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Coup de projecteur sur ce Monégasque qui a fait chavirer le coeur de Marcel Proust

A l’occasion des 150 ans de la naissance de l’écrivain, coup de projecteur sur Alfred Agostinelli, secrétaire de Marcel Proust au début du XXe siècle et personnage au destin tragique.

André Peyregne Publié le 04/07/2021 à 21:00, mis à jour le 05/07/2021 à 10:38
DR Alfred Agostinelli.

Le monde de la littérature s’apprête à célébrer, le 10 juillet 2021, les cent cinquante ans de la naissance de Marcel Proust.

La vie de l’écrivain croisa pendant quelques années celle d’un Monégasque, Alfred Agostinelli. Il devint son secrétaire. Proust en tomba amoureux. Leurs relations s’achevèrent tragiquement.

C’est en 1907 que Marcel et Alfred se rencontrèrent. La rencontre se fit à Cabourg, station balnéaire normande fréquentée chaque été par l’écrivain. Celui-ci avait 36 ans. Alfred Agostinelli en avait 19. Il était né à Monaco le 11 octobre 1888.

A cette époque, Agostinelli est chauffeur de taxi. Plusieurs étés, il promène Proust à travers la Normandie. En 1913, ayant perdu son emploi, il demande à l’écrivain s’il peut l’engager comme chauffeur. Mais Marcel Proust en a déjà un. Il lui propose alors de devenir son secrétaire. Il dactylographierait ses manuscrits.

Epris d’Alfred, il voulait lui offrir un avion

Allons pour secrétaire! Les choses, au début, se passent bien. Mais, peu à peu, Proust fait comprendre à Alfred qu’il est amoureux de lui. La situation devient embarrassante.

 

Alfred vit en couple avec une femme, Anna. Proust décide de les héberger tous les deux chez lui à Paris.

Le jeune couple accepte. Mais rapidement, la situation n’est plus tenable. Devant l’instance de Proust, Alfred finit par s’enfuir avec Anna chez son père à Monaco.

L’écrivain ne renonce pas. Il envoie en Principauté son ami et conseiller financier Albert Nahmias pour faire savoir à Alfred qu’il paiera n’importe quoi pour qu’il revienne auprès de lui. Refus d’Alfred.

Sachant celui-ci féru d’aéronautique, Proust propose de lui acheter un petit avion, sur lequel seraient gravés ces vers de Mallarmé: "Le vierge, le vivace et le bel aujourd'hui..."
Le destin l’empêchera de réaliser ce projet…

Agostinelli en compagnie du chauffeur de Proust DR.

Disparu en mer à Antibes

Nous voilà dans l’après-midi du 30 avril 1914 sur le terrain d’aviation de la Brague, près d’Antibes. Alfred se rend à l’école de pilotage que dirigent les frères Garbero. Il a suivi des cours depuis le début du printemps. En deux mois, il a réalisé de remarquables progrès. Cela lui donne des ailes.

Vers 17 heures cet après-midi là, ivre d’audace, il décide de voler seul sur un monoplan. C’est la deuxième fois qu’il se trouve sans moniteur à ses côtés.

Anna et son jeune frère Emile l’observent de loin. Aux commandes de son appareil, Alfred se sent invincible. Il va tenter un virage au dessus de la Baie des Anges. Grisé par l’aventure, il oublie la recommandation de son instructeur de prendre de l’altitude avant chaque virage.

 

A peine le tournant amorcé, l’aile droite de son avion touche l’eau. L’appareil est précipité dans la mer. Anna et Emile assistent, de loin, à la scène. Ils sont horrifiés, impuissants. L’avion ne sombre pas immédiatement.

Ils voient Alfred surgir de la carlingue disloquée, faire des signes, appeler au secours. Ils mettent aussitôt une barque à la mer, rament de toutes leurs forces, se dirigent vers le lieu du crash. Trop tard! Lorsqu’ils arrivent sur place, l’avion s’est englouti, entraînant Alfred dans son naufrage…


Marcel Proust fut prévenu rapidement de l’accident. Il ne veut pas y croire. Est effondré. Il a perdu l’amour de sa vie. Il dira plus tard qu’Alfred "était la personne qu’avec sa mère et son père il avait le plus aimée".

Alfred ressuscite sous la plume de Proust

Marcel Proust a 43 ans. Il n’est pas encore célèbre. Son premier tome d’A la recherche du temps perdu vient à peine de paraître. Il va essayer de survivre à son chagrin.

 

Alfred ne restera pas éternellement englouti sous les flots. Il ressuscitera sous la plume de Proust dans la Recherche du temps perdu.

Mais, à la suite d’on ne sait quel cheminement psychologique dans la tête de l’écrivain, il deviendra un personnage féminin– une femme homosexuelle, il est vrai: Albertine Simonet.

Dans le roman, elle fera partie des "jeunes filles en fleurs" rencontrées par le narrateur à Balbec – nom donné à la station de Cabourg par le romancier. Le narrateur est amoureux d’Albertine mais est repoussé par elle. Elle est intelligente, impertinente, sportive. Le narrateur décrit sa fuite précipitée de Balbec à Paris avec Albertine.

Ainsi, au cours de l’été 1913, Proust avait-il quitté brusquement Cabourg pour Paris avec Alfred sans prévenir ses domestiques ni la direction du Grand Hôtel où il logeait. Dans le sixième tome de la Recherche du temps perdu, intitulé Albertine disparue, le narrateur essaie par tous les moyens de faire revenir Albertine qui l’a quitté, envoie chez elle son ami Saint-Loup, lui promet de lui acheter un yacht sur lequel il gravera des vers de Mallarmé. Mais Albertine mourra dans un accident de cheval… La similitude avec le destin d’Alfred est évidente.

Agostinelli fut enterré au cimetière de Caucade à Nice, dans une tombe qui été sauvée de la destruction, ces dernières années, par un professeur niçois spécialiste de Proust, Jean-Marc Quaranta.

Image engloutie à jamais dans le souvenir de Proust: "Le souvenir d’un certaine image n’est que le regret d’un certain instant", disait-il dans la Recherche du temps perdu...

 

Offre numérique MM+

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