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Il y a 150 ans naissait Serge de Diaghilev, l'artiste qui a amené les Ballets russes à Monte-Carlo

L’homme qui a amené les Ballets Russes et fait rayonner Monaco dans le monde de l’art est né le 19 mars 1872. Il représente encore l’apothéose de la Grande Russie en Principauté.

André PEYREGNe Publié le 13/03/2022 à 15:05, mis à jour le 13/03/2022 à 10:28
Serge de Diaghilev coiffé de son habituel haut de forme. DR

Il y a cent cinquante ans, le 19 mars 1872, naissait l’homme qui, plus tard, dirait : « Je ne sers à rien mais je suis indispensable », et qui fut en tout cas indispensable au rayonnement artistique de la Principauté de Monaco : Serge de Diaghilev. C’est lui qui, en 1911, a amené les Ballets Russes à Monaco.

Émigré de Russie, Diaghilev, venu de Saint-Pétersbourg, avait lancé sa troupe au Théâtre du Châtelet à Paris. Mais il lui fallait un point d’attache et un lieu de répétition. Très vite, il pensa à Monaco. Le prince Albert-Ier l’accueillit.

Une première série de spectacles eut lieu en avril 1911. Ils se poursuivirent jusqu’en 1914. La troupe se fixa en Principauté à partir de 1920, venant y passer chaque année plusieurs mois d’hiver.

Lorsqu’on se promène dans les jardins du Casino, devant ce qui fut le studio des Ballets Russes, on a le vertige en pensant qu’ont dansé là les Nijinsky, Massine, Balanchine, Pavlova, Ida Rubinstein, Lifar…

 

Diaghilev était un maître dans la Principauté. Il fallait le voir parader, enveloppé de sa cape noire fourrée d’opossum, coiffé d’un haut-de-forme. Il était chez lui à Monaco. On s’inclinait sur son passage, on l’admirait, on le respectait.

"Nijinsky
était son amant"

Nous voilà au soir du 9 avril 1911 dans sa salle de l’Opéra. Diaghilev présente le ballet Shéhérazade. Les solistes sont la grande Karsavina et le légendaire Nijinsky. Diaghilev est aux cent coups. Nijinsky le subtil, le magnifique, est son amant.

Dans sa loge, Diaghilev est aux côtés de l’Aga Khan, venu admirer la Karsavina dont il est épris. Les grands ducs Georges, Serge Mikhaïlovitch, Boris et Andreï Vladimirovitch sont là, ainsi que l’illustre chanteur Chaliapine. C’est l’apothéose de la grande Russie à Monaco. Sur scène, les décors sont fastueux. Le succès est total - si ce n’est la mauvaise humeur de la veuve du compositeur Rimsky-Korsakov qui hait le modernisme du spectacle.

Le Journal de Monaco s’enthousiasme sous la plume d’André Corneau : « Dès que Melle Karsavina fait son entrée, dans la poussière dorée d'un rayon lumineux, drapée dans un nuage de frissonnante mousseline, cette charmeuse ailée, crânement campée sur ses petits pieds de satin, captive l'attention. On reste en extase devant ses tours de force et quand on la croit encore abîmée d'amour entre les bras de son compagnon de pointes, elle est déjà tout là-bas, se livrant à des ébats étonnants de hardiesse, de vivacité et de grâce juvénile… »

 

Emile Vuillermoz, le grand critique de musique et de cinéma, n’est pas en reste : « Nous avons vu cette coruscante Shéhérazade. Elle laisse l’imagination éblouie et l’œil aveuglé par la magie de ses lignes admirables et le ruissellement lumineux de ses émeraudes. Nous avons connu de nouveau les bonds irréels du nègre amoureux, cet élan fou de Nijinsky, cette souple détente dans l’espace qui n’est ni humaine ni animale et ne peut se comparer qu’à l’échevellement d’une flamme. »

Cocteau, Debussy, Ravel, Satie... l'art de s'entourer des meilleurs

Pour les affiches de sa première série de spectacles à Monte-Carlo, en 1911, Diaghilev a engagé un peintre de 21 ans, Jean Cocteau. En tout domaine, Diaghilev a l’art de ne s’entourer que de l’élite.

Il va solliciter tous les plus grands compositeurs de l’époque : Debussy pour son ballet Jeux, Ravel pour Daphnis et Chloé, Eric Satie pour Parade, Manuel de Falla pour le Tricorne, Richard Strauss pour la Légende de Joseph, Prokofiev pour le Fils prodigue, Respighi pour la Boutique fantasque, Poulenc pour les Biches, et bien sûr Stravinsky pour l’Oiseau de feu, Pétrouchka et le Sacre du Printemps.

On croit rêver ! Toute une partie de l’Histoire de la musique est là, entre ses mains !

Pour ses décors, il fera appel à Picasso, Delaunay, Derain, Max Ernst, Rouault, Marie Laurencin.

Pour tout cela, Diaghilev bénéficie de la complicité du célèbre directeur de l’Opéra de Monte-Carlo de l’époque, Raoul Gunsbourg.

La trahison de Nijinky

En 1913, un bouleversement dans la vie de Diaghilev. Souffrant du mal de mer, il n’a pu accompagner sa troupe en tournée en Amérique du sud. Son amant Nijinsky tombe amoureux d’une danseuse hongroise qu’il épouse aussitôt à Buenos Aires. Diaghilev apprend la nouvelle par télégramme et congédie aussitôt Nijinski.

 

On ne verra plus à Monaco le prodige dansant. Il sera remplacé par une autre future gloire, Léonide Massine.

C’est à cette époque que Diaghilev fit également débuter, dans le Lac des cygnes, une étoile de… 15 ans, la célèbre Markova.

L’enchantement durera jusqu’en 1929. Car, le 19 août, une nouvelle sidère le monde : Diaghilev vient de mourir à Venise. Il avait 57 ans.

Sur une plaque, dans les jardins du Casino de Monaco, on peut lire : « De ce Rocher, par la faveur de ses princes, Serge de Diaghilev fit rayonner les Ballets Russes. Les feux de ce théâtre brillèrent sur la naissance de la plupart des chefs-d’œuvre dont, grâce à lui, l’éclat rejaillit sur tous les arts. »

Nijinski, l'amant de Diaghilev au début du XXe siècle. DR.

Offre numérique MM+

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