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"On a bu énormément de champagne". Champion avec l'AS Monaco en 1982, Ralf Edström se confie avec humour sur ses années sur le Rocher

Star suédoise des années 70-80, Ralf Edström a remporté quatre titres avec le PSV et le championnat de France en 1982 avec l’ASM. Il garde des souvenirs émus de sa vie sur le Rocher.

Leandra Iacono Publié le 03/11/2021 à 20:25, mis à jour le 03/11/2021 à 20:25
Eric Pécout et Ralf Edström ont rejoint l'AS Monaco le même été. Photo AS Monaco

Ralf, quel type de footballeur étiez-vous?
On se rappelle surtout de moi pour mon jeu de tête, mais j’avais un bon pied gauche (rires). J’ai commencé en tant que milieu de terrain quand j’étais plus jeune. Ce qui m’a permis d’avoir une bonne vision du jeu. Je n’étais pas très costaud mais j’étais un footballeur plutôt intelligent. C’est important. Courir vite, c’est bien, mais il en faut aussi un peu dans la tête.

Comment s’était organisé votre transfert à Monaco?
La volonté était commune. Je suis venu à Monaco pour remporter des titres. Je venais de gagner la Coupe de Belgique avec le Standard de Liège mais nous n’étions pas parvenus à être champions. Gérard Banide était le coach. Lui voulait que je joue 9, il m’avait fait venir pour ça mais le président du club Jean-Louis Campora a décidé d’acheter Eric Pécout de Nantes. J’ai donc commencé en 10. Et puis Eric s’est blessé. J’ai marqué 16 buts.

Votre meilleur souvenir sur le Rocher?
On a remporté le championnat lors de ma première année ici. C’était fantastique et une surprise car on n’était pas favoris. Avec Umberto Barberis, on était les deux joueurs les plus vieux de l’effectif. On était entourés par des jeunes comme Amoros ou Bellone. On avait une très belle équipe. Je me rappelle que la fin de saison avait été un peu étrange. Nous on jouait contre Strasbourg et Saint-Étienne devait à tout prix l’emporter avec au moins 5 buts d’écart contre Metz. On a gagné 1 à 0 et les Verts 9 à 2. C’était à peine croyable, Metz était censé être la meilleure défense du championnat. Comment ont-ils fait pour perdre d’autant ? Les médias n’en ont presque pas parlé, ou juste pour souligner à quel point Saint-Etienne avait fait un grand match. L’année suivante, le défenseur de Metz Philippe Mahut signait là-bas.

"Passer de la Suède à Monaco, c’est assez déroutant"

Votre but préféré avec Monaco?
Celui contre Nantes à domicile. On les bats 1 à 0. Je marque de la tête, comme très souvent dans ma carrière (rires). C’est un but très important contre une grande équipe.

 

Justement, d’où vient votre incroyable jeu de tête?
Oh je ne sais pas (rires). Petit, je vivais au troisième étage. Je passais mon temps à descendre et remonter en courant, en sautant. Peut-être que c’est comme ça que j’ai travaillé ma détente (rires). Lors de mes quatre premières sélections en équipe de Suède, j’ai marqué 8 buts, 7 de la tête ! C’est pas mal.

L’ASM est un club spécial dans un endroit spécial. Quelle vie aviez-vous?
Je venais de Liège où le temps était souvent mauvais, avec beaucoup de pluie. Et puis je descends à Monaco. Il y a le soleil, la Méditerranée. C’était super pour moi et pour ma famille. Pour les impôts, c’était très bien aussi (rires). La deuxième année, j’ai eu des problèmes au genou. Ma carrière s’est achevée à ce moment-là. J’ai essayé de me relancer dans un club en Suède mais je ne pouvais vraiment plus jouer.

Votre relation avec Gérard Banide?
J’ai beaucoup aimé travailler avec lui. C’était un très bon coach. Calme, bon tacticien. On avait des bons joueurs mais Bordeaux était le grand favori. Il a su créer un bon équilibre entre les jeunes et les plus anciens.

Vous avez laissé de très bons souvenirs.
Je l’espère. Quand je suis arrivé, tout le monde a pris soin de moi. Je n’ai jamais eu aucun problème avec personne. Les joueurs, le coach. L’ambiance dans le vestiaire était très saine. J’ai croisé il y a quelques années Claude Puel lors d’une Coupe du monde. On était tous les deux commentateurs, lui pour la télé et moi pour la radio. Il m’a dit « Ralf, on aurait jamais gagné le championnat sans toi. » C’était si gentil de sa part.

Vous vous retrouviez souvent entre coéquipiers après les matchs?
On a bu énormément de champagne (rires). A chaque victoire à domicile, on y avait droit. J’ai joué en Suède, aux Pays-Bas et en Belgique et je n’avais jamais vu ça avant.

Vous vous sentiez dans un autre monde?
Oh que oui! Passer de la Suède à Monaco, c’est assez déroutant. Il y a beaucoup plus de gens et surtout de l’argent partout . Tout était hors-normes.

 

Assez pour se perdre?
Non. Je suis né dans une petite ville. Oui, j’avais besoin d’argent mais je n’ai jamais fait n’importe quoi avec. J’ai toujours su garder les pieds sur terre. Je n’ai jamais été du genre à me montrer. Je me suis toujours senti chanceux de pouvoir gagner de l’argent grâce à mon hobby. Quand j’avais 11-12 ans, je demandais sans cesse des sous à mes parents en leur promettant que je les rembourserai quand je serai footballeur professionnel.

Vous leur avez rendu?
Bien sûr. Je leur ai acheté une maison (rires).

Vous avez rencontré la famille princière?
Albert était là quand on a fêté le titre. J’ai aussi rencontré la princesse Grace. On jouait contre Dundee en Coupe de l’UEFA. Elle et son mari le prince Rainier III étaient en voyage en Ecosse et sont venus nous voir jouer. Le président Campora m’avait installé près d’elle car je ne parlais pas très bien français. On a échangé en anglais. C’était une femme extrêmement douce et gentille. Elle est décédée trois ou quatre mois plus tard. Ça a été terrible. Une immense tragédie.

Qui était votre coéquipier préféré à Monaco?
Umberto Barberis. On se ressemblait beaucoup. Il venait de Suisse et moi de Suède. Je parlais un peu allemand, donc si j’avais un message important à faire passer, il pouvait m’aider. Il est rapidement devenu mon meilleur ami. Je m’entendais aussi très bien avec Manuel Amoros et Jacques Pérais. Ils m’ont beaucoup aidé à m’intégrer. Jean Petit a arrêté sa carrière à la fin de ma première saison mais il est toujours resté proche de l’équipe. A Monaco, il était célèbre, avait des entrées partout. Il m’en a bien fait profiter.

"Courbis était imprévisible"

Le meilleur?
Manuel Amoros avait 19 ou 20 ans. J’ai tout de suite su qu’il deviendrait un grand joueur. A l’entraînement, il était au dessus. Il travaillait très dur. Après mon départ, j’ai continué à le suivre. Il a fait des choses fantastiques avec l’équipe de France.

Le plus fou?
Dans le sens positif du terme ? Roland Courbis. Avec lui, on ne savait jamais ce qui allait arriver. Il était imprévisible (rires). Jean-Luc Ettori aussi. Je crois qu’il faut être un peu fou pour être gardien.

Le plus méchant?
Personne n’avait vraiment cette attitude. Peut-être Didier Christophe. C’était un gars solide qui donnait tout pour l’équipe. Il était très important mais il avait des hauts et des bas. Parfois, il pensait qu’il était un meilleur footballeur qu’il ne l’était vraiment (rires).

 

Vous êtes revenu à Monaco récemment?
Une fois. Et je dois dire que ça a énormément changé par rapport à ce que j’ai connu. J’ai dit à ma femme, c’est ici que je jouais et maintenant ça été remplacé par un Mcdonald’s (rires). Quant au nouveau stade, il n’y avait que de l’eau à mon époque. Ça m’a fait bizarre ! Il y a aussi beaucoup de nouvelles constructions mais quand je vois Monaco à la télé, ça réveille toujours en moi de bons souvenirs.

Que retenez-vous de vos quatre ans au PSV Eindhoven?
Ce sont mes meilleures années de footballeur. Je suis arrivé à 21 ans. J’étais à mon pic de forme. On avait une grosse équipe. On a gagné deux Coupes et deux championnats. Lors de la saison 75-76, on va jusqu’en demi-finales de la C1 mais on est éliminés par Saint-Étienne. C’est le souvenir le plus triste de ma carrière. Je rêvais de jouer la finale.

Vous aviez croisé un certain Ivan Curkovic...
Il m’a frappé très très fort dans la tête. Il m’a mis KO à la 20e minute du match retour. Le dirigeant suédois Lennart Johansson m’a raconté l’avoir rencontré un jour alors que Curkovic était à la tête de la sélection serbe. Il a expliqué que c’était son entraîneur Robert Herbin qui lui avait demandé de me faire mal pour que je ne puisse plus jouer. Il a expliqué qu’il regrettait beaucoup.

Vous y croyez?
30 ans après, pourquoi mentirait-il? Ca ne change rien à ce qui s’est passé ce jour-là mais ça m’a consolé.

"Trop d'argent dans le foot"

Le meilleur joueur de tous les temps?
Sans contestation, Johan Cruyff.

Votre ballon d’or?
Robert Lewandowski. Vous avez vu le nombre hallucinant de buts qu’il a marqués avec le Bayern?

 

Vous regardez beaucoup de matchs?
Je ne vais plus au stade mais j’en vois un peu à la télé. Au moins, s’il y a 3-0, vous avez juste à changer de chaîne (rires). C’est facile.

Connaissez-vous des joueurs de Monaco?
Je dois avouer que pas tellement. Fabregas joue encore?

Il est souvent sur le banc.
Ah. Je suis un peu ce que fait le PSV. Ces derniers temps, c’est un peu moyen alors qu’ils avaient bien commencé le championnat. Mais le foot m’intéresse moins. Il y a trop d’argent maintenant. Ce n’est pas de la faute des joueurs. Quand je vois qu’ils veulent organiser la Coupe du monde tous les deux ans, ou que des clubs tentent de mettre en place une ligue unique et fermée en Europe, ça ne me plaît vraiment pas. Les places deviennent tellement chères que les supporters ont de plus en plus de mal à assister aux matchs.

A quoi ressemble la vie de Ralf Edström?
J’ai 69 ans. J’ai travaillé durant 32 ans à la radio en Suède, jusqu’en 2015. Aujourd’hui, je fais partie de l’association suédoise pour les sports paralympiques. J’aide les athlètes. Je leur cherche des sponsors pour qu’ils puissent financer leurs voyages et participer aux compétitions internationales. Ça me plaît. Et puis, je profite de ma famille, car il n’y a rien de plus important.

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