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Des marins azuréens ont participé à l’une des plus grandes batailles navales de l’Histoire... Récit de la bataille de Lépante

Mis à jour le 17/11/2019 à 16:24 Publié le 17/11/2019 à 18:00
Une illustration d’époque de la bataille.

Une illustration d’époque de la bataille. Photo DR

Des marins azuréens ont participé à l’une des plus grandes batailles navales de l’Histoire... Récit de la bataille de Lépante

En 1571, des marins niçois et mentonnais ont participé à l’une des plus grandes batailles navales de l’Histoire. Trois galères savoyardes partirent d’ailleurs de Villefranche-sur-Mer.

Dans la basilique Saint-Michel-Archange à Menton, au cœur de cette église baroque dont le campanile se dresse comme un phare au-dessus des maisons colorées de la ville, se trouve une croix en argent massif qui est utilisée lors des grandes processions.

A priori, rien ne distingue cet objet religieux d’autres croix que l’on peut voir dans les églises de la région. Pourtant, elle possède quelque chose d’unique: son manche de bois est constitué d’une lance qui a été ramenée de la célèbre bataille de Lépante en 1571.

Ce trophée se trouve là, anonyme et silencieux, cinq siècles après avoir été utilisé dans l’un des plus grands massacres humains de l’Histoire. La bataille de Lépante, qui vit la victoire de l’Europe chrétienne contre les Turcs, mobilisa 500 navires et 60.000 soldats. On dénombra 20.000 morts.

L’écrivain Miguel de Cervantes, auteur de Don Quichotte, y perdit un bras. On le surnomma par la suite le Manchot de Lépante. Quatorze Mentonnais participèrent à cette bataille, ainsi que bon nombre de Niçois.

C’est cette histoire que nous vous racontons aujourd’hui.

"Sainte ligue"

En 1571, le pape Pie V, souverain pontife austère et conquérant, veut renforcer le catholicisme dans le monde. Lui qui a excommunié la reine anglicane Elisabeth Ire d’Angleterre, décide d’en finir avec les Turcs musulmans.

Il veut leur déclarer la guerre et mettre fin aux ravages qu’ils perpétuent en Méditerranée. Ce sont eux qui, l’année précédente, ont massacré 20 000 chrétiens à Malte et qui, en 1543, dans notre région, ont assiégé Nice, massacré Antibes et occupé Toulon.

Le pape constitue donc une Sainte Ligue et fait appel aux flottes vénitiennes, espagnoles, maltaises, savoyardes, génoises. Seule la France se tient à l’écart, François Ier ayant signé quelques années plus tôt une incroyable alliance avec les Turcs (lire encadré en pages suivantes). Mais, on le sait, à l’époque ni Nice ni Menton ne faisaient partie de la France.

Trois galères de Villefranche

Trois galères savoyardes partent de Villefranche-sur-Mer, la Piemontesa, la Margarita et la Duchessa, commandées par André Provana de Leyni. Ce gentilhomme descend de la noblesse piémontaise par son père et des Grimaldi de Beuil par sa mère

André Provana de Leyni, qui commandait les galères de Villefranche : la Piemontesa, la Margarita et la Duchessa.
André Provana de Leyni, qui commandait les galères de Villefranche : la Piemontesa, la Margarita et la Duchessa. Photo DR

Il a été nommé capitaine général des galères ducales par le duc de Savoie Emmanuel-Philibert. Des familles nobles de la région ont décidé de participer à cette expédition voulue par le pape et ont envoyé leurs hommes et leurs fils : les Gubernatis de Nice, les Grimaldi de Châteauneuf, les Vacchieri de Sospel, les Galléan de Nice, Ascros et Utelle.

Les oriflammes sont levées, les tambours se mettent à battre, les galères quittent le quai, portées par le rythme des longues rames qui frappent l’eau en cadence. Les trois navires de Villefranche ne tardent pas à rejoindre, au large de Nice, 44 galères venues d’Espagne. Ensemble, elles vont se diriger vers l’Orient. Pendant ce temps se prépare à Gênes une flotte d’une dizaine de navires qui est destinée à les rejoindre. C’est à bord de deux de ces navires, la Capitana et la Patrona, que seront embarqués les 14 Mentonnais.

La flotte monégasque sous contrôle génois

Ces marins mentonnais appartiennent à la flotte monégasque, Menton faisant partie de la principauté de Monaco à l’époque. Or, le prince de Monaco, Honoré Ier, n’ayant plus les moyens d’entretenir sa flotte, a confié la responsabilité à son beau-frère génois Georges Grimaldi.

C’est ainsi que des galères génoises arborent les doubles armoiries des Grimaldi de Gênes et des Grimaldi de Monaco. Le commandant maritime de l’expédition génoise est Gianandrea Doria, petit-neveu du célèbre corsaire et amiral Andrea Doria.

La flotte chrétienne fait route vers l’est. Au fur et à mesure, elle s’enrichit de navires en provenance de Venise, de Pise, de Naples, de Grèce. Vers la fin de l’été, tous les bateaux se regroupent à Messine, au sud de l’Italie. Il y a, au total, 200 bâtiments et 30.000 hommes.

Parmi les bateaux venus de Venise, se trouvent six galéasses, bâtiments de guerre parmi les plus puissants de l’époque. L’ensemble de la flotte chrétienne est placé sous le commandement de Don Juan d’Autriche, 25 ans, demi-frère du roi d’Espagne Philippe II.

Croix de la basilique Saint-Michel-Archange de Menton, dont la hampe est constituée d’une lance de la bataille de Lépante.
Croix de la basilique Saint-Michel-Archange de Menton, dont la hampe est constituée d’une lance de la bataille de Lépante. Photo DR

C’est lui qui, le 16 septembre, donne ordre de se diriger vers l’île de Corfou en Grèce.

La flotte turque, forte de 230 navires, commandée par Ali Pacha, est, quant à elle, repliée au large de Lépante (aujourd’hui Naupacte), à l’entrée du long golfe de Corinthe, qui sépare la presqu’île du Péloponèse du reste du continent.

Pris au piège

Le 7 octobre 1571, au soleil levant, Don Juan d’Autriche fait lever l’étendard portant l’image du Christ en croix que lui a remise le pape. Toute l’armée s’agenouille sur les ponts des bateaux. La bataille peut commencer.

Dans un tableau célèbre, le peintre Véronèse a imaginé cette flotte qui s’avance, protégée par une escouade de saints et d’anges, certains armés, regroupés sur un nuage.

Don Juan place la flotte chrétienne à l’entrée du golfe de Lépante. Les Turcs sont pris au dépourvu. Ils possédaient jusque-là une telle suprématie en Méditerranée et avaient une si piètre opinion de la marine chrétienne, qu’ils n’imaginaient pas que celle-ci les attaquerait.

Ils envoient précipitamment des barques dans tous les ports du golfe pour chercher des renforts. Ils embarquent même les cavaliers. Enfermés dans le golfe, ils sont pris au piège.

Les six galéasses vénitiennes, qui sont en première ligne, entreprennent leur canonnade. Les dégâts sont considérables. Les boulets ouvrent des brèches dans les navires.

Le port de Villefranche au XVIe siècle, d’où sont parties trois galères pour Lépante.
Le port de Villefranche au XVIe siècle, d’où sont parties trois galères pour Lépante. Photo DR

Derrière les galéasses vénitiennes sont alignés les bateaux parmi lesquels se trouvent ceux venus de Villefranche. Ils s’avancent vers la flotte turque. Les gravures de l’époque montrent des bateaux qui partent à l’assaut, les ponts recouverts de soldats casqués pointant leurs lances en avant (peut-être la lance récupérée à Menton se trouve-t-elle parmi elles ?).

Des pluies de flèches s’abattent sur les assaillants, les canonnades font rage, notamment en provenance du front droit où se trouvent les bateaux génois avec les Mentonnais.

Des bateaux sont incendiés. La mer se couvre de feu et de sang. À force d’avancer, les bateaux chrétiens arrivent au contact des Turcs. Un inextricable enchevêtrement de coques de navires se produit. Les bateaux s’entrechoquent, les rames des galères s’enchevêtrent, les coques s’encastrent les unes dans les autres.

Ce qui, dans les manuels scolaires, n’est qu’une date lue avec plus ou moins d’indifférence, fut un considérable carnage humain. On imagine des visions de bateaux éventrés, de mâts et de voiles qui s’effondrent, d’incendies qui se déclarent. Sur toute l’étendue du golfe se répandent les hurlements des soldats, les gémissements des blessés, le bruit des coques de bateaux qui craquent et des explosions des canons. Les fumées obscurcissent le ciel, on ne distingue plus rien. Il arrive que des bateaux entrent en collision avec ceux de leur propre camp. Des navires coulent.

La tête brandie au bout d’une pique

C’est le cas de deux des galères de Villefranche, la Piemontesa et la Duchessa, avec leurs hommes à bord. Sur les bateaux qui peuvent encore combattre, les assaillants montent à l’abordage, ivres de victoire, gonflés de haine religieuse.

Des combats s’engagent au corps-à-corps. On se bat à l’épée, à l’arc, à l’arbalète. Des hommes fuient, se jettent à la mer au milieu des flammes et des cadavres, essaient de gagner la terre ferme en franchissant les récifs voisins. Ce sera le cas de 15 000 prisonniers chrétiens qui se libéreront de leurs chaînes et attaqueront leurs geôliers avec des armes de fortune.

Tableau de la bataille de Lépante du peintre Véronèse où les soldats sont protégés par les anges.
Tableau de la bataille de Lépante du peintre Véronèse où les soldats sont protégés par les anges. Photo DR

La flotte ottomane, encerclée, semble perdue. Seule l’escadre du bey d’Alger, Uludj Ali, forte de trente galères, arrive à se dégager par une brèche laissée maladroitement ouverte sur le côté droit par Gianandrea Doria.

André Provana, qui se trouve sur la Margarita, est blessé. Touché à la tête par une arme à feu, il reste évanoui pendant une demi-heure. Après avoir repris ses esprits, il repart au combat. C’est à ce moment que la bataille prend un tour définitif.

Au milieu des flammes et de la canonade, le navire d’Ali Pacha est assailli par les hommes des galères de Don Juan d’Autriche et d’André Provana. Ali Pacha est capturé. Les chrétiens tiennent là leur victoire. Sans pitié, ils décapitent Ali Pacha. Sa tête est brandie au bout d’une pique. C’est le signal de la fin.

Provana accueilli en héros

Sans leur chef, les Turcs démissionnent, se laissent égorger sans réagir. Au milieu de ce bain de sang, les chrétiens sont vainqueurs. Mais à quel prix! On compte 7.500 morts dans leurs rangs.

Du côté ottoman 20.000 morts, blessés ou capturés. Dix-sept navires ont été coulés chez les chrétiens, 50 chez les musulmans.

Notre région a payé un lourd tribut puisque deux galères parties de Villefranche ont coulé. Mais l’Histoire est ainsi : on se souvient du nom et des conséquences des victoires et on oublie les carnages humains qu’elles ont causés.

La troisième galère partie de Villefranche, Margarita, est, elle, revenue. Nice réserva un retour triomphal à André Provana. Une foule l’accueillit en héros. Il reçut une pluie de titres, de décorations, d’honneurs et de rentes. Des scènes de liesse eurent lieu sur la place de la cathédrale – comme ailleurs à Rome, au Vatican, ou sur la place Saint-Marc de Venise.

Si on n’a pas la liste des Niçois morts à Lépante, on possède en revanche celle des Mentonnais. Ils sont huit. Sur le registre paroissial, leur nom est accompagné de cette mention: "Morto alla vittoria".

Une stèle avec leurs noms a été inaugurée en… juillet 2018, soit 447 ans plus tard, sur la place Fontana, par le maire Jean-Claude Guibal et le prince Albert II de Monaco, à l’instigation de passionnés d’histoire dont Jean-Louis Caserio, majoral du Félibrige, qui a écrit sur la bataille de Lépante.

Monument dressé en 2018 à Menton en hommage aux huit Mentonnais morts lors de la bataille de Lépante.
Monument dressé en 2018 à Menton en hommage aux huit Mentonnais morts lors de la bataille de Lépante. Photo DR

Ces Mentonnais s’appelaient Barthomario Arguina, Francè Bisado, Agustinian Bosan, Bedin Gazano, Monome Imberto, Gio Anto Pachiero, Anto Plesso, Pocca Barba.

Anobli par le prince Antoine Ier

Parmi les Mentonnais rentrés vivants figure Barthélémy Pretti. Sa famille fut par la suite anoblie par le prince Antoine Ier de Monaco. Son hôtel particulier se tient à l’intersection de la rue Longue et du quai Bonaparte.

Comme le rapporte Josiane Tricotti, directrice du patrimoine, se basant sur les écrits de Louis Caperan-Moreno, Barthélémy Pretti ramena trois trophées de Lépante : deux lances et un drapeau.

C’est l’une de ces lances qui se trouve en la basilique Saint-Michel-Archange, témoin silencieux d’une des plus célèbres batailles de l’Histoire.

seulement deux rues Lépante en France

À part à Nice et à Menton, il n’y a pas de rue Lépante en France. La raison principale? La France n’a pas participé à la bataille, tenue par l’alliance qu’avait signée François Ier
avec Soliman le Magnifique, et soucieuse de conserver ses relations commerciales avec la Sublime Porte.

La rue Lépante est au centre de Nice, prolongée par la rue Provana, et croisée par la rue Galléan, deux soldats niçois de la bataille.

La rue Lépante, à Menton, est située près du vieux port, non loin de l’hôtel Pretti, appartenant aux descendants de Barthélémy Pretti qui a ramené la lance,et près de la place Fontana où a été dressée la stèle à la mémoire des morts mentonnais.

Lépante célébrée à Saint-Raphaël

Illustration
Illustration Photo Gilletta

La cathédrale de Saint-Raphaël, à l’architecture orientale, construite au XIXe siècle, porte le nom de Notre-Dame-de-la-Victoire. On le sait assez peu, la victoire en question est celle de Lépante.

Cela a été voulu par son architecte, Pierre Aublé, français natif de l’île de Rhodes en Grèce. Mais cette appellation est toujours restée discrète car la France n’a pas participé à la bataille de Lépante.

D’autres célébrations de la bataille de Lépante dans notre région se trouvent dans la vallée des Merveilles, dans les Alpes-Maritimes, où des ex-voto ont été dessinés avec des représentations des bateaux ayant participé à la bataille.


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