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Ce paléontologue nous emmène sur les traces des dinosaures carnivores de Provence

Thierry Tortosa, paléontologue reconnu, anime, aujourd’hui, une conférence dédiée à son domaine de prédilection. Un rendez-vous organisé par l’association Notre École.

Propos recueillis par Jérémy Tomatis Publié le 28/05/2022 à 14:15, mis à jour le 28/05/2022 à 14:22
Thierry Tortorosa, ici à droite, est spécialiste des dinosaures provençaux. (Photo Réserve Naturelle de Sainte-Victoire)

Samedi 28 mai, à 16h30 à Antibes (salle des associations, cours Massena), l’association Notre École organise une conférence intitulée: "Des dinosaures en Provence?"

Thierry Tortosa, conservateur de la réserve naturelle nationale de Sainte-Victoire, dans le Var, docteur en paléontologie et spécialiste des dinosaures du Crétacé [le Crétacé est une période géologique se déroulant environ entre -145 et -66 millions d’années] en Provence, sera au micro afin de distiller toute sa science.

Dans le détail, qu’allez vous évoquer?

 

Le cadre paléogéographique et paléoenvironnemental de la région. Je vais passer en revue nos dinosaures, avec des anecdotes sur les études scientifiques, leur anatomie, leurs noms… mais aussi la faune associée.

Quel est le parcours d’un paléontologue?

Comme beaucoup, je suis passionné depuis que je suis tout petit. Après une scolarité classique, je me suis orienté en paléontologie en faculté. J’ai fini par une thèse sur les dinosaures de Provence au muséum d’histoire naturelle d’Aix-en-Provence.

Pourquoi la Provence?

Je suis originaire de Vitrolles (Bouches-du-Rhône). Et quand j’ai commencé mes études, j’avais deux choix. Suivre un cursus classique qui allait m’emmener à l’étranger pour étudier des dinosaures qui font rêver les enfants du monde entier, comme des Tyrannosaures Rex. Ou bien tisser un réseau local dans le but de valoriser et, surtout, mieux connaître nos dinosaures.

Des regrets?

 

Aucun. Nos dinosaures, lorsque je choisis la Provence, sont encore extrêmement méconnus. On leur fait d’ailleurs une mauvaise publicité, à tort. Nous en avons énormément. Je les ai également découverts quand j’étais en licence. Et je me suis dit qu’il y avait beaucoup de choses intéressantes à étudier. Dès lors, pourquoi partir sur des Tyrannosaures a l’étranger? Et ce, même s’il reste un des dinosaures les plus fascinants et l’un de mes préférés…

C’est l’inconnu qui vous a attiré?

Il y avait beaucoup de choses à creuser, sans jeu de mots. Quand j’ai commencé ma thèse, cela a coïncidé avec le début des fouilles. Et énormément d’ossements ont été trouvés. Ça confirmait le potentiel de la région. C’est comme ça que je me suis emporté dans ma motivation sur les dinosaures locaux. J’ai travaillé sur plusieurs familles pour ma thèse. Et j’ai pu me spécialiser. J’ai aussi travaillé sur toute la faune associée que peuvent être les tortues ou les crocodiles. Je touche un peu à tout, même si les dinosaures sont mon fonds de commerce.

Quel dinosaure provençal vous a le plus marqué?

Pendant ma thèse, j’ai pu travailler sur le plus gros dinosaure carnivore de Provence. Quand je suis rentré au muséum, nous nous sommes rendu compte qu’il s’agissait d’un carnivore jamais identifié. Mon directeur de thèse m’a mis dessus. C’est un peu devenu mon bébé. Découvrir un dinosaure était un rêve de gosse. Certes, il était deux fois plus petit qu’un Tyrannosaure. Mais j’y ai mis de l’attention et de la passion.

 

Comment s’appelle-t-il?

Arcovenator. Ça veut dire chasseur de l’Arc, car il vient de la vallée de l’Arc. C’était le super prédateur de la région. Son nom complet est Arcovenator Escotae.

Escotae?

Il s’agit de sa famille, comme Rex pour le Tyrannosaure Rex. C’est le seul dinosaure connu de cette famille. Le nom de sa famille vient simplement du nom de l’entreprise Escota, car les fouilles ont été rendues possible à la suite d’un chantier le long de l’autoroute A8, entre Aix-en-Provence et Saint-Maximin.

Que sait-on de cet Arcovenator?

 

C’était vraiment une espèce du sud qui a réussi à coloniser l'Europe. Il faut savoir qu’à l’époque, l'Europe, c’est un archipel. Aujourd’hui, c’est le plus gros carnivore d’Europe connu et il y a vécu il y a environ 72 à 74 millions d’années.

Il devait aussi y avoir de gros herbivores, non?

Oui on en avait de bonne taille, entre 15 et 18mètres. Ça reste petit par rapport à ce que l’on connaît des grands dinosaures, car il s’agit d’une évolution insulaire.

C’est-à-dire?

L’évolution, lorsqu’il s’agit d’un territoire insulaire, a plutôt tendance à aller vers le nanisme pour les gros animaux et, au contraire, vers le gigantisme pour les petits. Il y a de nombreux exemples. Comme le dodo, un gros oiseau qui vivait exclusivement sur l’île Maurice et qui s’est arrêté de voler puisqu’il n’avait plus de prédateur. Ou, à l’opposé, l’éléphant nain, qui vivait notamment en Crète.

 

Qu’en était-il du climat provençal de l’époque?

C’était un milieu tropical, parfois sec, parfois humide. Cela dépendait des périodes. Il y avait une végétation luxuriante. À cette époque, on est au niveau du Maroc en termes de latitude. Donc il fait très chaud. Un peu comme le Nil aujourd’hui, on avait ce que l’on appelle une grande plaine d’inondation. C’est l’une des spécificités de nos gisements: après chaque saison de crue, beaucoup de dinosaures venaient pondre leurs œufs sur ces terres fertiles. C’est pour cela que les formations géologiques contemporaines sont très riches en œufs de dinosaures.

Quels rêves vous reste-t-il à accomplir en tant que paléontologue?

 

J’ai encore beaucoup de dinosaures sous le coude. J’ai mis un coup de pied dans la fourmilière durant ma thèse. On a du petit, du gros… J’ai d’ailleurs entendu que dans le prochain film Jurassic World, il devrait y avoir un dinosaure français, le Pyroraptor. Un dinosaure un peu plus gros que le Vélociraptor, lui-même en réalité beaucoup plus petit que le celui que l’on peut par exemple voir dans le premier Jurassic Park.

D’autres idées reçues ou légendes urbaines?

Il y en a beaucoup. Par exemple, le fait que les dinosaures ont totalement disparu… mais on en reparlera lors de la conférence [sourire].

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