Sa forme, les rumeurs sur son avenir, son enfance... Le gardien de l'AS Monaco Alexander Nübel se raconte à Nice-Matin

Alexander Nübel s’est confié pendant une heure, hier au Louis-II. Après des premiers pas compliqués, il revit. L’occasion d’évoquer sa forme, son avenir ou encore sa jeunesse à Paderborn.

Article réservé aux abonnés
Christopher Roux et Leandra Iacono Publié le 03/02/2022 à 09:00, mis à jour le 02/02/2022 à 20:57
« Ma double parade à Montpellier ? Peut-être mon plus beau sauvetage depuis mon arrivée ici. » Photo Cyril Dodergny

Blessé à la tête, vous avez manqué le déplacement à Lens. Comment vous sentez-vous?
Cela va beaucoup mieux. J’ai récupéré et je suis prêt à jouer contre Lyon.

Ce match est un choc de L1. La victoire paraît obligatoire pour rester en course pour la Ligue des champions...
C’est un bon adversaire et la victoire sera très importante, c’est certain. Ils ont gagné leurs trois dernières rencontres, y compris contre Marseille ce qui n’est pas rien. Je m’attends à un match à haute intensité et de haut niveau. Mais on est prêts, on a aussi performé en Coupe à Lens.

Comment sentez-vous l’équipe depuis l’arrivée de Philippe Clement?
Les premières semaines étaient difficiles. Le coach a voulu mettre en place de nouvelles idées de jeu et il a fallu s’adapter en équipe. Mais je crois que l’atmosphère est bonne. On est prêts à courir et à nous battre, on a très envie de bien faire et on l’a vu contre Lens. Il y a encore des progrès à faire mais c’est de bon augure pour les prochaines semaines.

Sur le plan personnel, la confiance est de retour...
Je me sens plus à l’aise après cinq premiers matchs où les performances n’étaient pas au niveau espéré.

"Mon style est peut-être ennuyeux, mais je ne pense qu'à l'efficacité"

Cela s’est vu à Montpellier, avec votre double parade...
C’était un beau sauvetage, peut-être le plus beau depuis mon arrivée ici. Mais lorsqu’on perd, comme ce jour-là, ce sont des arrêts que l’on oublie vite. Le premier était sur une frappe flottante, ce n’était pas facile. Le second (où il se jette dans les pieds de l’attaquant, NDLR) vient plus de l’école française qu’allemande (sourire). J’ai aussi un peu de chance, comme chaque gardien en a parfois. Mon style est peut-être un peu plus ennuyeux que celui des gardiens français, mais je ne pense qu’à une chose, l’efficacité.

 

D’où venait cette pression excessive que vous vous imposiez à votre arrivée?
Mes premières années chez les pros sont le point de départ. Elle a toujours été là depuis. J’ai toujours voulu bien faire et cela m’a rendu nerveux. J’avais souvent cette sensation. ça va beaucoup mieux aujourd’hui, je réussis à rester hermétique. Je me suis ressourcé grâce aux échanges avec ma famille J’ai appris ces deux-trois dernières années qu’il y avait beaucoup de hauts et de bas. Les attentes ont toujours été grandes. C’est le cas depuis Schalke et elles furent encore plus importantes quand je suis parti au Bayern. C’est pareil à Monaco. Je les comprends.

Quelle note donneriez-vous à vos six premiers mois?
6 ou 7/10. Il y a encore beaucoup de choses sur lesquelles je peux progresser : ma relation avec mes coéquipiers, la direction de ma défense ou l’explosivité sur les premiers appuis. Je vais m’améliorer avec le nouvel entraîneur des gardiens (Frédéric De Boever).

Que vous a-t-il apporté?
J’aime ce qu’on fait ensemble. Les entraînements sont plus intenses. On travaille beaucoup sur l’aspect physique, on court plus. On essaie de s’adapter aux situations de match. Dans les buts, on court 5 à 6 km par rencontre et il faut rester concentré constamment. On met l’accent là-dessus pour réaliser des parades le moment venu. On parle et on analyse beaucoup les datas après chaque entraînement. C’est très intéressant. Plus que ma découverte de la France ou de la Ligue 1, c’est ma relation avec le coach et le coach des gardiens qui influence ma manière de jouer.

"Mon avenir? Je ne peux pas empêcher les rumeurs"

Vous êtes prêté deux ans par le Bayern Munich où Neuer pourrait prolonger son contrat rapidement. Si c’est le cas, retournerez-vous là-bas?
Je suis à Monaco pour encore un an et demi. Voilà mon futur pour le moment, ce qui compte le plus. Mon contrat à Munich court jusqu’en 2025 et je parlerai avec les personnes concernées le moment venu. On verra ce que j’ai envie de faire.

Il y a peu encore, des articles évoquaient le fait que vous ne reviendrez plus à Munich…
Je n’en pense plus rien. Des articles sur mon avenir, depuis deux ans, il y en a deux par semaine. Tout le monde écrit là-dessus mais je ne lis pas. Ce n’est pas important pour moi.

Vous n’avez pas envie de démentir certaines rumeurs?
Parfois oui, mais pas tout le temps. Au final, je m’en fous, je ne peux pas empêcher tout ça. C’est pareil avec ces articles qui vous font passer parfois pour un héros ou un moins que rien. Vous ne jouez pas toujours aussi bien ou mal que ce que les journaux peuvent écrire. Je reste concentré sur ce que je peux maîtriser et sur ma progression.

Ce qui est certain, c’est que vous ne voulez plus jouer 4 petits matchs par saison, comme l’an passé au Bayern?
Absolument. Je ne veux plus jouer aussi peu que lors de ma saison au Bayern. Je veux être sur le terrain maintenant, garder le rythme d’un match ou deux par semaine. C’est ce que j’aime et ce que je veux à l’avenir.

Où vous voyez-vous dans trois ou quatre ans?
Je ne rêve pas de la Premier League ou d’un autre championnat. Je veux simplement jouer au plus haut niveau et emmagasiner des victoires. C’est ce que je retiens de mon année au Bayern. J’y ai beaucoup appris. Il n’y a pratiquement pas besoin d’un entraîneur pour motiver les joueurs. Ils veulent gagner tout le temps. La mentalité y est incroyable. Je suis resté en contact avec certains là-bas, on échange des SMS ou par WhatsApp. Mais rien d’énorme. L’année où j’ai joué il y avait la Covid et tisser des liens entre joueurs était difficile.

Vous avez toujours été comparé à Neuer, depuis tout petit…
Et je suis venu à Monaco pour m’émanciper. Il n’est pas nécessaire de me comparer à lui. Je veux écrire ma propre histoire. Aucun joueur ne pourra l’imiter, c’est une légende.

Jouer le Mondial 2022, est-ce un objectif?
Je pense à jouer pour la sélection, c’est un rêve, quelque chose de grand et surtout en Allemagne, mais je suis aussi conscient qu’on a beaucoup de gardiens qui évoluent à un très haut niveau. La Coupe du monde n’est pas dans ma tête.

Le natif de Paderborn a disputé 30 matchs avec l'ASM cette saison toutes compétitions confondues (8 clean-sheets). Photo Jean-François Ottonello.

"Jusqu'à 14 ans, j'étais milieu"

Comment est née votre passion pour le football?
Dans le village où j’ai grandi à côté de Paderborn, on se rejoignait tous les jours sur le terrain après l’école. Quand je n’étais pas dehors, tout devenait plus ennuyeux. J’avais besoin de me défouler. Dans ma famille, on n’était pas spécialement fan de foot, même si ma mère le regarde un peu plus que mon père.

 

Vous avez joué attaquant jusqu’à vos 14 ans.
Non, j’étais plutôt milieu de terrain.

Un 6 - 8 comme Tchouameni?
C’est ça, mais j’étais meilleur que lui, vous vous en doutez (rires). Il m’est arrivé de dépanner au poste de gardien et à chaque fois, j’étais plutôt bon. Autour de 13 - 14 ans, il a fallu prendre une décision. On a estimé que j’aurais plus de chances d’aller plus haut en étant gardien. Je ne regrette pas mon choix.

Que représente Paderborn pour vous? Vous aimeriez y terminer votre carrière?
C’est la ville où j’ai grandi, où j’ai toute ma famille et tous mes amis. J’y suis très attaché. Je veux y revenir un jour, pourquoi pas en fin de carrière. Vous savez, je n’aime pas trop les grandes villes. Je n’ai pas besoin de grand-chose pour me sentir bien : un temps agréable comme ici, un endroit avec pas trop de monde et surtout les gens que j’aime.

À quoi ressemble la vie d’Alexander Nübel?
Ici, je vis avec ma copine. Quand on a un peu de temps libre, on part découvrir d’autres endroits sympas autour de Monaco et en Italie. Il y a quelques semaines, on a assisté au Rallye de Monte-Carlo avec Kevin (Volland) et Ismail (Jakobs). Mon contrat ne me le permet plus, mais avant en Allemagne, je partais souvent faire des balades à moto avec mon père et mon frère.

Comment se passe l’apprentissage du français?
Le plus difficile pour moi, c’est la prononciation. J’ai deux cours par semaine, mais comme je ne l’ai jamais étudié à l’école, je partais vraiment de zéro. Je le comprends mieux que je ne le parle. Et sur le terrain, je connais les mots basiques: coulissez, sortez, seul, ça vient (rires).

Quel genre d’élève étiez-vous?
Honnêtement, j’étais nul à l’école. J’aimais surtout m’amuser avec mes copains et bavarder.

Il vous arrive donc d’être dissipé dans le vestiaire?
Avec Kevin (Volland), on est toujours en train de chercher une blague à faire (rires). On fait tout pour mettre une bonne atmosphère.

 

Votre dernier fait d’armes?
Je ne peux pas en parler (rires). D’ailleurs, on prévoit une nouvelle blague en ce moment, mais je ne peux rien vous dire, sinon la personne concernée va savoir.

Alexander Nübel au côté d'une photo de Jean-Luc Ettori dans les couloirs du stade Louis-II. Photo Cyril Dodergny.

« Le foot est important, mais... »

Arrivez-vous à séparer le foot et votre vie privée?
C’est assez facile pour moi. Le foot est important, mais ce n’est pas tout. Ce sont les amis et la famille avant tout. C’est un privilège d’être un joueur professionnel, mais mon équilibre, c’est eux. C’est pourquoi je ne parle quasiment pas de foot avec eux en dehors.

Vous ne débriefez pas vos matchs avec eux?
Très peu. Je vais plutôt en parler avec mon agent (Stefan Backs) et le coach des gardiens avec qui j’aime décortiquer les actions et les matchs. Mes parents vont m’aider pour tout le reste. Ils s’assurent que tout va bien pour moi et m’aident à me relever quand ce n’est pas le cas.

Vous n’avez que 25 ans mais de quoi êtes-vous le plus fier?
Certainement d’être devenu le capitaine de Schalke 04 à seulement 22 ans. C’est un très grand club. Ça a été une étape très importante dans ma jeune carrière. Là-bas, j’ai passé cinq années superbes. Faire l’Euro Espoirs en Italie a aussi été un grand moment. Cela m’a beaucoup aidé dans mon développement (il avait été élu meilleur gardien, ndlr). On avait perdu la finale contre l’Espagne, mais ça reste un très bon souvenir.

Quels conseils vous a-t-on donné un jour que vous aimeriez transmettre?
J’aimerais dire aux jeunes gardiens d’être ouverts, pas seulement aux autres mais aussi aux différents défis qui se présentent à eux, de travailler dur et de rester humbles. Partir à Monaco m’a fait grandir dans mon jeu et aussi en tant qu’homme.

C'est dit

Votre portrait-robot du meilleur gardien du monde?
C’est simple, c’est Manuel Neuer. Il lit le jeu et anticipe comme personne. Il maîtrise chaque petit détail, comme si tout était facile. Ter Stegen a un jeu au pied incroyable. J’admire la sérénité qu’ont De Gea et Lloris sur leur ligne. Je pense aussi à Edwin Van der Sar qui a été l’un des premiers gardiens modernes.

Quelles étaient vos idoles de jeunesse?
Alessandro Del Piero et Jens Lehmann. J’avais 10 ans lors de la Coupe du monde 2006. Ces joueurs-là m’ont marqué.

“Rhôooooooooo!”

Vous utilisez un AdBlock?! :)

Vous pouvez le désactiver juste pour ce site parce que la pub permet à la presse de vivre.

Et nous, on s'engage à réduire les formats publicitaires ressentis comme intrusifs.