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Les Beausoleillois en grève contre la perte d'une classe

Les enseignants de l'école Paul-Doumer étaient en grève, hier, pour protester contre la fermeture d'une classe annoncée seulement la semaine dernière. Les parents d'élèves se sont rendus au rectorat

Ludovic Mercier Publié le 11/09/2018 à 05:16, mis à jour le 11/09/2018 à 05:16
Enseignants et parents l'ont mauvaise. Ils iront manifester demain avec les écoles de la Roya, de Villeneuve-Loubet ou encore de Saint-Laurent-du-Var, victimes elles aussi de la coupe post-rentrée.
Enseignants et parents l'ont mauvaise. Ils iront manifester demain avec les écoles de la Roya, de Villeneuve-Loubet ou encore de Saint-Laurent-du-Var, victimes elles aussi de la coupe post-rentrée. L.M.

À l'heure où vous lisez ces lignes, une poignée de gamins de 6 ou 7 ans sont en train d'apprendre à quel point l'absurdité administrative peut être brutale. Preuve qu'on est jamais trop jeune pour ça, ils vont devoir changer de classe, parce que le rectorat a décidé, la semaine dernière, de fermer celle à laquelle ils avaient été attribués, en fonction de nombreux critères.

« Il ne faut pas croire, quand on fait les classes, ce n'est pas à la louche : on prend en compte l'autonomie, le comportement, et les résultats scolaires. ça prend au moins dix jours pour équilibrer et garder les fratries ensemble », peste Michel Tcherniatine, le directeur de l'école Paul-Doumer.

Enfants en larmes

 

Hier matin, l'école était fermée : affiches et banderoles avertissent de la grogne qui a conduit les enseignants à la grève. Même si c'est l'école primaire qui a été touchée, c'est tout le groupe scolaire qui se mobilise.

Les parents n'ont pas pesté. Ils ont même signé la pétition. Ils sont solidaires, et ulcérés, comme l'explique Sylvie Morgado, présidente de l'association des parents d'élève : « Ce sont des méthodes scandaleuses de fermer des classes juste après la rentrée.

Ce sont des enfants de CP, qui viennent de changer d'école, d'enseignante, et ils doivent de nouveau subir le stress et l'angoisse d'une rentrée scolaire ». Bye bye les nouveaux copains, il faut changer et ce ne sont pas les seuls. Car les enfants vont être répartis dans des classes, où des enfants vont eux-mêmes être répartis. « Lorsque nous avons expliqué cela aux enfants vendredi, il a fallu insister sur le fait qu'ils n'avaient rien fait de mal, qu'ils n'étaient pas méchants, et que ce n'était pas de leur faute. Mais plusieurs étaient en larmes », confie une enseignante.

Confiance brisée

 

Et puis il y a la confiance des parents, souvent non-francophones, si difficile à acquérir, et qui est brisée : « La rentrée, c'est aussi un stress énorme pour les parents. Ils ne comprennent pas pourquoi on leur a dit que leur enfant était dans une classe lundi dernier, et pourquoi maintenant ils changent. Ils ne vont plus faire confiance à l'école »,

explique Ivone De Souza, une parent d'élève. Car Beausoleil, on vous le répète à longueurs de colonnes dans ce journal, a la particularité d'accueillir plus de 70 nationalités. Ils sont nombreux les gosses qui n'entendent pas parler français à la maison, et ceux qui enseignent la langue à leurs parents à mesure qu'ils l'apprennent à l'école. « Beausoleil pourrait faire partie d'un réseau d'éducation prioritaire, mais elle n'en remplit pas tous les critères », explique Michel Tcherniatine. Alors la commune doit se contenter d'être traitée comme une autre ville, tout en ayant des difficultés majeures, comme l'intégration en cours d'année d'enfants réfugiés irakiens. Un succès malgré le manque de moyens.

À l'heure où les communicants de l'éducation nationale se gargarisent dans les médias des dédoublements de classes de CP dans les réseaux d'éducation prioritaire, Beausoleil perd une classe, parce qu'elle ne concerne que 17 élèves. Tant pis pour l'apprentissage du français en plus de celui de la lecture.

Soutien du maire

Dans un courrier adressé à l'inspecteur d'académie Michel-Jean Floch, Gérard Spinelli, le maire de la ville, a exprimé tout son soutien aux équipes enseignantes. Il a ajouté : « Si je ne remets pas en question les effectifs de cette rentrée scolaire, je souhaite cependant insister sur le fait que Beausoleil a la spécificité d'avoir plus de 60 % des enfants scolarisés qui n'ont pas le français comme langue maternelle. N'étant pas classées REP+ (*), les écoles de Beausoleil n'entrent pas dans le dispositif du dédoublement des enseignants en classe de CP. Il est cependant indispensable que les services de l'Éducation Nationale soutiennent les équipes éducatives dans leurs engagements au profit des enfants de notre Cité. »

 

Ni ce courrier, ni la détresse de la délégation de parents d'élèves reçus hier après-midi au rectorat de Nice, n'auront ému l'administration. Ce matin, les enfants changeront de classe, pour aller vers celles que les enseignants leur ont attribuées hier en urgence, sur leur jour de grève, non payé.

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