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Comment neuf chasseurs alpins ont résisté à 5.000 soldats de l'Axe en juin 1940

Alors que la France s’apprête à rendre les armes face à l’Axe, neuf chasseurs alpins, enterrés dans une casemate, tiennent à eux seuls le pont Saint-Louis à Menton. En première ligne, entre le 18 et le 25 juin 1940, ils repousseront les assauts de 5.000 soldats italiens.

Alexandre Ori Publié le 19/06/2022 à 10:30, mis à jour le 19/06/2022 à 10:30
Construit sous Napoléon 1er et théâtre de cette bataille héroïque, le pont Saint Louis relie la France à l’Italie. La casemate des neuf chasseurs alpins était l’avant-poste métropolitain le plus au Sud de la ligne Maginot. (DR)

À minuit pile le 10 juin 1940, la drôle de guerre touche brutalement à sa fin pour le front du sud-est. Après des mois d’inaction, l’Italie fasciste de Mussolini s’est finalement décidée à lancer une offensive sur les Alpes françaises. Tout comme Menton, la casemate du pont Saint-Louis est en première ligne. Pourtant il y règne un étrange calme, uniquement troublé par l’incessante musique des marches militaires italiennes. Des messages amicaux invitent les Français à se rendre alors que partout ailleurs retentit l’écho des combats.

Derrière les épais murs en béton armé, neuf hommes du 96e bataillon alpin français attendent leurs ordres. Enterrés dans 12m2, faiblement éclairés par deux lampes les enfumant, ils ont entendu Pétain grâce à leur radio, seul lien avec le monde extérieur. Le maréchal appelle à cesser les combats. Alors qu’ils n’ont plus d’eau courante, qu’ils défèquent dans une écuelle et que le rationnement a cessé, les soldats sont soulagés par cette nouvelle. Mais ils ne quitteront pas leur position sans l’ordre direct de leur hiérarchie. La guerre n’est pas finie.

Une résistance inattendue…

En réalité, le conflit vient de commencer pour eux. Le 20 juin à 8h03, sept Italiens apparaissent dans le virage de l’autre côté du pont. Ils sont accueillis par les salves de l’Alpin Guzzi, alors à l’extérieur. Peu après, la porte blindée est définitivement verrouillée tandis que deux cents assaillants lancent une offensive.

Un obus éclate devant la casemate. S’ensuit un déluge de balles. À la manœuvre d’un fusil-mitrailleur, le soldat Pétrillo riposte. Mais l’arme s’enraie. Il faut à tout prix empêcher les ennemis de franchir la barrière du pont. Sinon, les chasseurs n’auraient plus d’angle de tir. Encerclée, la casemate deviendrait leur tombeau. Du soutien est demandé à l’artillerie positionnée au Cap Martin. Le bombardement fait battre en retraite les attaquants. Une telle résistance était inattendue.

 

Le lendemain vers midi, dans l’obscurité de la casemate, on entend parler italien. L’ennemi est tout proche. Une douzaine d’hommes, emmenés par un officier, ceignent le bâtiment.

La mitraille française mugit et finit par les repousser. Le 22 juin, désormais assurée de la détermination française à défendre ce pont, l’armée adverse se concentre sur d’autres fronts. Déployant le gros de ses forces, elle perce les lignes et envahit Menton. La casemate du Pont Saint-Louis, dernière défense française, est alors isolée.

Jusqu’à l’armistice

Le 23 juin, la radio ne fonctionne plus. Seuls, les chasseurs n’abandonnent pas. Si l’ennemi grouille autour d’eux, ils glissent leurs grenades dans des goulottes. En tirant au canon anti-char, ils barrent le passage aux blindés. Le lendemain sera similaire.

Mais le 25 juin, le calme retombe sur toute la Côte. Plus un canon ne se fait entendre. L’armistice a été signé.

 

À l’autre bout du pont, le drapeau blanc est hissé. Au son des trompettes, 150 soldats italiens défilent pour célébrer leur victoire. Incrédule, le sous-lieutenant Charles Gros finit par sortir de la casemate pour déposer les armes. Solennellement salués par l’ennemi, les neuf derniers défenseurs seront cités à l’Ordre de l’armée. De leur héroïsme, il reste désormais sur le pont Saint-Louis ce drapeau tricolore, marquant de nouveau la frontière du pays qu’ils ont servi jusqu’à la reddition, la France.

Sources

- Michel Truttmann, L’héroïque défense du Pont Saint-Louis, Histoire de guerre no 51.

- Bernard et Raymond Cima, La glorieuse défense de Port Saint-Louis, éd. Cima.

- Claude Raybaud, Les fortifications françaises et italiennes de la dernière Guerre dans les Alpes-Maritimes, serre, 2002, 127 p.

Offre numérique MM+

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