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Sa vie, le mercato et la saison à venir: l’entraîneur de l’AS Monaco Philippe Clement se livre avant le 3e tour préliminaire aller de la Ligue des champions

Pendant près d’une heure, en début de semaine, dans son bureau du centre de performance à La Turbie, Philippe Clement a abordé sa vie en Principauté et la saison à venir, la première qu’il débute dans le costume de coach à Monaco.

Christopher Roux Publié le 31/07/2022 à 08:00, mis à jour le 30/07/2022 à 20:28
Alors que la saison s’ouvre contre le PSV Eindhoven, mardi soir au Louis-II (20h), l’entraîneur monégasque reste calme. Même si le remplaçant de Tchouameni se fait désirer. Photo: Dylan Meiffret

Il n’a pas éludé les dossiers brûlants du mercato (Soumaré, Diop, Badiashile ou Ben Yedder), alors que l’ASM démarre sa campagne 2022-23 mardi soir (20h), avec le troisième tour préliminaire aller de la Ligue des champions. Le Flamand pourra compter sur Minamino et Embolo face au PSV Eindhoven, les deux premières recrues de l’été. Il en espérait d’autres mais le technicien de 48 ans ne maîtrise pas tout. Il sait combien le marché est complexe.

Coach, comment se sont déroulées vos vacances?

Je n’ai pas eu besoin de couper parce que j’aime mon travail. Je suis parti cinq jours dans les Ardennes pour y passer du temps avec ma femme et des amis. Ensuite, on est allé deux jours en Italie et on voulait faire un petit tour de la région, de Saint-Tropez jusqu’à Marseille. On a finalement renoncé. On a dû retourner en Belgique pour des raisons personnelles et ce n’était pas vraiment des vacances.

Comment gérez-vous les périodes de mercato?

 

Je suis très engagé avec les recrues. Je leur parle avant qu’elles n’arrivent et on leur explique tout. Je veux qu’elles comprennent notre façon de travailler. Il n’y a pas de surprise pour les joueurs qui signent ici. Je suis proche aussi de ceux qui risquent de partir. Je veux une relation forte avec les joueurs. Je me dois d’être honnête avec eux en toutes circonstances. Quand ils ne comprennent pas certaines choses, ma porte est toujours ouverte.

‘‘Un entraîneur qui impose des noms de recrues, ce n’est pas la bonne manière de faire.”

Minamino et Embolo, ce sont vos recrues?

Non, ça ne marche pas comme ça ici. L’entraîneur qui impose des noms, ce n’est pas la bonne manière de faire. Je ne regarde pas seulement ma situation. Je ne suis pas égoïste parce que je réfléchis toujours par rapport au club. Certains choix sont plus importants pour lui que pour ma personne. C’était similaire à Bruges et à Genk. À Beveren, j’organisais tout moi-même. Nous n’avions pas de cellule de recrutement.

Quand intervenez-vous?

Ici, on a des spécialistes du recrutement. Ensemble, on regarde d’abord de quels profils on a besoin. Ils ont le temps de regarder tous les joueurs, ce qui n’est pas mon cas. Je donne mon avis à la fin, quand une liste de joueurs est établie. Ensuite, ce sont des discussions ouvertes avec Paul (Mitchell, le directeur sportif, NDLR), le président (Dmitry Rybolovlev, NDLR) et Laurence (Stewart, le directeur technique).

‘‘Si nous avions tout le temps les mêmes idées avec Paul, ça voudrait dire que l’un de nous deux n’est pas honnête.”

Est-ce facile de travailler avec Paul?

Ça l’est parce qu’il est très direct. On se dit les choses. Ces derniers mois, nous étions presque tout le temps d’accord. Mais c’est bien d’avoir aussi des désaccords, si les arguments sont bons de chaque côté. Tu ne peux pas avoir tout le temps les mêmes idées. Si c’était le cas, ça voudrait dire que l’un de nous deux n’est pas honnête. Si on ne peut pas signer un joueur parce qu’il est trop cher, on me le dit et ce n’est pas un problème. Quand les choses sont transparentes comme c’est le cas ici, c’est très agréable de travailler.

Avez-vous les mêmes rapports avec Dmitry Rybolovlev?

C’est pareil, oui. On échange régulièrement sur les négociations du mercato.

Êtes-vous proche de lui?

 

Je veux être proche de tout le monde au club, y compris des gens qui le dirigent. On est sur la même ligne. Il est toujours facile à joindre quand on planifie l’appel avant.

Le remplaçant d’Aurélien Tchouameni tarde à arriver. Êtes-vous inquiet?

Ça ne m’inquiète pas. Je ne regarde pas la vie à travers les difficultés. Je me concentre sur les solutions. L’idéal aurait été que son remplaçant soit là deux jours après son départ, mais je sais que ça ne se passe jamais comme ça. Je préfère avoir la bonne personne le 1er septembre au lieu de prendre une décision précipitée parce qu’on va jouer le PSV. On doit trouver le bon profil et il ne doit pas être le remplaçant d’Aurélien. Le remplacer est impossible et c’est pour ça que le Real a donné beaucoup d’argent.

Pourquoi ce dossier traîne-t-il? Le club a-t-il anticipé?

C’est un jeu entre trois parties. On doit d’abord être intéressé par le joueur et lui par le fait de venir. Ensuite, il faut un arrangement entre les deux clubs sur le coût du transfert.

Est-ce l’aspect financier qui bloque le recrutement de Boubakary Soumaré?

Vous avez vu les prix dont on parle?

Autour de 20 millions d’euros…

 

Et presque de 40 millions pour Onana (le Belge n’a jamais caché son intérêt pour le Lillois)…

Vous ne voulez pas surpayer ces joueurs?

Je ne parlerai pas de ces dossiers. C’est le travail de Paul et du président. C’est à eux de prendre les décisions. Sans parler de Soumaré ou d’Onana, de manière globale, certains clubs demandent trop pour des joueurs en début de carrière.

Qui cherchez-vous? Un élément jeune ou confirmé?

Les deux sont possibles mais ça doit être un joueur avec un impact immédiat. Tout le monde est d’accord là-dessus. On ne peut pas en prendre un qui demande beaucoup d’améliorations. Il aura beaucoup de qualités mais il faudra que le niveau s’élève aussi autour de lui. Nous avons des jeunes talents ici avec Matazo et Magassa. On ne veut pas les bloquer mais ils ne sont pas prêts à jouer de grands matchs tous les trois jours. Ils ne seront pas encore décisifs.

‘‘Sofiane a un futur ici”

Le coach monégasque dit compter sur Sofiane Diop. Photo: Dylan Meiffret.
Philippe Clement passe beaucoup de temps dans son bureau à La Turbie, mais le Belge apprécie les repas entre amis et la course à pied. Photo: Dylan Meiffret.

En avril, vous disiez à l’AFP: "Un joueur doit s’adapter à la philosophie ou partir". Certains sont-ils dans ce cas?

Oui, certains doivent partir. Ce sera mieux pour eux. Avec trente-deux joueurs dans l’effectif pro pour l’instant, il leur sera impossible d’avoir du temps de jeu. Pour qu’un groupe fonctionne, je veux trois gardiens et vingt-quatre à vingt-six joueurs de champ. Vingt-six, c’est le maximum.

 

Sofiane Diop fait-il partie des joueurs sur le départ?

Vous pensez que je l’ai peu utilisé?

Lui le pense. Sur les dix derniers matchs de L1, il a peu joué…

Vous voyez, vous me parlez maintenant d’une petite partie de la saison.

Il n’a pas eu de rôle majeur dans ces dernières journées…

Mais combien de joueurs ont joué dans cette série?

Peu. Vous aligniez souvent le même onze…

C’était une période avec un match par semaine. Là, on va jouer tous les trois jours et ce sera différent.

 

Il aura donc sa chance?

Certainement. Comme les autres, il devra prouver chaque jour qu’il peut être titulaire. C’est Monaco, un top club où il y a de la concurrence. Il est malchanceux d’être revenu de vacances avec une blessure (à la cuisse). J’espère qu’il va revenir fort, rattraper son retard physique et se bagarrer pour se faire une place. Plus on aura de compétition dans la semaine, meilleurs on sera pendant les matchs.

Il semble quand même proche d’un départ…

Il peut avoir un futur ici. Tout le monde tire des conclusions à cause des dix derniers matchs. On ne parle pas des vingt précédents. Sofiane les a tous joués. On a créé une fausse perception des choses avec lui. D’autres n’ont pas été titularisés à ce moment-là. Quand j’ai changé parfois de compo, on m’a dit: "Pourquoi tu changes une équipe qui gagne?". Je devrai faire tourner dans les prochains mois. Il y aura beaucoup de grands matchs à haute intensité et il sera impossible d’en jouer quatorze en sept semaines avec onze, douze ou treize joueurs. C’est pour ça que j’ai donné pratiquement le même nombre de minutes à tout le monde pendant la préparation.

‘‘Benoît a besoin d’une année supplémentaire à Monaco”

Benoît Badiashile est courtisé en Angleterre et par le FC Séville…

Il a besoin d’une année supplémentaire à Monaco et je lui ai dit. Il a déjà montré une progression sur les trois derniers mois. Il ne m’a pas donné l’impression d’avoir la tête ailleurs. Il est engagé dans notre projet. Je suis certain que dans un an il aura encore grandi et pourra intégrer un grand club. Ce sera le bon contexte, comme Aurélien l’a fait. Il n’arrivera pas comme un simple talent. On parlera alors d’un joueur capable d’être titulaire. Et ça, ça fera une grande différence.

Vous craignez qu’il se perde en route…

 

 

Comme moi, c’est un perfectionniste. Il comprend très bien qu’il doit encore améliorer des choses. Lesquelles? Ça restera entre nous (sourire).

‘‘Si je dis que Wissam reste à 100% et que ce n’est pas le cas, on me le reprochera”

Wissam Ben Yedder est-il certain de rester à 100%?

Ce n’est jamais sûr à 100%. Je n’aime pas dire ça. Si ce n’est pas le cas, on me le reprochera. Quand quelqu’un vient avec beaucoup d’argent, le joueur part. C’est comme ça à Monaco. Il n’y a que Manchester City pour dire: "Aucun joueur ne part." Regardez le PSG avec la prolongation de Mbappé: cela a été une longue histoire. Ils n’ont pas dit pendant des mois: "Il va rester". Les clubs et les entraîneurs ne vivent plus dans ce monde. Pour en revenir à Wissam, j’espère qu’il restera. Pour l’instant, il montre chaque jour qu’il a la tête à Monaco. Il est très bien dans ce projet.

Il sera votre capitaine?

Il continuera de l’être. Il n’y a pas de raison de changer. Même si notre projet est particulier pour lui, parce qu’il y a beaucoup de jeunes et que lui ne l’est plus vraiment (l’international français aura 32 ans le 12 août). Il a beaucoup grandi physiquement ces derniers mois. La semaine passée, à l’entraînement, il a réussi le sprint le plus rapide depuis qu’il est à Monaco. Il travaille vraiment bien. Quand je suis arrivé, il était trop tranquille pendant les séances. Il voulait garder son énergie pour le week-end. Aujourd’hui, il donne beaucoup à l’équipe. Il a grandi dans la discipline et son jeu sans ballon. Avant, il n’en faisait pas assez et on en a parlé. Il a compris et son jeu est devenu très complet.

"J’aime courir, ça me libère l’esprit"

Votre épouse vivait en Belgique la saison dernière. Sera-t-elle à vos côtés cette année ?
Elle reste avec moi jusqu’à fin août puis elle reprendra son travail en Belgique en septembre. Ici, c’est compliqué de lui trouver un emploi similaire. Elle travaille depuis longtemps avec la même équipe. Et puis je suis presque tout le temps à La Turbie ou en déplacement pour les matchs. C’est la première fois qu’on vit à distance mais ça se passe bien. On se parle chaque soir par WhatsApp. Elle vient toutes les trois ou quatre semaines. Les enfants viennent aussi. On en a deux chacun.

Comment occupez-vous vos temps libres ?
Ma passion principale, c’est le foot. Je n’ai pas beaucoup de temps pour autre chose. J’aime courir pendant une heure. Ça me relaxe et me libère l’esprit. Je regarde aussi un peu la télé, mais j’ai besoin de trois semaines pour suivre trois épisodes sur Netflix (rire). J’aime aussi manger.

Êtes-vous un épicurien ?
Je ne vais pas dans les grands restaurants. Encore une fois par manque de temps. Je préfère les repas entre amis. J’ai davantage d’amis en dehors du monde du foot. Ils ont d’autres centres d’intérêt et difficultés. Ils vivent d’autres défis et j’aime entendre leurs histoires. En changeant d’environnement, je passe des soirées plaisantes.

Cuisinez-vous ?
Non, mais ça m’arrivait à Beveren. Dans la semaine, il y avait une journée où je rentrais à la maison avant ma femme. À ce moment-là, je cuisinais mais c’était toujours le même plat, un mix de poulet, mozzarella et tomates (rires).

Vous dites n’avoir aucun rêve. Vraiment ?
Je ne suis pas blasé mais je n’ai pas de rêve. C’est vrai. Je ne suis pas comme d’autres coachs qui disent vouloir entraîner en Italie, en Angleterre, à Barcelone ou je ne sais où. Tout le monde le sait ici.

C’est dit

“Par chance, je n’ai pas besoin de beaucoup dormir. Je ne dors que six ou sept heures par nuit.”

“Ma famille est heureuse mais je sais que je dois trouver un meilleur équilibre entre elle et le foot. J’aimerais lui consacrer plus de temps, même si mes enfants ont 21 ans et ne sont plus des gamins qui ont besoin d’une énorme attention.”

“Sur le papier, on peut penser que le PSV est un bon tirage. On aurait pu prendre Benfica, quart de finaliste de la dernière Ligue des champions. La réalité, c’est que sur les cinq dernières années, le PSV a de meilleurs résultats que Monaco. Et si on a l’ambition de jouer la C1, on devra passer deux équipes de ce niveau.”

“On veut encore amener de l’expérience au groupe. Derrière ? C’est une possibilité.”

“Cette saison, vous nous verrez changer plus souvent de formation. Il nous faudra être plus créatif.”

“Titiller Paris ? C’est sympa pour les journalistes et les supporters, mais on n’est pas à Bruges où je pouvais dire qu’on devait être champions parce qu’on avait le plus de qualités. Ici, on ne peut pas dire qu’on doit avoir plus de points que le PSG. Cela ne dépend pas que de nous.”

“Depuis mes débuts, j’ai progressé dans la gestion des ego. J’anticipe mieux la réaction des joueurs et ça peut éviter des soucis. Comme dans un couple, il faut comprendre les gens. Je prends aussi de meilleures décisions en cours de match.”

Offre numérique MM+

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