitalisation d’Albert 1er était suivie minute par minute à Monaco

Pendant le mois de septembre 1921, les Monégasques suivent avec inquiétude l’évolution des bulletins de santé du Prince de Monaco.

André PEYREGNE Publié le 23/09/2021 à 16:30, mis à jour le 22/09/2021 à 10:40
Le prince Albert 1er de Monaco. DR

Début septembre 1921 - il y a cent ans - une nouvelle abasourdit les Monégasques : le prince Albert 1er a été hospitalisé et opéré. Il a été pris d’un malaise alors qu’il se trouvait dans les Pyrénées, à Font-Romeu, pour un séjour consacré à la chasse.

Agé de 72 ans, il règnait sur la Principauté depuis trente deux ans.

Il a été opéré sur place à Font-Romeu à la suite d’une occlusion intestinale. Le docteur Bazy, membre de l’Institut de France, est venu de Paris pour effectuer l’opération.

 

Le docteur et le Prince se connaissaient déjà, Albert 1er faisant lui aussi partie de l’Institut de France en tant que membre associé de l’Académie des Sciences pour ses travaux océanographiques. Ils s’appellent l’un l’autre « Mon cher confrère ».

Les Monégasques furent tenus au courant de l’état de santé de leur souverain par le Journal de Monaco avec un souci de la transparence qui étonne pour l’époque : « Son Altesse Sérénissime le Prince Albert qui, comme chaque année à cette époque, faisait une campagne de chasse dans les Pyrénées, est revenu souffrant au Grand Hôtel de Font-Romeu le samedi 27 août. Son Altesse Sérénissime a eu juste le temps de descendre de la montagne. Il a fallu très rapidement se résoudre à une intervention chirurgicale. Le Professeur Pierre Bazy, membre de l’Institut de France, secondé par son fils, le Docteur Louis Bazy, chirurgien des Hôpitaux de Paris, a procédé à l’opération, le mercredi 31 août, à 18 heures, avec l’assistance des Docteurs de Sard, Riquez et Louët. »

Le Journal de Monaco publie les échanges télégraphiques entre les docteurs à Font-Romeu et à Paris - même les plus inquiétants.

29 août, 18 heures : « Après consultation, estimons état malade moins satisfaisant. Prenons mesures médicales énergiques espérant améliorations. Télégraphierons demain matin résultat. »

 

30 août, 10 heures 30 : « Etat aggravé nécessitant intervention chirurgicale urgente. Demandons chirurgien et garde quittant Paris absolument aujourd’hui. »

30 août, 9 heures : « Etat grave stationnaire nous permettant d’attendre le chirurgien de Paris. »

1er septembre, 8 heures : « Situation étant aggravée depuis hier, l’indication opératoire nous a paru formelle. Pronostic toujours réservé. »

Les messages de sympathie arrivent du monde entier - le Journal de Monaco en remplit ses colonnes : du président de la République française, des rois d’Angleterre, d’Italie, de Belgique, etc.

Des séances de prières sont organisées par l’évêque
de Monaco

 

Lorsqu’il s’est rendu dans les Pyrénées, le prince Albert 1er rentrait de deux voyages qui n’avaient pas été de tout repos : le premier, aux Etats-Unis, avait duré trois mois, d’avril à juillet. Le prince Albert 1er y avait été honoré en tant que scientifique et avait prononcé le 25 avril à Washington un célèbre « Discours sur les océans » devant la National Academy of Sciences. Le second s’était déroulé en Belgique où, le 28 juillet, le prince avait assisté à la pose de la première pierre de la nouvelle bibliothèque de l’Université de Louvain, l’ancienne ayant été détruite par des bombardements en août 1914.

Le 1er septembre en fin de matinée arrive le premier communiqué rassurant : « 12 heures 30 : Opération très bien supportée ; 19 heures : Etat satisfaisant. »

2 septembre, 9 heures 45: « Nuit bonne, état général se maintient très bon. Le moral est bon . »

3 septembre, 9 heures 45 : «La situation continue de s’améliorer à tous les points de vue. Le professeur Pierre Bazy rentre aujourd’hui à Paris. Le docteur Louis Bazy reste auprès de Son Altesse Sérénissime. En raison de l’état satisfaisant il ne sera plus publié qu’un seul bulletin chaque jour. »

Le souverain monégasque quitta Font-Romeu pour Paris le 13 septembre.

Le 14, le prince Albert 1er écrit au président de la République française Alexandre Millerand: « Monsieur le Président, Rentrant à Paris dans le triste équipage qui rapproche les misères humaines, les consolations et toutes les formes de la bonté, j’adresse à Votre Excellence mes remerciements pour les manifestations dont je suis l’objet depuis quinze jours. Je remercie en vous les travailleurs de l’esprit qui depuis ce temps m’ont transmis constamment les sympathies de la Science française. Je renouvelle à Votre Excellence les assurances de ma haute estime et de ma cordiale amitié. »

 

Les médecins confirment, le 19 septembre, l’amélioration de l’état de santé : « Malgré la longueur du voyage deu Font-Romeu à Paris, Son Altesse l’a merveilleusement supporté et est maintenant installée à Paris. Depuis Son retour, les progrès ont, sans cesse, continué de se manifester. »

On connaît, hélas, la suite. Souffrant d’une nouvelle occlusion intestinale neuf mois plus tard, il mourra à Paris le 26 juin 1922. On commémorera en juin prochain le centenaire de sa disparition.

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