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Il y a 120 ans, le crash du pionnier de l’aviation Santos-Dumont dans le port de Monaco

Le 14 février 1902, le célèbre pionnier de l’aviation fait un grand plouf au large de la Condamine.

André PEYREGNE Publié le 26/06/2022 à 11:03, mis à jour le 26/06/2022 à 11:27
Le Santos au niveau de la baie de Monaco. Photo DR

Alberto Santos-Dumont est un pionnier de l’aéronautique. Le 23 octobre 1906 au Parc de Bagatelle à Paris, il effectua le premier vol d’avion en public - sur soixante mètres de distance, à 3 mètres d’altitude! L’événement reste dans l’histoire de l’aviation. Ce que l’on sait moins c’est qu’auparavant, plusieurs essais avaient eu lieu à Monaco. L’un d’eux avait même failli tourner au drame…

De la Condamine au Tir aux pigeons

On est le 11 février 1902. Ce jour-là, Santos-Dumont a l’intention de survoler le port de Monaco depuis la Condamine jusqu’à l’esplanade du Tir aux pigeons, en contrebas du casino.

Pour ce faire, il va utiliser le dirigeable qui lui a permis d’effectuer le 19 septembre 1901 le tour de la Tour Eiffel - un ballon de 34 mètres de long et 6 mètres de diamètre muni d’un moteur à hélice.

Le prince Albert 1er a accepté d’aménager un aérodrome avec un hangar sur le boulevard de La Condamine.

 

Durant le vol, des embarcations suivront, sur les eaux du port, le déplacement du dirigeable. Dans l’une d’elles, quelqu’un pourra saisir la corde tombant du dirigeable appelée « guide rope ».

Un premier essai est prévu le 11 février. La foule se masse autour du port. Dans un des bateaux suiveurs se trouve le prince Albert 1er. Le souverain est passionné par les exploits sportifs et scientifiques. Il les a soutenus toute sa vie.

Et voilà le dirigeable, gonflé, qui est sorti du hangar. Des exclamations montent de la foule tout autour du port. Santos-Dumont, le héros du jour, âgé de 29 ans, est dans sa nacelle. La traversée du port de Monaco n’est pour lui qu’un début vers le rêve de franchir un jour la Méditerranée. Il faut un début à tout.

Le prince Albert 1er blessé

Soudain, l’ordre est donné: "Lâchez tout!" Les cordes d’amarrage sont rompues. Le vaisseau volant en forme de cigare s’élève. La foule applaudit. On le voit se déplacer doucement. Tout se passe bien. Les regards suivent l’engin en l’air. Il effectue une rotation, se dirige vers l’esplanade du Tir aux pigeons. On est près du but.

Santos-Dumont racontera par la suite: "J'avais d'abord ralenti, puis arrêté le moteur. Comme l'aéronef approchait lentement de la plateforme d'atterrissage, je fis le signal pour qu’on saisisse mon guide-rope. La chaloupe à vapeur du Prince, qui avait viré de bord à mi-chemin entre Monte-Carlo et le Cap-Martin venait de rentrer dans la baie. Le Prince s'y trouvait encore. Il voulut saisir le guide-rope. Il s'y prit de telle sorte que la corde le frappa au bras droit et le renversa au fond du petit bateau, lui occasionnant des contusions sérieuses". (Texte cité dans l’article de Régis Lécuyer dans les Annales monégasques n°5. Année 1981).

 

L’expérience s’arrêta là. Discrètement. A part les dommages princiers, elle avait été positive. On remettra cela le 14 février.

L’aéronef se cabre

Ce jour-là, la foule est à nouveau au rendez-vous. A l'arrière du dirigeable flotte le drapeau rouge portant l’inscription P.M.N.D.A.N. ("Por mares nunca d'antes navegados" - "Par les mers qui sont encore inexplorées").

Le prince Albert 1er. à nouveau là, sur une chaloupe à vapeur.

A 2 h 30, "Lâchez tout!". Le dirigeable prend aussitôt de la hauteur. Mais là, les choses se passent mal. L’aéronef se cabre, se met en position verticale.

Le Santos. DR.

Santos-Dumont racontera: "Soumises à une pression oblique, plusieurs cordes se rompent, d'autres, notamment celles du gouvernail, s'accrochaient au propulseur… J'arrêtai le moteur. J'étais à la merci des vents. Ils me portaient vers le rivage. J'irais bientôt me jeter contre les fils télégraphiques, les arbres, les angles des maisons de Monte-Carlo. Je n'avais qu'un parti à prendre : je tire sur la valve de sécurité. La chute s'amorce. La chaloupe du Prince s’avance. Je finis par n'être plus qu'à quelques pieds de la cheminée de la chaloupe. Une seule étincelle aurait pu enflammer l'hydrogène, et réduire en poudre le ballon et moi-même !..."

Le destin apporta alors sa contribution. Un soudain souffle salvateur ramena l’aéronef en l’air. Le pire fut évité. Mais, dans l’opération, le ballon avait perdu de l’air. Retrouvant la position horizontale, il se plia en deux. Et chuta dans la mer.

Il est 15 heures: l’expérience est terminée. Le Journal de Monaco rendra compte de la suite: "M. Santos-Dumont est à l'eau jusqu'au cou, au milieu des débris de bois et de fils d'acier de la poutre armée de son ballon. La foule considérable qui s'était massée le long du boulevard de la Condamine a fait une chaleureuse ovation au hardi aéronaute."

 

Mais lorsqu’on est de la trempe de Santos-Dumont, on n’est pas un plouf près dans le port de Monaco!

Il n’est pas homme à renoncer face aux contingences matérielles. Vingt ans plus tard, lorsqu’il se sentira impuissant face à la maladie, il se suicidera (lire encadré ci-dessous). Mais, pour le moment, pas question de céder.

Dans son édition suivante, le Journal de Monaco fait le point: "Non découragé par ce grave accident, M. Santo-Dumont compte recommencer ses expériences aériennes. Avec l'approbation du Gouvernement, un groupe d'amis a pris l'initiative d'offrir au courageux aéronaute, un ballon dirigeable en témoignage d'admiration et de sympathie. Une souscription est dès à présent ouverte au Secrétariat de l'Hôtel de Paris…"

On allait reparler de Santo-Dumont. Mais plus à Monaco.

Chronologie

- 20 juillet 1873: Naissance à Palmira, au Brésil.
- 1891: La famille de Santos-Dumont émigre en France.
- 18 septembre 1898: Santos-Dumont équipe son dirigeable n°1 d’un moteur à pétrole de Dion-Bouton.
- 19 octobre 1901: Tour de la Tour Eiffel.
- 23 octobre 1906: Vol de l’"Oiseau de proie", sur la pelouse de Bagatelle à Paris.
- 12 novembre 1906: A bord de son aéroplane "Antoinette", Santos-Dumont accomplit à Bagatelle le premier vol homologué, sur une distance de 220 mètres.
- 16 novembre 1907: Vol inaugural du prototype de l’avion "Demoiselle".
- 7 janvier 1909: L’Aéro Club de France accorde des brevets de pilote: dans ce premier lot figurent Blériot et Santos-Dumont.
- 1915: Exil aux Etats-Unis.
- 1917: Exil au Brésil.
- 1919: Après la Première Guerre mondiale, Santos-Dumont revient vivre en France pour une dizaine d’années. Mais il est choqué par la perspective de voir évoluer l'aviation à des fins militaires.
- 23 juillet 1932: Malade, Santos Dumont se suicide au Grand Hôtel de la plage de Guaruja, Brésil.

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