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En 1505, Jean II Grimaldi tué par son frère Lucien

L’assassinat s’est produit au château de Menton, en 1505, sous les yeux de leur mère. Le frère cadet ne tarda pas à revendiquer le pouvoir. Avant d’être assassiné à son tour, en 1523.

André PEYREGNE Publié le 17/10/2021 à 19:00, mis à jour le 17/10/2021 à 15:14
Un timbre de Monaco évoque Jean II et son épouse Claudine, ainsi que la lutte sanglante entre Jean et Lucien. DR

À cette époque, au XVIe siècle, Menton appartenait à la seigneurie de Monaco [on disait seigneurie et pas encore principauté, ndlr]. La commune était dominée par un château qu’avait fait construire le seigneur Jean II Grimaldi. Les seigneurs monégasques y résidaient. Machiavel y fut reçu en 1511.

Quelle allure avait ce château? On ne le sait exactement. Il a été détruit à la Révolution et le maire de Menton, Jérôme Mauléon, construisit à la place le cimetière que l’on connaît aujourd’hui. Il vendit les pierres du château aux Mentonnais pour qu’ils construisent leurs maisons.

Mais en 1505, l’année qui nous occupe, le château est là et bien là. Jean II Grimaldi l’a fait richement décorer, lui qui est ami des arts et protecteur du peintre niçois Louis Bréa.

Ce soir-là, le 10 octobre, deux personnages se retrouvent: Jean II et son frère Lucien. Ils se détestent. Cela désespère leur mère Claudine.

 

Un frère cadet ambitieux

Leur père, Lambert de Monaco, est mort en 1494 et Jean II lui a succédé comme seigneur de Monaco à l’âge de 26 ans. Jean a soutenu par la suite les rois de France Charles VIII et Louis XII dans leur conquête de l'Italie. Il les a accompagnés dans leurs expéditions à Naples et à Gênes. Il a même commandé une partie de la flotte française. Il a mauvais caractère et a échappé à un attentat à Vintimille. Accusé de taxer indûment les navires transportant le grain et le sel, il a été poursuivi en justice devant la cour d’Aix-en-Provence, mais a été protégé de toute condamnation par sa qualité de chef d’État.

Lucien, 24 ans, son frère cadet, est dévoré d’ambition. Il se verrait bien à la tête de la seigneurie de Monaco à la place de son frère. Il semble même pressé d’y être.

Que se passa-t-il au cours de la nuit 10 octobre 1505?

Le ton monta entre les frères. Ils se disputèrent en présence de leur mère, impuissante à les arrêter.

Selon l’historien Philippe Delorme, dans son Histoire de Monaco et des Grimaldi, Lucien ne tolérait pas le projet que Jean II avait de vendre la seigneurie de Monaco à Venise.

"Qu’as-tu fait mon fils?"

On imagine la scène: les deux frères s’insultent, s’empoignent, se secouent, ne se maîtrisent plus. Jean porte sa main à sa poche, sort un couteau. Lucien, voyant luire la lame dans sa direction, se saisit d’un poignard qui se trouve à portée de main sur la table proche et l’enfonce dans la poitrine de son frère. Jean II s’écroule. Il a une plaie énorme. Le sang coule sur son pourpoint vert.

 

Il est mort. Un cri: c’est la mère qui a assisté à la scène. Elle s’évanouit. Lucien ayant enjambé le corps de son frère se précipite vers elle. Il la ranime. "Qu’as-tu fait, mon fils, s’exclama-t-elle après avoir retrouvé ses esprits?"

Une chose est certaine: jamais, par la suite, Claudine Grimaldi - la mère - témoin de la scène, ne condamnera son fils Lucien.

On ne dispose, sur ce drame, que du témoignage bien peu objectif de ce dernier au travers d’un document daté du 15 octobre 1515, intitulé « Instructions de Lucien à Pierre Grimaldi, son envoyé auprès du duc de Savoie », cité dans l’Histoire de Monaco de Thomas Fouilleron: "Si Monseigneur et Madame la Duchesse de Savoie veulent savoir la vérité sur le trépas de mon frère, vous leur direz la vérité, en leur montrant le grand tort qu’il faisait à tous ses frères et sœurs, agissant déshonnêtement, en voulant vendre cette place de Monaco aux Vénitiens, comment il osa me réprimander et me frapper avec un couteau, et comment, pour me défendre en dégainant ma dague contre lui, je l’ai tué."

"Prêt à faire mon devoir envers eux"

À qui profite le crime? À Lucien évidemment. C’est lui qui va prendre la place de son frère. En effet, Jean II n’avait pas de fils pour lui succéder et, dans la descendance de Lambert - le père - le plus proche frère de Jean II étant déficient mental était inapte au pouvoir.

Lucien n’attendit pas longtemps pour prendre les rênes. On comprend cela en lisant la suite du message du 15 octobre adressé au duc de Savoie par l’intermédiaire de son messager. 

« Vous ferez entendre à Madame et à Monseigneur que, en suivant ce qu’avaient fait mes prédécesseurs, je suis toujours prêt à faire mon devoir envers eux, de faire mon hommage de mon lieu de Menton et de Roquebrune… Vous leur ferez aussi entendre de ma part le grand désir que j’ai de les servir et mettre tout mon État et ma personne et aussi mes galères à leur disposition si l’occasion se présentait pour les servir comme le faisait mon feu frère ou les autres de mes prédécesseurs…

 

Et en plus vous ferez entendre que je traiterai Marie, ma nièce [la fille de feu Jean II, ndlr], comme si elle était ma propre fille, et sur ma dépense, quand elle sera en âge d’être mariée, je lui donnerai tel mariage qu’ils comprendront l’amour que je lui porte, et la traiterai de sorte qu’elle comprendra qu’elle n’a pas perdu son père..."

Lucien Grimaldi resta au pouvoir jusqu’en 1523. Comment finit-il? En étant assassiné. L’exercice du pouvoir n’était pas sans danger à l’époque à Monaco!

DR.

Lucien tué d’une quarantaine de coups de couteau

Lucien Grimaldi, qui prit le pouvoir après avoir assassiné son frère en 1505, fut confronté en 1506 à l’assaut des Génois qui voulaient rétablir leur domination sur Monaco.

Lucien et les Monégasques résistèrent héroïquement lors de ce siège qui dura trois mois et s’acheva par le retrait des Gênois. Lucien, rejoint par les troupes françaises, reprit ensuite Roquebrune et Menton.

Il géra les affaires de la seigneurie jusqu’au jour où une branche des Grimaldi, seigneurs de Dolceacqua, eut des prétentions sur Monaco. Le 22 août 1523, Barthélémy Doria de Dolceacqua, neveu de Lucien (fils de sa sœur Françoise), se présente au Palais avec ses hommes. Il enfonce un coup de couteau dans la poitrine de son oncle. Ses hommes s’acharnent sur Lucien. On relèvera plus d’une quarantaine de blessures!

Le pouvoir reviendra finalement au dernier frère de Jean II et Lucien Grimaldi, Augustin qui, entré dans les ordres et devenu évêque de Grasse, n’était pas préparé à devenir chef d’État. Il prit pour la Principauté une décision lourde de conséquence: la placer sous la protection du très catholique d’Espagne Charles Quint.

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