Où en est l’équipe Élite de l’AS Monaco après quatre mois de travail?

Lancé cet été, le groupe Élite de l’AS Monaco dispute sa troisième rencontre de la Premier League International Cup, ce mercredi à Brighton en Angleterre (20h). Dans cette compétition, et au milieu de nombreux matchs amicaux, la formation dirigée par Damien Perrinelle grandit pas à pas.

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Christopher Roux Publié le 30/11/2022 à 19:15, mis à jour le 01/12/2022 à 10:27
Les jeunes Monégasques ont signé un match référence le 11 novembre dernier. Ils ont battu les U21 de Manchester United (2-0) à Old Trafford. Un match joué devant 10.000 personnes. Photo: AS Monaco

Reléguée en Nationale 3 en fin de saison dernière, la réserve de l’AS Monaco ne dispute pas ce championnat cette saison. En juin dernier, le club princier a pris la décision de retirer cette équipe des compétitions gérées par la Fédération française de football. À la place, les jeunes Monégasques, réunis dans un nouveau groupe Élite, participent à la Premier League International Cup (PLIC), un tournoi qui réunit les équipes de moins de 23 ans d’une vingtaine de clubs européens. Ils disputent également l’Al Abtal Cup en Catalogne, épreuve réservée aux moins de 19 ans. Sortis de ces deux ‘‘compétitions officielles’’, ils enchaînent les matchs amicaux face à trois types d’adversaires: des réserves de clubs de Ligue 1, des centres de formation d’écuries européennes prestigieuses et des équipes seniors du coin (Grasse, Nice II, Cannes, Fréjus…). "Sans occulter la N2 et le foot français, on veut compléter la formation de nos jeunes et les rapprocher d’un football européen auquel ils seront confrontés dans le futur", précise Damien Perrinelle, l’entraîneur de ce nouveau groupe.

Ce changement de stratégie a été acté par la direction sportive qui constatait la difficulté de se maintenir en National 2 sans recruter des joueurs expérimentés. Axée sur la formation, la réserve asémiste, comme celles d’autres clubs professionnels, souffrait face à des adversaires toujours plus structurés et costauds. Alors que le PSG a cessé les activités de sa réserve, Monaco a choisi une autre voie et entendait renforcer les liens entre son centre de formation et son équipe première.

Des progrès dans les datas physiques

Avec quatre mois de recul, le premier bilan est positif. Les hommes de Damien Perrinelle, qui a quitté le staff des pros pour prendre en main ce nouveau projet (lire encadré ci-dessous), semblent sur le bon chemin. Avant d’affronter Brighton ce mercredi soir (20h), quinze rencontres ont été jouées pour un bilan à l’équilibre (7 victoires, 1 nul et 7 défaites). "C’est bon signe si vous voulez progresser. Si vous gagnez tout le temps, c’est qu’il y a un problème", commente Pascal De Maesschalk, le directeur du développement des jeunes à l’ASM.

Mais les résultats ne font pas tout. À La Turbie, les progressions individuelle et collective passent aussi à la loupe. "Et on peut voir qu’on est compétitifs, reprend De Maesschalk. Grâce aux GPS, on s’aperçoit que nos efforts sont plus marqués. Les données en termes d’intensité ou de distance parcourue par les joueurs sont supérieures à celles de l’an dernier. On a eu quelques matchs durs contre l’Ajax, Alkmaar ou Lille, mais c’était du très haut niveau sur les plans technique, tactique et physique."

Aujourd’hui, De Maesschalk considère qu’il existe moins de disparités entre les groupes pro et Élite. "Si un joueur Élite doit jouer avec les A, il n’y aura aucun souci. Il y a moins d’écart. Depuis le début de la saison, treize joueurs Élite se sont déjà entraînés avec les pros. À chaque trêve internationale, il y a des occasions de se montrer. À Monaco, la culture a toujours été de jouer avec des jeunes, on est en plein dedans."

Sur le Rocher, on aspire à ce que chaque équipe du club joue selon une même philosophie. "Sans faire du copier-coller", assure De Maesschalk, mais avec des idées communes dans le jeu. "On veut jouer offensif et presser", assure-t-il.

Perrinelle pousse le parallèle encore plus loin. "Quand on voit mon équipe jouer, je souhaite que des adjectifs ressortent. Je veux qu’on dise qu’elle est dynamique, proactive, ambitieuse et qu’elle joue vers l’avant." Une ligne directrice qui n’est pas sans rappeler celle de Philippe Clement, le coach des pros.

Goûter aux matchs tous les trois jours 

Dans le cadre de la Premier League International Cup, les Monégasques ont été amenés à jouer deux matchs en trois jours. Cet été, ils ont également défié la Sampdoria de Gênes, Nice II puis Cannes en une semaine. Ce rythme colle aux cadences parfois infernales du monde professionnel. "C’est ce qu’ils vont affronter plus tard, prévient Perrinelle. C’était un choix délibéré du club de partir cinq jours en Angleterre. Ils ont dû gérer le rythme dans un hôtel et encaisser le voyage. Ce rapprochement de matchs, c’est comme s’ils jouaient en Ligue Europa le jeudi et avaient un gros match de Ligue 1 le dimanche soir. Il faut qu’ils aient le même niveau de performance. Travailler là-dessus, avec un match par semaine, c’est impossible en National 2."

Le match joué à Old Trafford le 11 novembre, dans l’antre du grand Manchester United, remporté 2-0 devant quelque 10.000 spectateurs, a permis au coach d’en apprendre beaucoup sur ses garçons. "Quand tu joues dans des ambiances incroyables ou de tels stades, tu peux te faire submerger par certaines émotions et passer à côté. Le meilleur moyen de profiter de cette expérience, c’est de la vivre, de ne pas être spectateur. Face à Manchester, nos vingt premières minutes ont été révélatrices de ça. On n’a pas réussi à se lâcher. On a mis du temps à entrer dans la partie. Toutes ces appréhensions, c’est la vraie compétition à laquelle on souhaite qu’ils soient exposés."

Face aux Red Devils, Pascal De Maesschalk a aimé que ses jeunes pousses trouvent des déclics par eux-mêmes. "Avec 10000 personnes dans le stade, vous n’entendez pas toujours les consignes du coach et les joueurs se sont pris en main, souligne le Belge. Ils ont été en autonomie par séquences. Ils ont dû communiquer entre eux pour trouver des solutions. Et des joueurs capables de gagner sans être toujours dépendants des consignes d’un entraîneur, c’est le top du top."

Perrinelle a apprécié plus particulièrement certaines confrontations. Elles ont apporté de bonnes leçons. Il se replonge d’abord dans un match contre les Future Falcons, un club saoudien. L’ASM s’était imposée (3-1) le 2 novembre. "On avait travaillé l’approche d’un événement. J’avais dit aux joueurs: ‘‘C’est le genre d’adversaires que vous pouvez rencontrer sur les premiers tours de Coupe de France, se souvient-il. C’est une équipe d’un niveau inférieur, que vous ne connaissez pas bien. Elle va vous opposer d’autres armes, être bien organisée et vous allez devoir faire preuve de patience, ne pas répondre aux provocations et tomber dans le panneau.’’" Son équipe avait reçu son message cinq sur cinq.

Le second souvenir marquant est un déplacement à Prague pour y ferrailler avec le Sparta. C’était le 19 octobre (revers 2-0). " Ce match avait été instructif parce qu’on avait joué dans un environnement de l’ex-URSS, contre des joueurs plus âgés et formés différemment, avec un autre style de jeu", développe le formateur.

"Pour moi, le plus grand défi est tactique. En leur faisant rencontrer différents footballs, on pousse les joueurs à se poser des questions", explique De Maesschalk.

Les joueurs se sentent à l’aise

Cette saison sort des sentiers battus. Habituée à jouer au football avec un classement à tenir, une montée ou un maintien à aller chercher, la jeune classe monégasque a vu son quotidien chamboulé. L’enchaînement des matchs amicaux pourrait peser sur son moral ou sa motivation, mais Felix Lemarechal affirme le contraire. "Jouer Manchester ou Arsenal fait rêver et cela compense largement de ne pas avoir un match officiel tous les week-ends", livre le milieu de 19 ans, qui compte une apparition en Ligue 1 en octobre 2021.

Même vision pour De Maesschalk: "Quand tu joues l’Ajax et que tu vois son Academy, l’une des meilleures d’Europe, tu veux gagner. Les jeunes ne prennent pas ces matchs comme de simples amicaux. Tu ne vas pas là-bas pour t’amuser. Il ne faut pas sous-estimer le prestige de telles rencontres. J’ai l’impression qu’ils sont plus motivés cette saison que l’an dernier."

En quelques mois, Lemarechal confirme. Il se sent déjà différent. "Il y a plus de piment par rapport à une saison de N2. J’ai goûté à d’autres footballs et j’ai progressé physiquement et mentalement depuis l’année dernière. Je suis devenu plus complet", souffle celui qui était capitaine face à United et Arsenal.

"Notre référence, c’est l’équipe pro et on se challenge par rapport à elle. Que fait-elle? Où se situe-t-on par rapport à elle sur l’aspect physique, le rythme ou les temps de jeu?", ajoute Perrinelle, quand on lui demande les leviers qu’il active pour obtenir l’adhésion de sa troupe.

Un technicien plus libre, qui peut planifier ses entraînements et ses matchs avec moins de contraintes. Il n’a pas à composer avec les échéances fixes d’un calendrier de N2. "On s’adapte comme on veut et les joueurs ne sont plus les mêmes par rapport à ce qu’ils étaient il y a trois mois, constate-t-il. Si on ne souhaite pas faire de matchs pendant quinze jours, on peut. On travaille alors un peu plus en musculation ou techniquement. On est vraiment dans le développement individualisé du joueur."

Tandis que le collectif se sent plus "fort" dixit Lemarechal. "On joue un meilleur football. En N2, le groupe pouvait changer avec les montées et les descentes de joueurs pros. C’était assez compliqué à gérer. Cette année, on a appris qu’il fallait être soudés et on a su créer des liens." Ils ne demandent qu’à être entretenus.

Perrinelle: "J’ai fait le bon choix"

Présent dans les staffs de Niko Kovac et Philippe Clement, l’ex et l’actuel technicien des pros, Damien Perrinelle a pris un virage à 180°C l’été dernier. Il a délaissé l’équipe fanion pour prendre en main le groupe Élite. À 39 ans, l’ex-défenseur s’est jeté à l’eau. Il est devenu entraîneur principal pour la première fois et il ne le regrette pas. Il a d’abord songé à poursuivre son travail auprès de Clement, s’interrogeant sur son inexpérience, mais il a finalement pris "le train qui passe".

"J’ai fait le bon choix, pose-t-il. J’en suis persuadé. Je suis dans l’environnement parfait pour me lancer. Même si j’ai une pression, celle de développer des joueurs et des individus, en tant que jeune entraîneur, je peux faire des erreurs. C’est une formation accélérée, un apprentissage quotidien dans la gestion humaine, des entraînements et de la charge de travail. Je peux vraiment m’épanouir et m’exprimer comme je le souhaite. C’est une expérience extraordinaire, surtout quand les joueurs te suivent et croient au projet."

Pour bâtir sa propre identité, il pioche dans sa carrière de joueur pro et ses expériences auprès de Kovac et Clement. Mais, lucide, il sait qu’il lui faudra patienter pour mesurer l’impact de son travail sur la durée. "Le révélateur, ce sera le nombre de joueurs qui pourront intégrer l’équipe professionnelle et lui apporter une plus-value. Ils ne doivent pas être un poids."

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