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En 1926, de terribles inondations emportaient le village de Roquebillière

Mis à jour le 12/10/2020 à 18:57 Publié le 17/10/2020 à 12:00
Le glissement de terrain emporta le village

Le glissement de terrain emporta le village DR

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En 1926, de terribles inondations emportaient le village de Roquebillière

Un glissement de terrain emporta le village, à la suite d’intempéries sans précédent dans les Alpes-Maritimes. Dix-neuf hommes y laissèrent la vie.

La pluie n’avait cessé de tomber depuis des semaines. La France, l’Europe étaient sous les eaux. Partout, des inondations avaient fait des ravages. Notre région n’avait pas été épargnée.

Au cours des mois d’octobre et novembre 1926, il avait plu de manière quasi ininterrompue – et parfois jour et nuit. À Venanson, au-dessus de Saint-Martin-Vésubie, "il avait plu en deux mois autant qu’à Paris en trois ans" (1).

Partout s’étaient produits des éboulements. La Roya avait emporté la route entre Fontan et l’Italie, le Cians avait ravagé les murs de soutènements dans les gorges, l’usine électrique de Lantosque avait été détruite, la Tinée avait sapé la voie du tramway dans les gorges de la Mescla – car il y avait, à l’époque, un tramway entre Nice et Saint-Martin-Vésubie.

Mais c’est à Roquebillière que la catastrophe atteignit des sommets. Au cours des siècles, ce village de la Vésubie avait déjà connu trois tremblements de terre en 596, 614, 1494, cinq inondations en 1094, 1743, 1772, 1889, 1892. En voilà qu’en 1926, cela recommençait. 

"Pas de danger, dit le maire!"

Les maisons coupées en deux
Les maisons coupées en deux DR

Le 23 novembre, les habitants sont inquiets. Une crevasse est apparue au-dessus de leur commune, en aval du village de Belvédère.

Le maire Guigo se rend sur place. Pas de danger, estiment les "connaisseurs" qui l’accompagnent!

Le crieur public fait donc rouler son tambour et invite les gens à rentrer chez eux.

Mais à 3 h 10 du matin, les habitants de Roquebillière sont réveillés par un monumental fracas: la crevasse a cédé, un gigantesque glissement de terrain s’est produit, entraînant des maisons de Belvédère, précipitant un pan de montagne sur une partie de Roquebillière.

Une masse de boue, de rochers, d’arbres a dévalé la pente, enseveli les maisons.

Partout, dans le reste du village, on sort, hébété. Les gens errent dans la nuit noire, ne comprenant pas ce qui s’est passé, entendant des cris au loin, des craquements, et, toujours, le grondement furieux de la rivière. À la lumière de lanternes, on organise les premiers secours avec les moyens du bord. Des pelles, des pioches commencent à remuer la boue…

Il faut prévenir Nice. Comment? La vallée est sans téléphone, les routes sont coupées. Des hommes partent à bicyclette. La gendarmerie niçoise ne sera prévenue qu’à 7 heures du matin.

Au matin, les villageois observent, abasourdis, le spectacle de la montagne éventrée, présentant une plaie béante de deux cents mètres de large et quatre cents mètres de haut. Et, au pied, le village englouti.

1.400.000 francs de dons

La montagne éventrée
La montagne éventrée DR

La nouvelle de la catastrophe de Roquebillière se répand dans les Alpes-Maritimes.

Les secouristes mettent toutes leurs forces dans les déblaiements. Cette course contre la montre permettra, peut-être, de retrouver des survivants!

Et, toujours, cette constatation de l’impuissance de l’homme face au déchaînement de la nature… On déplora en tout dix-neuf morts et disparus.

La catastrophe suscita une émotion dans tout le pays. La presse nationale en parla (2).

Une souscription nationale fut lancée et rapporta près de 1 400 000 francs. Il faudra attendre sept mois pour qu’une commission créée par le préfet procède à la répartition des indemnités.

Vint la question de la reconstruction du village. On décida de ne pas rebâtir la partie dévastée sur la rive gauche de la Vésubie.

Peut-être faudrait-il déserter le reste du vieux village?

Mais des anciens s’y opposaient, viscéralement attachés aux murs de leurs ancêtres. Ils resteront sur place, fatalistes.

Un vote pour reconstruire le village

Le journal du lendemain
Le journal du lendemain DR

Le 10 juillet 1927, un vote fut proposé aux villageois pour désigner le lieu de reconstruction du village. Chaque propriétaire recevrait dans le nouveau village une superficie de terrain proportionnelle à celle qu’il possédait auparavant. 

Alors commencèrent des années de procédures administratives, de péripéties judiciaires, de procès intentés pas les architectes choisis au début, rejetés ensuite.

Il fallut neuf ans pour que le village soit reconstruit. On y retrouva le bonheur de vivre. Mais tout le monde savait qu’un jour ou l’autre, la nature se déchaînerait à nouveau…


1. D’après le rapport publié en 1927 dans la Revue de géographie alpine.
2. Un mémoire de maîtrise, publié par le Conseil départemental, a été soutenu sur le sujet par Aude Deberdt à la Faculté des Lettres de Nice sous la direction de l’historien Ralph Schor.


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