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En 1887, le Rocher de Monaco a été épargné par un tremblement de terre

Ce 23 février, la secousse sismique a pourtant fait de nombreux morts dans la région. Dans la ville voisine de Menton, le bilan humain fait état de quatre blessés graves.

André Peyrègne Publié le 27/02/2021 à 20:31, mis à jour le 28/02/2021 à 12:00
Campements organisés dans les villes de la Côte lors du tremblement de terre de 1887. DR

À 6 h du matin le 23 février 1887, un bruit sourd monte du sol, les meubles bougent, les murs craquent. C’est un tremblement de terre. L’un des plus importants dans l’histoire de notre région.

Ayant son épicentre en Ligurie, vers Imperia, où il fit 635 morts et plus de 500 blessés, il se propagea jusque dans les Alpes-Maritimes où l’on dénombra 8 morts et 51 blessés.

Miraculeusement, il n’y eut aucune victime en Principauté. Uniquement des dégâts matériels. Cette journée resta longtemps dans les mémoires, avec ses drames, mais aussi – comme en toutes circonstances – ses aspects cocasses.

Dès la première secousse, tout le monde sort dans les rues. On est encore en tenue de nuit. Sur la place du Casino, les clients ensommeillés sortent des hôtels et se retrouvent avec les joueurs qui ne se sont pas encore couchés. Les fêtards sont nombreux en cette nuit de Mardi gras.

 

Les diamants roulaient dans l’escalier

Madame Ritz, dont le mari dirige le Grand Hôtel racontera plus tard: "Après la première secousse, ce fut le tohu-bohu. Les dames en chemise de nuit et en bigoudis descendaient les escaliers en courant, non sans avoir emporté à la hâte autant de bijoux qu’elles avaient pu prendre. Mais comme nombre de ces femmes tremblaient autant que la maison, leurs diamants, rubis et émeraudes leur glissaient entre les mains et roulaient dans l’escalier devant elles en une cascade scintillante."

Dans leur livre Un siècle de roulette, George Herald et Edward Radin, racontent cette nuit de panique sur la place du Casino: "Un Anglais déguisé en costume d’empereur romain monta sur les marches du casino et se mit à prononcer un sermon. Une seconde secousse fit tomber tout le monde à genoux. Un Américain cria à sa femme: ‘‘Allons-nous en d’ici et prenons le premier train’’. Mais les rails, à la gare, étaient arrachés… La foule se précipita vers une voiture attelée de quatre chevaux qui venait de surgir. Dans la voiture se trouvait le roi Charles de Wurtemberg, lequel ne fuyait pas mais voulait simplement aller à son yacht et regarder le tremblement de terre de là. Son exemple donna une idée à deux riches Belges: ils offrirent cinq mille francs à un cocher pour les amener à Villefranche. Le cocher avait trop peur pour prendre la route, mais il demanda mille francs aux Belges pour s’abriter sous sa voiture des débris qui tombaient de partout."

Chacun réagit à sa façon!

Une nouvelle secousse la nuit suivante

Deux autres personnages de comédie: "Un fabricant de meubles de Cologne courait dans tous les sens avec sa maîtresse en criant: ‘‘Je suis à Genève, je suis à Genève!’’ Il était venu à Monte-Carlo en disant à sa femme qu’il était obligé d’aller en Suisse pour affaires. Une baronne, femme du gouverneur de la Banque de France, fit publiquement le serment de ne jamais remettre les pieds au Casino et de faire construire une église avec ses gains actuels, si elle survivait à la catastrophe."

 

Avec l’arrivée du jour, les esprits se calment. Mais, vers 8 h et demie, une quatrième secousse se fait sentir.Le Journal de Monaco relate: "La place du Palais, la place d’Armes, le terrain des héritiers Blanc, rue Louis, la place du Casino, tous les endroits un peu vastes, se couvrent dans la soirée de tentes et de baraques. Les jardins sont transformés en camps, des feux sont allumés, et de nombreux habitants passent la nuit dehors."

À deux heures du matin, la nuit suivante, nouvelle secousse. Ultime vent de panique. C’est la dernière secousse, l’épisode sismique est terminé. Un bilan sera tiré par le Journal de Monaco: "Heureusement il y avait eu, pour nous, plus de peur que de mal, et l’on a pu immédiatement constater que la Principauté en était quitte pour des dégâts matériels relativement insignifiants: crevasses à quelques maisons, chutes de cheminées, de balcons et de corniches et couronnements. à Nice et à Menton, on parle de morts, de blessés, la panique est indescriptible. Ces nouvelles jettent la consternation. Nous ne saurions terminer sans remercier le Ciel qui a si visiblement protégé la Principauté."

Albert 1er délégué par son père

Le prince Charles III n’était pas sur place pendant le séisme. Âgé de 69 ans, souffrant, mal voyant, il se reposait dans son château de Marchais dans l’Aisne. Il délégua son fils Albert 1er, âgé de 29 ans, auprès de sa population. Celui-ci arriva en Principauté le lundi 28. Accueilli par une foule à la gare, il organisa un tour de la Principauté pour constater les dégâts.

Le jeudi suivant, une messe est célébrée par l’Évêque "pour remercier la Providence d’avoir épargné notre cher pays". "Rarement on y a vu autant de fidèles", commentera le Journal de Monaco.

 

Peu à peu, la vie reprit son cours. L’année suivante, la femme du Gouverneur de la Banque de France était de retour à Monte-Carlo.

"- Quelle église avez-vous fait construire?", lui demanda-t-on.- "J’ai payé six cierges. Après tout, c’était un petit tremblement de terre!"

Vue ancienne de Menton après le séisme. DR.

De gros dégâts dans la cité du citron

Dans les Alpes-Maritimes c’est bien sûr la ville de Menton, la plus proche de l’Italie, qui a été la plus touchée. Il n’y eut pas de mort mais quatre blessés graves.Les dégâts sont considérables. On estime qu’aucune maison n’a été épargnée. "La belle avenue de la Gare semblait avoir subi un bombardement", rapportera un témoin.Certains villages du haut pays ont subi d’énormes destructions. Le 3 mars 1887, le préfet indique que Castillon est "anéanti" et en décide le déplacement lors de la reconstruction. Le séisme a été ressenti sur toute la côte méditerranéenne jusqu’à Perpignan. Un raz-de-marée s’est produit entre Nice et Cannes.

Nietzsche, témoin désinvolte

Le philosophe Nietzsche se trouvait sur nos rivages au moment du tremblement de terre. Il l’a décrit avec une certaine désinvolture : "Hier, Nice clôturait son carnaval et voici que six heures après la dernière girandole à peine éteinte, nous avons été régalés d’un divertissement d’un genre nouveau. Il s’agit de la charmante perspective qui, tout à coup, s’est entrouverte de nous voir engloutis… C’est un sentiment cocasse que d’entendre dans ces vieilles bâtisses le craquement comme d’un moulin à café et de voir l’encrier se mettre à danser tout seul sur la table, cependant que les rues s’emplissent de promeneurs à demi-vêtus et retentissent de crises de nerfs. J’ai fait tout gaillard une petite ronde dans les différents quartiers à la recherche de ceux où il y avait le plus de panique. La population campe en ce moment tout entière en plein air : on circule comme dans le bivouac d’une armée en campagne… Voilà qui donnera le coup de grâce à la saison !"

 

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