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À Pardigon, un immense domaine viticole de l'époque romaine livre ses secrets

Entre Cavalaire et La Croix-Valmer, le site archéologique, propriété du Conservatoire du Littoral, est entretenu par des bénévoles.

Nathalie Brun Publié le 03/07/2021 à 10:20, mis à jour le 03/07/2021 à 10:22
Pardigon II à La Croix-Valmer. Photo Jean Phaner /DR Nice Matin

À cheval entre Cavalaire et La Croix-Valmer, dans un vaste amphithéâtre naturel adossé au massif des Maures qui s’ouvre sur une belle baie, le site de Pardigon recèle les vestiges du plus gros domaine viticole maritime romain mis à jour sur les rives de la Méditerranée. Dans cette zone surplombée par l’oppidum de Montjean et habitée depuis le Néolithique, la première villa (Pardigon II) est construite en 40 - J.C., à quelques jets de pierres de l’actuelle plage du Débarquement, avec chai, fouloir, pressoir…

La propriété comportait un port et des thermes privés et comptait une cinquantaine d’occupants. Une petite zone artisanale avec tuilerie, poterie, verrerie, fonderie et bien plus, complétait son activité, qui devait être prospère. Agrandie, puis reconstruite au Ier siècle, l’exploitation commerce avec l’Espagne et l’Italie. Au IIIe siècle, elle est rattachée à une seconde villa, fouillée dans les années quatre-vingt, et aujourd’hui enfouie sous le parking du théâtre Les Tragos.

Un vaste et prospère domaine maritime. Repro DR..

"Une production considérable"

"C’était une villa importante, qui s’étendait sur 8.000m2, la plus grande du sud de la Gaule que l’on puisse encore voir. Elle comprenait La partie urbaine, la pars urbana, occupée par les maîtres, et la pars rustica qui était une cave romaine, car ils vivaient essentiellement de la production viticole", explique André Falconnet, président de l’association archéologique Aristide Fabre, qui s’attache depuis des années à la préservation et à la mise en valeur du site.

 

"On a retrouvé sur l’exploitation les restes d’une centaine de dolia (jarres antiques). Sachant qu’un dolium peut contenir entre 1.500 et 1.800 litres, c’était une production considérable pour l’époque".

On suppose que le port se situait au sud de la villa. "Sur Pardigon II, on a identifié l’un des propriétaires: Zogenes, dont le patronyme figurait sur les tuiles fabriquées sur place. C’est un nom d’origine grecque. Il pourrait s’agir d’un intendant auquel aurait été légué le domaine."

Tête de naïade en marbre de Carrare. Photo Nice-Matin..

Thermes et marbres rares

L’exploitation perdure jusqu’à la fin de l’Empire. Mais elle sera pillée par les Wisigoths avant d’être abandonnée, vers le VIIe siècle. Au Moyen-Âge, ses parements de marbre sont brûlés pour faire de la chaux. Les fragments retrouvés dans les décombres laissent entrevoir le luxe dans lequel évoluaient ses propriétaires.

"On voit cinq thermes successifs, du Ier au VIIe siècle. Le domaine a beaucoup perduré, avec différents états, mis à jour par l’archéologue Jean-Pierre Brun qui a eu le grand mérite de retrouver ces différents stades d’occupation", poursuit André Falconnet.

 

"La plupart des marbres ont été brûlés, et on en a très peu récupérés. Ils venaient de Carrare et d’Italie, de Grèce, de Tunisie...". Une restitution en 3D de Pardigon II, est visible à l’Espace archéologique de la Maison de la Mer à Cavalaire.

Unique élément de statuaire retrouvé: une tête de naïade à profil grec, en marbre de Carrare, qui crachait l’eau, peut-être dans les thermes de la villa. Elle est visible à la mairie de La Croix-Valmer où la médiathèque expose également divers objets retrouvés sur le site.

Vases, céramiques et poteries, monnaies, délicates fioles de verre... Le sol a livré de nombreux matériels, dont une bouteille en argile à deux anses, représentant Ulysse attaché au mât de son navire, pour échapper aux chants des sirènes. Cette pièce rare est l’un des clous de l’exposition inaugurale de l’Hôtel des expositions du Var, Ulysse, voyage dans une Méditerranée de légendes, visible jusqu’au 22 août à Draguignan.

André Falconnet, président de l’association archéologique Aristide Fabre, et son équipe. Photo Nice Matin.

Sauvé du béton

La construction d’une caserne des douanes, au Second Empire, puis les obus allemands en 1943, ont causé de sérieux dégâts sur l’antique complexe viticole. Dans les années 1980-1990, c’est la pression foncière qui met le site en péril. Les associations de défense de l’environnement ont finalement pu faire annuler la Zone d’aménagement concertée touristique et golfique, programmée sur les ruines romaines. Pardigon, racheté par le Conservatoire du Littoral en 2013, est désormais protégé.

L’association Aristide Fabre a tout fait pour sauver ce site des oubliettes. Sous l’impulsion d’André Falconnet, elle avait dégagé une partie des ruines enfouies sous les broussailles, il y a dix ans. Elle se consacre aujourd’hui à leur entretien, avec l’aval de la commune de La Croix-Valmer et du Conservatoire du Littoral, en attendant la future cristallisation qui permettra au public de mieux découvrir les ruines. Et en appelant de ses vœux la reprise des fouilles.

 
xxx Picasa 2.0/Nice Matin.

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