1523: Ce jour où l’assassin de Lucien Grimaldi est arrêté… puis relâché

Épisode rocambolesque d’une affaire criminelle qui a endeuillé Monaco au XVIe siècle.

Article réservé aux abonnés
André Peyregne Publié le 30/10/2022 à 11:14, mis à jour le 30/10/2022 à 11:15
Monaco au XVIe siècle.

Le 22 août 1523, Lucien Grimaldi, seigneur de Monaco est assassiné de quarante-deux coups de poignard. Monaco est au bord du chaos. Le fils de Lucien Grimaldi, Honoré, ne peut prendre le pouvoir. Il n’a que… 9 mois ! On fait donc appel au frère cadet de Lucien, Augustin Grimaldi, pour monter sur le trône. Celui-ci étant évêque de Grasse, le pape Clément VII lui accorde l’autorisation d’occuper une fonction seigneuriale.

Première préoccupation d’Augustin : retrouver Barthélemy Doria, l’assassin de son frère.

Caché à la Turbie

Qu’est-il devenu? À la faveur du désordre créé au moment de l’assassinat, Barthélemy et ses complices se sont échappés du château de Monaco. Ils ne sont pas allés bien loin. Ce n’est pas pour rien qu’on a traité Barthélemy de "débile"! Au lieu de prendre le large, il s’est contenté de se cacher dans les environs de la Turbie.

C’est là qu’on le retrouva et qu’on mit la main sur lui. Mais l’affaire était loin d’être finie.

En effet, la Turbie était en territoire étranger. L’arrestation était illégale. Barthélemy dut être relâché. Cette fois-ci, ayant pris la mesure de la situation, il jugea préférable de s’éloigner davantage.

Protégé par François 1er

Il trouve refuge en Savoie. Là, il se place sous la protection de Louise, princesse de la maison ducale de Savoie, qui n’est autre que la mère du roi de France, François Ier.
Or, François 1er a nommé comme commandant de la flotte française Andrea Doria, l’oncle de Barthélemy.

François Ier. Photo DR.

Aussi, lorsqu’Augustin Grimaldi demande à François Ier de lui remettre le criminel, il obtient une fin de non-recevoir.

Augustin Grimaldi ne va pas s’avouer vaincu. Il choisira la voie de la ruse. Il fait informer l’assassin que le pardon lui sera accordé s’il vient faire amende honorable en l’église de Monaco. Barthélemy, dans sa grande naïveté, tombe dans le piège. Heureux de retrouver les rivages méditerranéens de sa jeunesse, il revient, confiant, à Monaco. Mais à peine arrivé, il est arrêté.

Monaco organise un procès expéditif. Barthélemy est condamné à mort.

L’intervention du pape

C’est alors que Rome intervient. Le pape Clément VII, qui a toute autorité sur Augustin Grimaldi, ne tient pas à ce qu’un évêque devenu chef d’État inaugure son règne avec une exécution capitale. Le bien nommé Clément VII invite donc à la clémence.

Le pape Clément VII. Photo DR.

Augustin Grimaldi ne peut faire autre chose qu’obtempérer. Il libère Barthélemy Doria. Que deviendra l’assassin ? Il sera enrôlé dans l’armée française et l’on perdra sa trace…

La vengeance d’Augustin

Dans cette affaire, Augustin Grimaldi garde une rancœur à l’égard de François Ier. Pour tout dire, il a l’intention de se venger ! Poussé par le pape Clément VII, il se rapproche de l’ennemi du roi de France, le très catholique souverain d’Espagne Charles Quint.

Ainsi que le raconte l’historien Alain Decaux dans son ouvrage Monaco et ses princes, il charge un parent, Léonard Grimaldi, de se rendre en Espagne pour négocier une alliance.
Le 7 juin 1524 est signé le traité de Burgos par lequel "le seigneur de Monaco se consacrera à l’entière obéissance et au service de l’Espagne".

Augustin n’en demandait pas tant ! On est peut-être allé trop loin ! Il pense que ce traité peut mettre en péril l’indépendance de Monaco. Il convient de faire une nouvelle négociation. Augustin Grimaldi envoie donc cette fois-ci l’avocat Pierre Colle pour négocier. Celui-ci se montre plus prudent que Léonard Grimaldi. Par le traité de Tordesillas du 3 novembre 1524, Charles Quint reconnaît l’indépendance de Monaco tout en maintenant la protection de l’Espagne.

Augustin Grimaldi est satisfait.

Monaco base espagnole

Une garnison sera recrutée par l'Empereur pour protéger Monaco, qui sera financièrement à la charge des Grimaldi.

Le port de Monaco devient une base navale pour Charles Quint. Celui-ci s’en servira en particulier pour amener des troupes à la fameuse bataille de Pavie en février 1525. C’est là qu’après sa défaite, François Ier déclarera: "Tout est perdu sauf l’honneur!"

S’ensuivent des remerciements chaleureux de Charles Quint à Augustin Grimaldi et une correspondance entre les deux souverains, conservée dans les archives du Palais Princier, dans laquelle Charles Quint commence ses lettres par: "Au révérend Père en Dieu, très cher et féal conseiller, le seigneur de Monaco, évêque de Grasse".

Tout semble au beau fixe dans les relations entre Monaco et l’Espagne.

Accueil grandiose

Le 5 août 1529, sur la route de Bologne, où il va se faire couronner empereur par le pape Clément VII, Charles Quint fit halte à Monaco. Il séjournera quatre jours, recevant un accueil grandiose (lire ci-dessous).

Pourtant, peu à peu, les relations hispano-monégasques vont se refroidir. Avec les années, les seigneurs de Monaco et la population de Monaco supporteront de moins en moins la tutelle espagnole.

Des troubles naîtront qui aboutiront à l’assassinat d’Hercule Ier de Monaco.

Nous aurons l’occasion de revenir sur cette période de tutelle espagnole qui prendra fin en 1641 par le Traité de Péronne et un retour à la protection française. À suivre...

Charles Quint à Monaco

En route pour se faire couronner empereur par le pape Clément VII à Bologne, Charles Quint fit halte à Monaco du 5 au 9 août 1529.

Son escadre était commandée par l’amiral Andrea Doria et était escortée par deux galères envoyées à Barcelone par Augustin Grimaldi.

On s’étonnera peut-être de la présence de l’amiral Andrea Doria à la tête de la flotte de Charles Quint. Celui-ci était en effet précédemment commandant de la flotte française du roi François Ier. (Voir Monaco-Matin du 23 octobre). Mais ce marin génois, ayant été victime de la jalousie des ministres français et ayant été furieux du manque de volonté de François Ier de libérer Gênes du joug de Charles Quint, a finalement changé de camp et s’est rallié au souverain espagnol !

Le séjour fut somptueux au château de Monaco.

On évita de mettre Augustin Grimaldi en présence d’Andrea Doria, qui était l’oncle de l’assassin de son frère. Après trois jours de fête, la flotte de Charles Quint repartit le 9 août, escortée jusqu’à Gênes par Augustin Grimaldi lui-même, en compagnie de son jeune neveu Honoré Ier, âgé de 7 ans, futur prince de Monaco.

Charles Quint. Photo DR.

“Rhôooooooooo!”

Vous utilisez un AdBlock?! :)

Vous pouvez le désactiver juste pour ce site parce que la pub permet à la presse de vivre.

Et nous, on s'engage à réduire les formats publicitaires ressentis comme intrusifs.