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Connaissez-vous Émile Ollivier, le Varois qui légalisa le droit de grève?

Mis à jour le 14/02/2020 à 18:37 Publié le 16/02/2020 à 18:00
Émile Ollivier, le surdoué de la politique qui devint Premier ministre de Napoléon II.

Émile Ollivier, le surdoué de la politique qui devint Premier ministre de Napoléon II. (DR)

Connaissez-vous Émile Ollivier, le Varois qui légalisa le droit de grève?

Ce député du Var, propriétaire du château de la Moutte à Saint-Tropez, a été premier ministre de Napoléon III.

Le 24 mai 1864, Émile Ollivier monta à la tribune de l’Assemblée nationale. Silhouette fine, front haut, petites lunettes cerclées, le visage encadré de rouflaquettes, il prit la parole au milieu d’un brouhaha où volaient les mots de trahison, d’anarchie et de révolution.

Il avança ses derniers arguments pour défendre la loi qui portait son nom. Et la "Loi Ollivier" fut votée. Elle allait avoir de considérables conséquences sur la vie sociale française. En termes juridiques, elle abrogeait le "délit de coalition". En langage clair, elle autorisait quelque chose dont notre pays fait un abondant usage:le droit de grève!

Qui était Émile Ollivier? Un député du Var qui fut un surdoué de la politique. Sa première intervention publique, dix-huit ans plus tôt, le 16 mars 1848, à Toulon, à l’âge de 22 ans, a de quoi rendre jaloux les plus grands ténors de la politique.

Lisons le journal Le Progrès du Var de l’époque:"Depuis trois jours, un seul nom est dans toutes les bouches, une seule pensée:notre jeune commissaire Émile Ollivier remplit littéralement la ville entière de sa présence. Jamais roi ni prince n’ont eu pareil succès, jamais homme n’a obtenu de telles ovations ni répandu autour de lui de si profondes sympathies. Il est difficile de décrire l’immense, l’unanime acclamation lorsque parut le jeune envoyé de la République..."

Le jeune Émile Ollivier portait en lui l’idéal de la démocratie. La IIe République venait d’être programmée après l’abdication du roi Loi Philippe, le 24 février 1848. Il fallait imposer en France ce nouveau régime. Mais le Var résistait, étant partagé entre les révolutionnaires partisans de la Terreur et les Royalistes attachés à la monarchie. On redoutait des émeutes.

Un père déjà dans la politique

Qui allait être capable d’apaiser le Var? Un jeune homme qui n’avait peur de rien et qui jouait là son avenir:Émile Ollivier. Il était né à Marseille. Son père, Démosthène, était déjà dans la politique. Émile Ollivier fut nommé commissaire du gouvernement par le ministre de l’Intérieur Ledru-Rollin qui connaissait son père.

Pour apaiser le Var, l’idée d’Émile Ollivier est simple:répandre la fraternité, adoucir les extrêmes. Il multiplie les gestes de bonne volonté dans toutes les directions. Il fait savoir que deux personnages emblématiques de l’Ancien Régime seront maintenus à leurs postes: l’ingénieur Mayor de Montricher, qui a assuré le ravitaillement en eau potable de Toulon, et l’évêque de Mazenod, qui a permis de sauver beaucoup de vies pendant l’épidémie de typhus.

Émile Ollivier est attendu comme le Messie. Des centaines de Toulonnais – ouvriers pour la plupart – se portent à sa rencontre sur la route d’Ollioules. Dans la calèche où il a pris place et où il apparaît en jaquette, écharpe tricolore, rosette rouge à la boutonnière, son père Démosthène est à ses côtés.

Il est escorté par les pompiers en grande tenue et par des soldats la Garde nationale. Lorsqu’il arrive à la porte de France, la foule entonne La Marseillaise. On dételle les chevaux pour tirer sa voiture à main d’homme. Il fait asseoir à ses côtés le poète ouvrier toulonnais Charles Poncy, protégé de George Sand.

Arrivé aux abords de la place d’Armes, la foule est si dense que sa voiture ne peut plus avancer. Il continue à pied. C’est là qu’il va prononcer un discours. Sur la place, un "banquet républicain" a été ouvert à 10.000 personnes. Une statue de la Liberté a été dressée. Le vin rosé des vignerons du Var coule à flots. Mais ce sont ses paroles qui enivrent.

"La royauté n’est plus. La République a été proclamée dans toute la France. L’ordre règne partout avec la fraternelle union des citoyens. Soyons unis. Je vous demande au nom de la patrie, abjurez les mauvais souvenirs et les ressentiments... Aimons-nous les uns les autres!"

Émile Ollivier est acclamé. L’amiral Baudin, qui incarne l’opposition royaliste, se jette dans ses bras. Le jeune commissaire du gouvernement installe à la tête de la ville le commerçant Fulcrand Suchet comme maire et le cordonnier Jacques Abbat comme premier adjoint. Une soirée de gala a lieu à l’opéra.

Le lendemain Émile Ollivier va saluer au fort Lamalgue l’opposant algérien Abd-El-Kader qui y a été emprisonné. Émile Ollivier séjournera dix jours dans le Var. Après Toulon, il ira convaincre Draguignan. Mêmes discours, mêmes succès.

Le baron Haussmann pourchassa Émile Ollivier au moment où il était préfet du Var.
Le baron Haussmann pourchassa Émile Ollivier au moment où il était préfet du Var. DR

Pourchassé par le baron Haussmann

Mais Louis-Napoléon Bonaparte, président de la République depuis le 11 décembre 1848, va se méfier de lui. Il va dresser contre lui le préfet du Var qui n’est autre que le célèbre baron Haussmann, futur bâtisseur du nouveau Paris.

Haussmann surveille ses agissements. Une réunion à Vidauban, en 1850, au Club des Démocrates, où il s’écrie:"Vous verrez que les riches finiront par nous manger tout crus", est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Émile Ollivier est convoqué devant le tribunal de Draguignan pour "tenue illégale de club".

La foule vient le soutenir:"Sur toutes les routes aboutissant à Draguignan, les hommes avançaient en chantant, les femmes et les enfants suivaient dans des charrettes ou des omnibus, raconte l’historien Pierre Saint-Marc. Ceux qui ne purent entrer dans le palais de justice où l’on s’écrasait, restèrent dehors malgré une pluie violente. Lorsque la foule apprit l’acquittement, ce fut une clameur de joie. Le jeune orateur fut porté en triomphe jusqu’à Vidauban." 

Car Émile Ollivier fut acquitté. Mais, pensant que sa vie dans le Var deviendrait impossible, il décida de partir en menaçant Haussmann:"Je pars mais un jour, nous nous retrouverons ! Et alors, c’est moi qui vous aurai!"

Il ne croyait pas si bien dire. Émile Ollivier quitta donc le Var politiquement. Mais pas familialement. En 1857, il épousa la fille aînée du compositeur Franz Liszt, la belle et brillante Blandine. En 1860, il acheta cette imposante demeure de style italien qu’on appelle le château de la Moutte à Saint-Tropez. Et Blandine devint la maîtresse des lieux.

Le poète Alfred de Vigny la décrivait comme "belle et grande, blonde comme son père et sa mère, un air tellement spirituel, énergique et candide à la fois, portée par son mariage à l’étude étrange pour une jeune femme de l’économie politique".

"J’ai trouvé l’enchantement"

"J’ai choisi Saint-Tropez, où l’on arrive en dix heures de voiture, pour me dérober aux importunités de la vie publique, déclare Émile Ollivier au Figaro. Je ne cherchais que le calme, j’ai trouvé l’enchantement." 

Hélas, le bonheur ne sera que de courte durée. Blandine meurt à Saint-Tropez le 11 septembre 1862, à l’âge de 27 ans, un mois après avoir accouché de son fils Daniel. Elle sera enterrée au cimetière marin. Émile Ollivier obtiendra du maire de Saint-Tropez la clé du cimetière afin de pouvoir s’y recueillir à tout moment.

Émile Ollivier repart en politique. Élu député de la Seine, il est donc, en 1864, le rapporteur de la loi instaurant le droit de grève. Cette loi comporte plusieurs articles dont un prévoyant de ne pas empêcher le travail des non-grévistes et de ne pas commettre de violences:"Sera puni d’un emprisonnement de six jours à trois ans et d’une amende de 16 francs à 3.000 francs, ou de l’une de ces deux peines seulement, quiconque, à l’aide de violences, voies de fait, manœuvres frauduleuses, aura amené ou maintenu, tenté d’amener ou de maintenir une cessation concertée de travail, dans le but de forcer la hausse ou la baisse des salaires ou de porter atteinte au libre exercice de l’industrie ou du travail."

En 1869, Émile Ollivier est élu député du Var. Il se produit alors un de ces renversements dont la politique a le secret:son ennemi de jadis, Louis Napoléon devenu l’empereur Napoléon III le charge le 27 décembre 1869 de constituer un nouveau gouvernement.

Il devient le Premier ministre de Napoléon III. Il en profite pour limoger le préfet de Paris Haussmann qui avait pourtant métamorphosé la capitale française en détruisant les quartiers insalubres et construisant les fameux nouveaux grands boulevards.

La vengeance est un plat qui se mange froid! La même année, Émile Ollivier est élu à l’Académie française. Mais l’Histoire va se précipiter. Le 15 juillet, la France déclare la guerre à la Prusse. La débâcle de Sedan arrive, Napoléon III est emprisonné. Le gouvernement d’Émile Ollivier tombe. Il n’aura duré que six mois. 

Battu aux élections législatives de 1876 et 1877 dans le Var, il se retirera dans son château de la Moutte et écrira les dix-sept volumes de son Empire libéral. Émile Ollivier meurt en 1913.

Il est enterré dans un tombeau face à la mer, sur ce rivage tropézien qu’il a tant aimé, seul, à l’écart de sa femme Blandine et de sa famille, sur un récif battu par des flots aussi denses que la foule qui, 65 ans plus tôt, à Toulon, avait acclamé son entrée en politique.

Le château de la Moutte, à Saint-Tropez, fut la propriété d’Émile Ollivier.
Le château de la Moutte, à Saint-Tropez, fut la propriété d’Émile Ollivier. DR

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