De 1524 à 1641, quand Monaco était sous tutelle de l’Espagne…

Durant plus d’un siècle, de 1524 à 1641, les Monégasques eurent à subir un protectorat qui leur fut pénible.

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André PEYREGNE Publié le 13/11/2022 à 14:00, mis à jour le 13/11/2022 à 11:48
Le Prince Charles II. (DR)

On a oublié depuis longtemps qu’en 1534 - le 3 novembre exactement - Monaco signa avec l’Espagne le Traité de Tordesillas. Cela fait quatre cent quatre-vingt huit ans ! Ce traité eut pourtant une importance capitale dans l’histoire monégasque. Il plaçait la seigneurie de Monaco - on disait "seigneurie", à cette époque, et point encore "principauté" - sous la protection de l’Espagne et de son empereur Charles Quint.

Monaco allait être sous tutelle de l’Espagne pendant plus d’un siècle. Ce serait une période bien difficile de son histoire.

L’héritier n’avait que 9 mois !

À cette époque, Augustin Grimaldi, évêque de Grasse, avait été placé à la tête de Monaco à la suite de l’assassinat de son frère Lucien Grimaldi le 22 août 1523.

Le fils de ce dernier, Honoré 1er, n’avait pu prendre sa succession - et cela pour une raison majeure: il était âgé de… 9 mois !

 

Augustin Grimaldi tint donc les rênes de la seigneurie monégasque pendant neuf ans, jusqu’à sa mort le 14 avril 1532. Fut-il empoisonné parce qu’il envisageait de repasser sous protection française ? C’est l’hypothèse qu’avance l’historien Thomas Fouilleron dans son Histoire de Monaco.

Toujours est-il qu’Honoré 1er n’était toujours pas en âge de régner. Il n’avait que 10 ans. Une co-régence fut alors mise en place entre sa tante Blanche Grimaldi, baronne de Tourrette, et son cousin Nicolas Grimaldi, établi à Gênes. L’attelage ne dura pas. Au bout de trois mois, il fallut trouver une autre solution. Le pouvoir revint alors à Étienne, frère cadet de Nicolas Grimaldi.

Ce célibataire de 40 ans coulait des jours paisibles à Venise, comme le raconte Philippe Delorme dans son livre Monaco et les Grimaldi. Charles Quint félicita le "Magnifico y amado nuestro, Esteva de Grimaldo" ("le magnifique et bien-aimé de nous, Étienne Grimadi", en français).

Le "Gubernant"

Étienne Grimaldi s’installa donc au pouvoir. Il restera dans l’histoire de Monaco comme le "Gubernant", le "Gouverneur".

Les relations avec l’Espagne se dégradèrent peu à peu.

En 1538, Charles Quint en fit les frais et subit un affront. Lorsqu’il vint dans notre région pour rencontrer son ennemi le roi de France François 1er afin de signer enfin la "Paix de Nice" (en présence du pape Paul III), Monaco refusa de l’accueillir. L’empereur espagnol fut donc obligé de séjourner à bord de sa flotte dans la baie de Villefranche-sur-Mer.

 

Le Gubernant ne s’en laissait pas conter ! Cet énergique souverain n’en était pas moins esthète. Durant les quarante ans de son règne (jusqu’en 1561), il embellit le palais, donna à la cour d’honneur la forme qu’on lui connaît aujourd’hui, la borda de galeries à arcades.

Il fit aussi construire sous la cour une citerne permettant de fournir de l’eau à mille hommes pendant deux ans en cas de siège.

Hercule 1er assassiné

Au fur et à mesure que passaient les années, les Espagnols devenaient de plus en plus insupportables pour les Monégasques.

Les seigneurs monégasques successifs en firent les frais. Tout d’abord Honoré Ier qui, finalement, prit le pouvoir en 1561, à l’âge de 39 ans, et régna pendant vingt ans.

Ensuite son fils Charles II qui ne régna, lui, que huit ans, étant mort à 33 ans. Puis son frère cadet, Hercule Ier, qui prit la suite de Charles II car celui-ci n’avait pas d’enfant pour lui succéder.

Le peuple monégasque supportait de plus en plus mal la tutelle espagnole. Dans ces circonstances, tout le monde n’apprécia pas qu’Hercule 1er épouse Marie Landi, parente du roi d’Espagne.

Le 29 novembre 1604, Hercule 1er fut assassiné (devant le numéro 15 de l’actuelle rue comte Félix Gastaldi) son corps jeté à la mer.

 

Monaco devient une principauté

Les méthodes étaient expéditives à l’époque! Qu’allait-il advenir de Monaco? Le fils d’Hercule 1er, Honoré II, n’ayant que 6 ans, le pouvoir fut confié à son oncle Federico Landi qui, lui, était acquis à la cause espagnole. Les Monégasques n’en pouvaient plus !

Mais lorsqu’à sa majorité, Honoré II prit le pouvoir, les choses allaient changer. En 1616, ce souverain au physique robuste, qui portait le cheveu long, dont le visage aurait pu être celui d’un mousquetaire d’Alexandre Dumas, prit cette décision historique de transformer la seigneurie de Monaco en principauté. Il prit donc le titre de prince. Fort de ce titre, il décida de faire front à l’Espagne.

Pour cela, il engagea des négociations secrètes avec la France. Louis XIII et le cardinal Richelieu se réjouissaient : ils pouvaient couper à l’Espagne sa route vers l’Italie.

Protection française

Le 14 septembre 1641, fut signé le traité de Péronne permettant à Monaco de repasser sous protection française (lire ci-dessous).

Dans la nuit du 17 novembre 1641, Honoré II et son fils chassèrent manu militari les derniers membres de la garde espagnole qui se trouvaient encore dans son palais, lors d’une opération romanesque que nous avons déjà racontée dans ces colonnes.

Honoré II rendit symboliquement à l’Espagne la Toison d’Or dont il avait été décoré en 1625.

 

C’en était fini du joug espagnol sur la Principauté. La France allait déployer mille fastes pour accueillir à nouveau Monaco dans son giron. (À suivre).

Le Traité de Péronne

Le traité de Péronne fut signé le 14 septembre 1641 dans cette ville de la Somme où se trouvaient Louis XIII et Richelieu pendant la Guerre de Trente Ans.

Comprenant quatorze articles, il prévoyait que le prince de Monaco ne serait plus sous protectorat espagnol et se replacerait dans la mouvance du roi de France.

Le prince exercerait sa souveraineté sur Monaco, Menton et Roquebrune.

Parmi les articles du traité :

- Une garnison de cinq cents hommes stationnerait en permanence sur le territoire du prince, aux frais du Trésor royal, mais placés sous les ordres directs du prince.

- En l'absence du prince, le commandement de la garnison serait confié à un lieutenant nommé par le roi mais agréé par le prince.

- Le roi de France protecteur du prince, de sa famille, de ses privilèges et de ses biens verserait au prince une rente annuelle de soixante-quinze mille livres.

Le manuscrit du Traité de Péronne.

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