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Au XVIIIe siècle, Toulon perd la guerre du savon

Mis à jour le 05/06/2020 à 20:51 Publié le 06/06/2020 à 16:30
Illustration ancienne d'une savonnerie.

Illustration ancienne d'une savonnerie. DR

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Au XVIIIe siècle, Toulon perd la guerre du savon

À cause d’un décret royal de 1669, la florissante industrie savonnière toulonnaise s’est effondrée au bénéfice de Marseille. Retour sur un choix lourd de conséquences pour la rade varoise.

Jamais on n’a autant parlé de savon. Son usage rythme nos journées, accompagne nos gestes "barrières", fait l’objet de communications gouvernementales. Ce produit dont l’humoriste dit qu’il est "le propre de l’homme", est (re)devenu de première nécessité.

Il serait faux de croire que son origine est de Marseille. Elle serait plutôt de Toulon. Et même de Grasse.
La première savonnerie importante a été répertoriée à Toulon en 1430. Un certain Palmier, industriel de Grasse, l’a créée.

La renommée de ce personnage étant arrivée aux oreilles des édiles toulonnais, il fut appelé pour installer sa manufacture savonnière au nord de la place du Portalet (aujourd’hui place Gambetta). Pour l’inciter à quitter Grasse, Toulon lui paya son loyer.

Au XVe, les ateliers de savon se développent sur les terrains marécageux qui servaient, jusque-là, de parcage aux animaux de boucherie. Le quartier devint le "faubourg des savonnières". L’actuelle rue des Savonnières, qui descend vers le port près de l’arsenal, en témoigne.

Vingt à Toulon, sept à Marseille

L’industrie est prospère. Le savon se fait mousser dans la cité varoise. Et, pendant ce temps, Marseille n’arrive même pas à subvenir à ses besoins!

La première grande savonnerie marseillaise, celle de Georges Prunemoyr, n’ouvrira qu’un siècle plus tard, en 1593.

Une savonnerie d'autrefois
Une savonnerie d'autrefois DR

Au XVIIe, les Toulonnais ne supportant plus les odeurs provenant des fabriques de savon, celles-ci sont transférées en 1633 au-delà des remparts. Cela ne nuit pas à leur développement. Elles étaient huit en 1600, elles passent à vingt en 1650. À l’époque, il n’y en a que sept à Marseille.

Les moulins à huile de la région tournent à plein. Car l’huile est à la base de la fabrication du savon. Le moulin de la Bastide Montauban à Ollioules fournit la célèbre savonnerie toulonnaise de Signier de Piosin.

Les fabricants se frottent les mains. Ils exportent leurs produits. Les bateaux venus de l’étranger repartent avec leurs cales chargées d’huile et de savon. Soudain, en 1669, tout chavire. Le roi Louis XIV accorde une franchise au port de Marseille. C’est un coup de poignard dans le dos des Toulonnais dont le commerce portuaire reste taxé.

Pour Louis XIV, Toulon est avant tout un port militaire. Ce grand roi qui, dit-on, n’aurait pris que deux bains dans sa vie, un la veille de son mariage et un autre avant sa mort, n’a que faire du commerce savonnier. Il s’en lave les mains!

Les Toulonnais se creusent la tête pour avancer des arguments. Ils vont jusqu’à prétendre que le rejet des eaux savonneuses dans le port permet de protéger les coques des navires militaires des parasites qui les attaquent. Rien n’y fait!

Grasse résiste en faisant du haut de gamme

Une à une, les savonneries périclitent. Le commerce toulonnais est lessivé. Même chose à Antibes, Cannes et Cagnes-sur-Mer.

Pendant ce temps, le nombre des savonneries passe à 28 à Marseille. À la fin du XVIIIe siècle elles sont cinquante, puis soixante en 1810.

Une ville résiste: Grasse. On s’y spécialise dans le haut de gamme, le savon de toilette, laissant à Marseille la production du savon ménager et industriel.

À Grasse, les savonneries Courmes accèdent à la célébrité, plus tard celle des frères Berage. Antoine Chiris crée des savonnettes à la rose, à la bergamote, à l’ambre qui seront exportées jusqu’à la Russie des tsars.

Au XIXe, il y a encore huit savonneries à Grasse, rachetées en 1863 par la société Latil.

Qu’était devenue, pendant ce temps, la fabrication toulonnaise? Elle avait fondu comme fondent les savonnettes.

En 1749, Toulon ne comptait plus que sept savonneries, plus que quatre en 1770. Marseille avait remporté la guerre du savon...

Un renouveau dans le Var

Notre région oléicole était de tout temps destinée à fabriquer du savon. Celui-ci s’obtient en mélangeant des corps gras à de la soude. Les corps gras proviennent de l’huile, donc des oliviers, la soude s’obtient à partir de certaines plantes maritimes ou par transformation du sel marin. 

Le Savon de Toulon
Le Savon de Toulon DR

Au cours des siècles passés, les moulins à huile ont poussé comme des champignons dans notre région, surtout dans les zones fortement irriguées comme l’est du Var. Au XVIIe, la région de Grasse, Draguignan, Fayence, concentrait à elle seule quarante pour cent des moulins communaux de Provence.

Si Marseille demeurait au début du XXe siècle, le principal centre de fabrication du savon en France, une grande concurrence est venue des détergents synthétiques.

Des 108 savonneries qui existaient à Marseille en 1924, seules trois subsistent actuellement.

Ces dernières années, on a pu constater un renouveau. Quelques savonneries ont été relancées à La Seyne-sur-Mer, Bormes-les-Mimosas, Carqueiranne, Seillans. Elles réactualisent le savoir-faire des savonniers d’autrefois de notre région.


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