Connaissez-vous l'histoire de Victor Antoine Ardisson, "le vampire du Muy"?

Au Muy, en 1901, la police vient enfin d’arrêter celui qui, toutes les nuits, hante le cimetière et ouvre les tombes des femmes. Et ce "vampire" n’est qu’un être humain.

Nelly Nussbaum Publié le 03/07/2021 à 17:00, mis à jour le 03/07/2021 à 14:43
Asile psychiatrique de Montfavet, où Ardisson a fini ses jours. (Carte postale début XXe siècle)

C’est au début du XXe siècle que celui qui terrorise le village varois du Muy depuis des mois et que la vox populi surnomme "Le Vampire" est enfin arrêté! Mais qui est ce monstre, ressemble-t-il à un être humain? En fait, ce vampire n’est autre que Victor. Un homme un peu simple d’esprit, doux et serviable, qu’on appelle "le grigouio", soit "le nigaud", "le fada", que tous les villageois connaissent.

Enfance sordide et jeunesse difficile

Victor Antoine Ardisson est né au Muy le 5 septembre 1872. Sa mère Elisabeth Apollonie Porre, enceinte d’un inconnu, épouse un certain Honoré Ardisson, qui reconnaît Victor. Très vite, la mère s’enfuit, laissant l’enfant avec son père adoptif. Tous deux subsistent chichement, se nourrissent frugalement de concombres, d’ail et de viande de chat ou de rat et boivent beaucoup.

Honoré accueille des femmes, qu’il installe dans le lit qu’il partage avec l’enfant. Plusieurs d’entre elles se seraient intéressées de très près au jeune Victor... Sans doute est-ce cette sordide éducation et ces jeux pervers qui ont déclenché chez le jeune homme, souffrant déjà de déséquilibre mental, son terrible penchant.

Bien qu’il soit assez appliqué à l’école, il fut souvent la risée de ses camarades. Plus tard, malmené par ses compagnons de régiment en Corse, il déserta plusieurs fois et viendra même à Cannes.

Sexualité déviante dès l’adolescence

Il fut également un amoureux repoussé avec des éclats de rire. Cependant, malgré les humiliations, il est toujours parti sans mot dire, sans colère et sans haine. L’affection, l’attachement lui étaient inconnus. Dès son adolescence, il passe pour un dépravé. En effet, lors des fêtes au village, il se cache pour "reluquer" les filles du Muy et des environs qui dévoilent leurs jambes pour monter sur les chevaux de bois. Victor rêve alors de ces jambes inabordables.

 

En 1882, le père Ardisson devient fossoyeur du village. Victor l’accompagne au cimetière. De quoi développer son étrange perversion. Tout bascule dans sa tête. Si la journée, il ne peut approcher les filles, c’est le soir quand il ouvre la tombe de femmes ou fillettes tout juste enterrées qu’il peut enfin assouvir son envie de ces caresses inaccessibles. À partir de là, les visites se répètent

À ses médecins, il dira "repoussé des vivantes, j’ai épanché mes débordements de tendresse sur les mortes". Puis, c’est la spirale. Un jour, le nécrophile emporte le corps d’une fillette de trois ans à son domicile ainsi qu’une partie de celui d’une jeune fille de 13 ans. Posées sur son lit, il va les appeler ses fiancées.

Interné à l’asile d’aliénés de Pierrefeu-du-Var

En 1901, les villageois remarquent que des exhalaisons fétides s’échappaient de la maison où habite la famille au 15 de la Grand-Rue. Lorsque le père trouve les restes des enfants, il dénonce Victor. Le Vampire du Muy est écroué à la prison de Draguignan. Lors de son arrestation, Ardisson a trente-trois ans. Il mesure 1,54mètre, il est plutôt replet et relativement bien soigné de sa personne. Il a les cheveux blonds, la moustache très blonde, le bas de la figure carré, des yeux clairs qui donnent de la douceur à son visage.

Commence alors une longue série d’examens psychiatriques par des spécialistes. Finalement, il sera interné à l’asile d’aliénés de Pierrefeu-du-Var, avant d’être transféré à celui de Montfavet, près d’Avignon où il meurt le 9 mars 1944. Inhumé le 11 mars au cimetière de Montfavet, ses restes sont aujourd’hui à l’ossuaire.

 

D’après les Notes et observations de médecine légale sur le vampire de Muy par le Docteur Alexis Epaulard, archives de l’anthropologie criminelle et du Guide secret de la Côte d’Azur de Pierre-Emile Blairon, Éditions Ouest France.

L'asile d’aliénés de Montfavet, près d’Avignon, où Victor Antoine Ardisson mourut.

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