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Pourquoi l'AS Monaco est visé par les Football Leaks, cette vaste enquête sur les entourloupes financières des clubs

Mis à jour le 05/11/2018 à 13:36 Publié le 05/11/2018 à 10:06
Mediapart se penche sur l’AS Monaco et son contrat de marketing fictif sur lequel l’UEFA aurait passé l’éponge

Mediapart se penche sur l’AS Monaco et son contrat de marketing fictif sur lequel l’UEFA aurait passé l’éponge Photo Cyril Dodergny

Pourquoi l'AS Monaco est visé par les Football Leaks, cette vaste enquête sur les entourloupes financières des clubs

Depuis vendredi, Mediapart et ses partenaires du réseau EIC (European Investigative Collaborations) révèlent les documents Football Leaks, obtenus par Der Spiegel. Après le PSG en fin de semaine, c’est l’AS Monaco qui a eu la "chance" d’être à l’honneur ce lundi matin.

A l’instar du club parisien, Mediapart révèle que le club de la Principauté a réussi, avec l’aide de l’UEFA, à contourner les règles du fair-play financier à la suite d’un contrat de marketing fictif signé avec une agence de marketing sportif censé lui rapporter 140 millions d’euros par ans.

En réalité, cette somme devait être fournie en secret par Dmitri Rybolovlev, principal actionnaire du club, via un montage offshore passant par Hong Kong et les îles Vierges britanniques.

En résumé, le patron actuel de l’ASM faisait des dons à son propre club, ceux-ci seraient, ensuite, transformés fictivement en revenus de sponsoring, ce qui est compatible avec le fair-play financier qui ne tient pas compte des revenus "liés" car le principe du FPF est simple: il interdit aux actionnaires – même solvables – de subventionner leurs clubs à fonds perdus.

Que reproche-t-on à l’AS Monaco?

Concrètement, un montage fictif entre l’ASM et l’agence suisse de marketing sportif AIM, dirigé par Bernard de Roos qui devait assurer, au moins, 140 millions de revenus par an au club du Rocher afin de masquer les pertes annuelles du club.

Pour comprendre le contexte du montage, il faut remonter à l’été 2014.

Vice-champion de France, l’ASM est qualifiée en Ligue des champions et donc assujettie aux règles du FPF de l’UEFA.

Sauf que le club présente un déficit de plus de 170 millions sur les trois dernières saisons, quatre fois la limite autorisée par l’UEFA.

Dès lors, le club peut être exclu de la prochaine C1.

Pour parer à cela, Monaco se met en quête de revenus autres que les contributions de l’actionnaire majoritaire car, à l’époque, les revenus marketing (droits TV, billetterie, sponsors, marketing) ne rapportent que 14,4 millions d’euros, trop peu pour mener le train de vie 5 étoiles du club à l’époque sur le marché des transferts.

Mediapart rapporte que l’AS Monaco commence alors une grande entreprise de lobbying auprès de l’UEFA et notamment Andrea Traverso, responsable du fair-play financier à l’UEFA.

A ce lobbying, se greffe ce fameux contrat de marketing avec AIM dont Mediapart s’est procuré les documents officiels.

En juin 2014, AIM et l’ASM signe un partenariat qui permet à l’agence de gérer le marketing et le sponsoring du club afin d’accroitre les revenus.

Tout est couché noir sur blanc : AIM garantie 140 millions de revenu annuel au club pendant 10 ans, soit 1,4 milliard, via un système simple.

A chaque fin de saison, le club fait le total de ses recettes hors droits télés, si ce montant est inférieur à 140 millions, AIM met la différence de sa poche.

Le contrat n’est pas signé par l’agence suisse AIM mais avec une société offshore basée à Hong Kong (AIM Digital Imaging), contrôlée par Bernard de Roos, le patron d’AIM. Dans le même temps, City Concept Ventures, société écran basée aux îles Vierges britanniques, s’engage à investir 140 millions d’euros par an… dans AIM Digital Imaging.

Mediapart rapporte que City Concept Ventures est gérée par le cabinet d’avocats Necleous, qui gère les affaires de Dmitri Rybolovlev à Chypre.

Pourquoi le contrat n’a-t-il jamais été appliqué?

Lors de l’été 2014, la stratégie de l’ASM change de braquet. C’est le début de la période "trading" puisque James Rodrigues quitte le Rocher pour le Real Madrid moyennant 80 millions d’euros. Pour des raisons externes au club, Rybolovlev décide de fermer les vannes.

Selon Médiapart, Bernard de Roos, inquiet, fait part de ses réserves à l’ASM et estime que la perte de ses meilleurs joueurs "réduit la valeur de la marque ASM et complique la réalisation des objectifs de recettes d’AIM".

Les deux camps sont donc en froid et l’accord ne voit jamais le jour. Au printemps 2015, les deux camps n’échangent que par avocats interposés et de Roos réclame, entre autres, les salaires de ses collaborateurs mis à disposition du club depuis plusieurs mois (on parle de près de 600 000 euros).

En avril 2015, de Roos va plus loin et menace ouvertement l’ASM selon Mediapart : "S’il n’y a pas de négociation bientôt, je vais lancer une bombe à neutrons".

Comprendre: révéler la vraie nature du contrait AIM à l’UEFA. Trois mois plus tard, l’ASM règle ses dettes à AIM et le secret de la nature du contrat ne s’ébruite pas jusqu’aux révélations de Football Leaks, ce matin.

Pour l’UEFA a-t-elle fermé les yeux?

Le lobbying a fonctionné à fond. Mediapart allant même jusqu’à rappeler un dîner offert par l’ASM à Andrea Traverso en août 2014 au restaurant étoile de Joël Robuchon à l’hôtel Métropole.

Traverso, visiblement séduit par les attentions du club, va ensuite aider l’ASM à préparer son grand oral devant la chambre d’instruction de l’UEFA en charge de l’enquête ouverte sur le club pour vérifier la conformité des comptes monégasques avec le FPF.

Mediapart confirme que la chambre d’instruction a des doutes sur le contrat AIM puisque qu’elle mandate le cabinet Deloitte pour éplucher les comptes du club asémiste à partir de janvier 2015.

Malgré les soupçons, l’UEFA ferme les yeux. Les investigations ne sont pas poussées, Bernard de Roos n’est même pas auditionné et le rapport final de l’UEFA ne fait même pas mention du contrat avec AIM.

Seule ombre au tableau, le rapport rapporte un déficit de 167 millions d’euros sur 2 ans, soit trois fois la limite autorisée, ce qui a déjà valu à certains clubs une exclusion pour des montants bien inférieurs (Etoile Rouge Belgrade, Malaga).

A la surprise générale, le 13 mars 2015, la chambre d’instruction passe l’éponge s’appuyant sur la promesse de l’ASM d’arrêter les subventions au profit d’un projet basé sur la vente de joueurs.

L’accord final est très clément : 2 millions d’amende, limitation du nombre de joueurs inscrits pour les compétition européennes et encadrement des transferts pendant un an.

Le lobbying et les bons conseils de Traverso ont sans doute joués un rôle clé dans cette relative clémence.

Quelles sont les positions des principaux protagonistes?

Sollicités par l’EIC mais également Mediapart, l’UEFA et Andrea Traverson n’ont pas souhaité répondre. Bernard de Roos également.

En revanche, l’AS Monaco a répondu à Médiapart, affirmant que sa collaboration avec AIM avait pour but de "développer les capacités du club. Le projet proposé par cette société s’étant révélé trop ambitieux et impossible à atteindre, l’AS Monaco a décidé de mettre fin à la collaboration avec l’agence AIM tout en informant les autorités sportives de cette rupture de contrat".


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