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À Monaco, les Archives Nationales sont en phase de construction

L’État se dote d’un service officiel fédérant des documents administratifs d’intérêt public. Une manière d’assurer une pérennité de ce patrimoine essentiel pour l’histoire du pays.

CEDRIC VERANY Publié le 09/05/2021 à 20:07, mis à jour le 09/05/2021 à 20:49
Audrey Bloche, Michaël Bloche et Jean-Charles Curau, chargés désormais de la question des Archives Nationales. Photo Stéphane Danna/Dir.Com.

C’est une petite révolution patrimoniale. L’ordonnance souveraine du 25 mars 2021 annonce la création d’une mission de préfiguration pour doter la Principauté d’un service d’Archives Nationales, qui coordonnera les archives contemporaines d’intérêt public.

Le pilotage de cette mission, placée sous l’autorité du ministre d’État, a été confié à un historien, Michaël Bloche.

À ses côtés, Jean-Charles Curau – secrétaire général de la Fondation Prince Pierre – préside une nouvelle commission consultative des Archives d’intérêt public, qui remplace la commission des Archives de l’État.

Elle aura la charge de définir les grandes orientations de la politique archivistique de la Principauté.

 

"La mission a vocation de doter Monaco d’un service d’État de collecte, de conservation, de valorisation des archives d’intérêt public à forte valeur patrimoniale", détaille Michaël Bloche.

À partir de 1911

Son périmètre démarre aux archives publiques de Monaco depuis 1911. Une date symbolique. "Jusqu’en 1911 le prince et l’tat étaient confondus d’un point de vue institutionnel. Aussi, les archives des services exécutifs de l’tat jusqu’à cette date relèvent de la maison souveraine et resteront conservées aux Archives du Palais princier".

L’équipe mise en place s’attache donc aux archives administratives du pays au départ du XXe siècle. Sans partir de zéro, car des structures existaient.

Mais Monaco n’avait jamais officiellement acté un service d’Archives Nationales. Aujourd’hui l’envie est de professionnaliser et harmoniser la pratique. Et d’entamer un processus de réflexion pour lui donner un cadre légal.

 

La notion d’intérêt public

"Ce qu’il faut d’abord noter, c’est l’émergence d’une nouvelle notion, celle d’archive administrative d’intérêt public", décrypte Jean-Charles Curau. "La nouvelle ordonnance a élargi le périmètre, on parle, outre l’administration, des institutions, des grandes entités, des sociétés concessionnaires. Notre mission sera à la fois d’éveil des consciences de ces entités à la notion d’archives et l’accompagnement sur la technicité. Aujourd’hui, chaque service est submergé par des archives. Il faut savoir les trier pour conserver l’essentiel. Nous voulons distiller les bonnes pratiques, qu’elles soient harmonisées dans tout le pays".

Ce sera le premier travail de la mission, d’aller à la rencontre de ces entités, de faire un état des lieux. "Et surtout susciter une prise de conscience sur le fort intérêt patrimonial que peuvent revêtir certains documents qui peuvent paraître anecdotiques à certains mais qui s’avèrent être de trésors pour l’histoire du pays", complète Michaël Bloche.

En expert, il concède que sur une somme de documents, on ne conserve que la "substantifique moelle", soit 5 à 10% qui seront des témoignages historiques, parfois juridiques, parfois nécessaires au bon fonctionnement de l’État. Le but demeurant historique, et non pas de collecter des données privées, propres à chacun.

La conservation du numérique

À moyen terme, l’envie est aussi de disposer d’un lieu physique, avec des salles de lectures qui permettront aux administrés, aux chercheurs, aux scientifiques de consulter les Archives Nationales. Sans pour autant tout réunir dans un lieu unique.

 

"Les producteurs restent propriétaires de leurs archives. L’idéal serait que chacun prenne en charge ses archives et les gèrent avec les recommandations de la mission", souligne Jean-Charles Curau.

La mission a aussi dans sa feuille de route, la nécessité de rendre l’archivage électronique pérenne. "Le numérique complexifie la question de l’archivage, avec notamment des dossiers mixtes papier et numérique. Mais ces pièces auront un intérêt dans l’Histoire, et l’idée est progressivement d’avoir des outils d’archivages numériques", espère Michaël Bloche. "On se place dans une perspective de conservation sur des siècles, sur mille ans, deux mille ans pour pouvoir transmettre aux générations futures. C’est là tout l’enjeu, et c’est un véritable défi.

Michaël Bloche raconte « son lien d’affection particulier avec la Principauté ». Photo Sébastien Botella.

Des seigneurs d’Estouteville aux archives du pays du complémentaire pour le Web

Diplômé de l’École Nationale des Chartes, conservateur du patrimoine et docteur en Histoire, c’est à Michaël Bloche qu’a été confié le travail de pilotage de ces Archives nationales.

Son épouse, Audrey, également diplômée de l’École nationale des Chartes, sera en charge du dossier de l’archivage électronique.

L’historien raconte qu’il a noué "un lien d’affection particulier pour l’histoire de la Principauté, dont j’ai apprécié la richesse à sa juste valeur" en travaillant depuis cinq ans avec les Archives du Palais princier sur les racines historiques des princes de Monaco en Normandie.

En effet, jusqu’en mars dernier, Michaël Bloche était directeur-adjoint des archives départementales de Seine-Maritime et à ce titre a produit une exposition et un livre consacré aux seigneurs d’Estouteville, ancêtres des princes de Monaco et à leur château de Valmont.

Un aspect peu connu de l’histoire des Grimaldi. Le prince s’était d’ailleurs rendu, en 2019, en Seine-Maritime pour découvrir le patrimoine de ces ancêtres.

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