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15 août 1806, création d’une nouvelle fête en France: la Saint-Napoléon

Mis à jour le 20/09/2019 à 13:41 Publié le 11/08/2019 à 20:00
Une affiche et une illustration annonçant ladite fête.

Une affiche et une illustration annonçant ladite fête. Photo DR

15 août 1806, création d’une nouvelle fête en France: la Saint-Napoléon

L’empereur des Français décide que, désormais, on célébrera cette fête. L’ennui est qu’il n’existe aucun saint portant ce nom !

Le 19 février 1806 paraît dans l’empire français un incroyable décret. Il annonce sans autre forme de procès la création d’une nouvelle fête en France : la Saint-Napoléon. Elle sera célébrée le 15 août.

Le 15 août était jusqu’à présent la fête de la Vierge Marie. Peu importe : la date sera aussi celle de la Saint-Napoléon. Du moment que l’empereur l’a décidé...

"Article 1: la fête de Saint-Napoléon et celle du rétablissement de la religion catholique en France seront célébrées dans toute l’étendue de l’empire le 15 août de chaque année, jour de l’Assomption.
Article 2: il y aura, ledit jour, une procession hors l’église, dans toutes les communes où l’exercice extérieur du culte est autorisé ; dans les autres, la procession aura lieu dans l’intérieur de l’église.
Article 3: Il sera prononcé avant la procession, et par un ministre du Culte, un discours en rapport avec la circonstance, et il sera chanté, immédiatement après la rentrée de la procession, un Te Deum solennel." Suivent quelques articles précisant la mise en application du décret.

Une manifestation de reconnaissance

L’affiche de ce décret est apposée sur les murs de France avec ce commentaire signé des préfets: "Cette fête doit fournir aux citoyens l’occasion d’exprimer leur satisfaction et leur reconnaissance envers la personne auguste de Sa Majesté impériale qui a tout fait pour donner à la France la félicité et la gloire dont elle jouit."

Le jour du 15 août n’a pas été choisi au hasard. Il ne s’agit pas, bien sûr, de "concurrencer" la Vierge mais tout simplement de marquer l’anniversaire de l’empereur, né le 15 août 1769.

Sa mère Letizia avait choisi pour son fils ce prénom, peu commun, en souvenir d’un oncle, Napoleone Buonaparte, qui était mort en héros à Corte. Lorsque l’empereur décida d’organiser cette célébration, les autorités rencontrèrent une difficulté de taille: il n’existait aucun saint portant le nom de Napoléon dans la religion chrétienne. Et la béatification de l’empereur lui-même n’était pas à l’ordre du jour! On avait beau feuilleter le "martyrologe" chrétien (livre contenant la liste des saints) on ne trouvait aucun Napoléon. Le cardinal Giovanni Battista Caprara, légat du pape, s’empara de l’affaire.

Il fallait ne pas déplaire à l’empereur des Français qui, après la Révolution, avait rétabli la religion catholique en France et avait signé le 15 août 1801 le concordat marquant la réconciliation entre la France et le Vatican. Rappelons, au passage, que deux Varois avaient participé à la rédaction de ce texte important pour l’histoire de la religion en France : Jean-Étienne Portalis, juriste et membre de l’Académie française né au Beausset, et l’abbé d’Astros, né à Tourves.

Le décret du 19 février 1806 instituant la Saint-Napoléon.
Le décret du 19 février 1806 instituant la Saint-Napoléon. Photo DR
Une affiche et une illustration annonçant ladite fête.
Une affiche et une illustration annonçant ladite fête. Photo DR

Le légat du pape suggéra dans un premier temps à l’empereur de déplacer au 16 août cette célébration afin qu’elle ne coïncide pas avec celle de la Vierge Marie. Il obtint de l’empereur une fin de non-recevoir. Le bienveillant cardinal se mit alors à fouiller dans l’histoire des martyrs chrétiens. Il finit par trouver un Neopoli. De Neopoli à Napoléon il n’y avait qu’un pas. Peu importe s’il était mort un 2 mai. On pourrait bien le célébrer le 15 août – du moment que c’était le souhait de l’empereur des Français ! De toute façon, personne n’avait jamais entendu parler de ce Napoleoni...

Une délégation niçoise au sacre de Napoléon

Ainsi fut donc décidé. Et toute la France se mit à célébrer la Saint-Napoléon. Notre région en particulier. Le Var et les Alpes-Maritimes. Le comté de Nice déploya un zèle particulier.

Nice, qui avait été rattachée à la France en 1792, était fervente de l’empereur. (Il s’agissait, en 1792, d’un premier rattachement à la France après la Révolution, le rattachement définitif ayant eu lieu, comme on le sait, en 1860, le comté de Nice ayant été entre temps repris par le royaume de Piémont-Sardaigne). Nice était très "impériale".

Lors du sacre de Napoléon Ier, en 1804, le préfet des Alpes-Maritimes Marc-Joseph Dubouchage et le maire de Nice Jean-François Defly avaient assisté à la cérémonie à Paris et Nice avait organisé une journée de manifestations au cours de laquelle avait été célébré symboliquement le mariage de deux Niçois désignés par le préfet.

Jean-Étienne Portalis, juriste du Beausset, dans le Var, ayant participé à la rédaction du concordat marquant la réconciliation entre la France et le Vatican.
Jean-Étienne Portalis, juriste du Beausset, dans le Var, ayant participé à la rédaction du concordat marquant la réconciliation entre la France et le Vatican. Photo DR

C’est à présent la Saint-Napoléon qu’il fallait célébrer avec faste. Un journal paroissial fut distribué dans tout le département, racontant la vie supposée du nouveau saint.
Partout, dans les villes et les villages, on apprit que "parmi tant de fidèles qui versèrent leur sang pour la défense de la foi, saint Napoléon, au IVe siècle, fut de ceux qui défendirent à Alexandrie, avec un courage extraordinaire, le nom de Jésus Christ et mourut dans d’infinis tourments."

Dans toutes les communes des Alpes-Maritimes, un rituel fut établi pour la célébration : en début de matinée, distribution d’aumônes aux pauvres, puis cérémonie chantée à l’église en présence des notabilités de la commune, dans l’après-midi, revue militaire puis jeux et divertissements publics, feux d’artifice tirés le soir dans les communes – qui en avaient les moyens – et des feux de joie allumés dans les villages plus modestes. Le préfet Dubouchage chargea la police de vérifier que les modalités étaient bien respectées et les feux bien allumés. Les maires des diverses communes devaient faire un rapport.

Un bal pour les Dames et les Bourgeois

C’est ainsi que le maire du village de l’Escarène, un certain Uberti, écrivit le 16 août 1816 au préfet cette lettre, dont la conclusion est touchante. (Lettre reproduite dans Nice Historique en 1906). "Monsieur le préfet, en exécution de votre circulaire du 9 courant, j’ai l’honneur de vous rendre compte de tout ce qui a été fait pour la célébration de la Saint-Napoléon. Le 14 au soir, la fête a été annoncée par une salve de fusées et feux de joie sur la place centrale, et par des farandoles et des chants d’allégresse au son du fifre et du tambourin. Les amateurs de musique se sont fait un devoir de contribuer et de prendre part à la joie publique en donnant un bal aux dames et bourgeois, qui a continué jusqu’à 11 heures de la nuit. Le 15 à l’aube la fête a nouvellement été annoncée par des tirs et par le son du fifre et du tambour qui a parcouru toutes les rues du village. À 3 h environ du soir, accompagné de mon adjoint, de la brigade des gendarmes et de la Garde nationale, nous nous sommes rendus à l’église et avons assisté au Te Deum, au discours du curé et à la procession de la statue de la Vierge qui a eu lieu avec toute la pompe que les forces de la commune ont pu permettre. Il y a eu ensuite une course de jeunes hommes, filles et petits enfants ainsi qu’un nouveau bal pour les dames et les bourgeois. J’aurais aimé, monsieur le préfet, pouvoir faire des démonstrations plus éclatantes, mais comme cette année il y a eu un excédent de dépenses communales, il m’a fallu économiser malgré moi." Signé: Uberti, maire de Scarena.

Il en fut ainsi dans toutes les communes de Alpes-Maritimes – et de France et du Var, vraisemblablement. La fin de l’empire marqua la fin de la Saint-Napoléon.

Le village de l’Escarène, dans les Alpes-Maritimes, ayant participé avec une ferveur particulière à la célébration de la Saint-Napoléon.
Le village de l’Escarène, dans les Alpes-Maritimes, ayant participé avec une ferveur particulière à la célébration de la Saint-Napoléon. Photo DR

Napoléon, un prénom rare

Ainsi que nous l’avons raconté dans le récit, Letizia Bonaparte, mère de Napoléon, choisit le prénom de son fils en souvenir d’un oncle, Napoleone Buonaparte, mort
à Corte en 1768.

L’historien Paul Bartel rapporte ces propos de Letizia: "Mon oncle Napoleone mourut quelques semaines avant Ponte-Novo, mais il était venu à Corte pour combattre. C’est en souvenir de ce héros que j’ai donné son prénom à mon deuxième fils." (La bataille de Ponte-Novo, qui eut lieu en mai 1769, mettait le point final aux affrontements entre les troupes corses de Pascal Paoli et les troupes de Louis XV. Elles aboutirent à la francisation de la Corse).

Le prénom de Napoleone avait déjà été porté dans la famille Buonaparte par l’un des deux frères, Napoleone et Girolamo, qui, en 1553, quittèrent Florence pour se joindre aux troupes commandées par Paul de la Barthe de Thermes envoyées par le roi Henri II afin de conquérir la Corse avec l’aide de Sampiero Corso et des condottieres italiens Pierre Strozzi et Giordano Orsini.

Letizia Bonaparte
Letizia Bonaparte Photo DR

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