“Rhôooooooooo!”

Vous utilisez un AdBlock?! :)

Vous pouvez le désactiver juste pour ce site parce que la pub permet à la presse de vivre.

Et nous, on s'engage à réduire les formats publicitaires ressentis comme intrusifs.

Je veux bien mais j'ai la freebox

Connectez-vous

pour sauvegarder mes filtres et personnaliser mon flux

continuer sa lecture

lire le journal

Découvrez l’offre abonnés numérique > J’en profite

Leur popularité en Algérie, leurs idoles, leurs meilleurs souvenirs sur la Côte d'Azur... Youcef Atal et Hicham Boudaoui, les deux pépites de l'OGC Nice

Mis à jour le 08/07/2020 à 08:27 Publié le 08/07/2020 à 08:25
Youcef Atal, 24 ans, et Hicham Boudaoui, 20 ans, se sont longuement confiés en marge du stade à Divonne.

Youcef Atal, 24 ans, et Hicham Boudaoui, 20 ans, se sont longuement confiés en marge du stade à Divonne. Photo OGC Nice Media

Soutenez l'info locale et Monaco-Matin

Leur popularité en Algérie, leurs idoles, leurs meilleurs souvenirs sur la Côte d'Azur... Youcef Atal et Hicham Boudaoui, les deux pépites de l'OGC Nice

Formés au Paradou, Youcef Atal et Hicham Boudaoui font les beaux jours de l'OGC Nice. Entretien.

On les a retrouvés après le dîner pour plus d’une heure d’échanges. Dans l’immense salon de l’hôtel de Divonne-les-Bains, Youcef Atal et Hicham Boudaoui ont affiché leur complicité, leur bienveillance l’un envers l’autre.

Biberonnés à l’Académie du Paradou près d’Alger, ils vivent encore sous le même toit à Nice.

De ce destin lié, les deux champions d’Afrique ont accepté d’en parler comme ils ne l’avaient jamais fait. Avec Atal et Boudaoui, le Gym tient deux pépites. Deux gamins venus d’ailleurs aux yeux rieurs.

Enfant, c’était un rêve ou un objectif de venir jouer en Europe?
Youcef Atal: cela a toujours été un objectif de venir jouer en Europe, en Ligue 1, mais on n’était vraiment pas sûr de pouvoir y arriver. On regardait tout le temps du foot à la télé. On ne pensait qu’à ça. On aime trop ça depuis tout petit. On a beaucoup travaillé pour en arriver là car ce n’est pas facile depuis l’Algérie. On avait très peu de moyens. Mais dans la vie quand tu as des convictions, c’est plus facile.
Hicham Boudaoui: c’est à 17 ans que je me suis dit que c’était possible. Avant, c’était un rêve. J’ai bossé très dur pour en arriver là.

L’OGC Nice a-t-il changé vos destins?
Y.A.: c’est ça la vie… Si un agent n’était pas venu me chercher en Algérie, je ne serais jamais parti en Belgique. Ensuite, si le gars de Nice (Serge Recordier, ndlr) ne vient pas voir un match de Courtrai, je ne viens pas à Nice. Bon, j’ai appris plus tard qu’il n’était pas venu pour moi (rires).

Quitter l’Algérie, cela a été un déchirement?
Y.A.: c’est dur de tout laisser. Je ne parlais pas bien la langue mais je n’ai jamais eu peur de me lancer en français. Ma famille me manquait beaucoup. Au début, en Belgique, je ne jouais pas beaucoup.
H.B.: pour nous, il y a tout qui change : la langue, la culture, la nourriture. J’ai eu la chance d’avoir Youcef à mes côtés à Nice. C’est un grand frère, un guide.
Y.A.: on était comme des frères au Paradou, déjà. A l’académie, les grands ont chacun leur petit. Moi, c’était Hicham.
H.B.: C'est comme mon grand-père même (rires) ! On est très fier d’être deux joueurs formés au Paradou à Nice, en Europe.

Votre popularité a explosé au pays depuis votre victoire à la CAN. Comment gérez-vous ça?
Y.A.: quand je rentre chez moi, je ne peux plus aller manger dans un restaurant. Si on me reconnaît, je vais rester deux heures de suite dans la rue à signer des autographes et faire des selfies. Je suis obligé de sortir caché, avec des lunettes et une casquette. En Algérie, tout le monde a regardé la CAN. C’était la folie. On a mis sept heures pour un trajet de17 minutes en temps normal. On voyait des mères de famille avec leur bébé dans les bras au milieu de la foule. Un truc de fou, ça faisait 20 ans que le pays attendait ce moment.
H.B.: c’est vrai que dans mon quartier, je ne peux plus me balader tranquillement. On ne va pas se plaindre, c’était notre rêve d’enfance. On est touché de toutes ces marques d’attention.
Y.A.: mais il faut savoir gérer tout ça, bien s’entourer.

L’Académie du Paradou est une référence. Comment l’avez-vous intégrée?
Y.A.: déjà, c’est la seule académie au pays. Tous les joueurs veulent y aller. On travaille beaucoup, on dort là-bas.
H.B.: j'ai quitté ma région à 11 ans, petit, c'était dur. J’ai fait ce sacrifice. Je pouvais téléphoner parfois à ma famille. Mon grand frère venait régulièrement me voir. Depuis ma région, c’est 1000 kilomètres en voiture. J’ai été repéré après une détection. Je suis ensuite resté deux mois à l’Académie avant le stage final. Sur les 500 joueurs retenus, ils n’en ont gardé que 20.
Y.A.: moi, je suis entré à 16 ans. J’avais choisi un autre club mais j’avais des potes au Paradou. J’avais passé les tests à 11 ans, ils me voulaient à l’Académie mais je n’ai pas voulu abandonner la famille. On venait de déménager, ce n’était pas le moment. A l’époque, je jouais arrière gauche pour rentrer sur mon pied droit.H.B. : je jouais défenseur central, moi, à mes débuts à l’Académie !

Si besoin, vous pouvez donc jouer avec Dante?
Y.A.: oui, oui il a une petite expérience (rires).
H.B.: non, non...

Vous êtes aujourd’hui les deux fleurons de cette Académie…
Y.A.: c’est une fierté. En Algérie, il n’y a pas beaucoup de familles aisées. Notre objectif prioritaire, c’est de mettre les nôtres à l’abri. J’ai deux sœurs et un frère. Bien sûr, j’ai raté des choses en tant qu’enfant, mais pour le bien de tous.
H.B.: j’ai toujours pensé à ma famille. J’ai cinq frères et trois sœurs. Je suis le benjamin de la famille, le petit protégé.

Quelles étaient vos idoles ?
Y.A.: Ronaldinho.
H.B.: tous les trois ans je change. J’ai eu Eto’o, Pogba… Maintenant, je n’en ai plus.

Youcef, votre blessure au genou en novembre 2019 a été le premier coup dur de votre carrière.
Y.A.: je n’avais jamais été blessé aussi gravement. Quatre mois de convalescence, le confinement… Mais ça m’a fait grandir. Tu apprends toujours dans les moments comme ça. J’avais Hicham à mes côtés. C’est un bout de ma famille.
H.B.: je l’ai aidé, naturellement. Je lui parlais, lui remontais le moral.

Illustration
Illustration Photo OGC Nice Média

Comme a pu le faire Youcef quand vous êtes arrivé à Nice...
H.B.: je n’avais jamais mis un pied en Europe. J’ai découvert un autre monde. Le destin nous lie. On vit ensemble. On n’a pas envie de se quitter. C’est Youcef (Atal) qui conduit le plus souvent pour aller à l’entraînement. Au moins, on est sûr d’y arriver à l’heure (rires).

Le club de vos rêves?
Y.A.: le Real Madrid, Liverpool.
H.B.: Barcelone, Juventus Turin.

Les supporters niçois font preuve de beaucoup d’affection envers vous…
Y.A.: ils sont chauds! Jouer à l’Allianz, c’est magnifique.
H.B.: j’ai été élu meilleur espoir, quelle fierté! Je suis venu pour travailler. Je ne pensais pas jouer autant après aussi peu de temps à Nice. Je n’avais jamais évolué ailier droit.

Quels sont vos meilleurs souvenirs niçois?
Y.A.: ma première entrée (en août 2018, ndlr). J’avais trop faim. Je me devais de tout donner pour gagner ma place dans le onze. Le triplé contre Guingamp, avec ma volée du gauche, c’était bien aussi, comme mon match au Parc des Princes.
H.B.: pour moi, c’est notre victoire à l’Allianz contre Lyon, avec ma passe décisive pour Kasper (Dolberg).
Y.A.: à l’aller, je l’avais grondé parce qu’il n’avait pas tenté le piqué face au gardien (rires).

Dante a toujours eu de précieux conseils…
Y.A.: quand je regardais le championnat de France, j’aimais beaucoup Dante. Il joue propre, relance bien. C’est un technicien, un vrai Brésilien. Il sait bien gérer les jeunes, il nous aide. Très vite, je me suis rapproché de lui.
H.B.: je suis plus timide. Il m’a fallu deux, trois mois avant d’aller oser lui parler.

Youcef, on vous reproche parfois de penser plus à attaquer qu’à défendre. Etes-vous d’accord?
Y.A.: mon poste, c’est arrière droit. Je sais donc qu’il faut que je défende. Mais j’attaque tellement qu’on ne voit pas trop lorsque je défends. Mais si je reste derrière, tu vas me dire que je ne fais que défendre (rires)! Contre Lyon, c’était mon premier match depuis sept mois. J’ai géré mes efforts. Bon, au début, j’étais chaud. Mais j’aurais tenu 20 minutes à ce rythme! (sourire)

Vous avez bossé dur pendant le confinement?
Y.A.: j'avais beaucoup travaillé pendant ma convalescence. Il ne fallait pas que je gâche tous ces efforts pendant le confinement. En 20 jours, tu peux tout perdre quand tu reviens de blessure.
H.B.: on avait un tapis, un vélo pour travailler l'endurance. On faisait du tennis-ballon aussi.

Qui est le plus fort au tennis-ballon?
Y.A.: Hicham, il est trop fort à ce jeu.

Et qui gagnait les défis sur 8 km?
H.B.: c'est moi ! (sourire) Je peux courir longtemps sur un tapis, sur une piste ou autour du terrain. Mais là où je dois progresser, c'est dans la vitesse des changements de direction.

Youcef, votre papa courait beaucoup, non?
Y.A.: il a fait de la course à pied, en France. Je ne sais pas s'il était doué, s'il gagnait des courses. Mais il m'a dit qu'il avait fait de l'athlétisme quand il était petit.

Vous avez des souvenirs de Patrick Vieira lorsqu'il était joueur?
Y.A.: j'ai vu quelques vidéos, j'en regarde parfois encore aujourd'hui. C'était vraiment un grand joueur... Mais il était un peu méchant sur le terrain, non? (sourire)
H.B.: un de ses buts m'a marqué, sur une frappe de loin avec Arsenal (contre Newcastle, en 1997-1998 Ndlr). Il avait une grosse frappe!

Djamel Belmadi, le sélectionneur algérien, est aussi important pour vous?
Y.A.: lui aussi est un entraîneur proche de ses joueurs, il prend des nouvelles. Je l'appelle parfois, il m'a remonté le moral pendant ma blessure avec des messages de motivation. Comme Vieira, c'est un ancien joueur, il ressent les choses par rapport à son groupe, il est passé par les épreuves que tu traverses à ton tour. Il est joueur à l'entraînement, il participe aux six contre six.
H.B.: il m'a donné une vraie chance en me sélectionnant à 19 ans pour une Coupe d'Afrique des Nations alors que je ne jouais pas en Europe. J’étais fier d'être le plus jeune joueur de l’équipe.

Il y a beaucoup de maillots de Nice maintenant en Algérie?
H.B.: chez moi, oui ! Tous mes potes ont un maillot de l'OGC Nice... avec Boudaoui inscrit dans le dos. (rires)
Y.A.: je vais vous raconter une histoire. J'avais réservé 10-15 maillots à mon nom pour les envoyer à mes amis en Algérie. Quand je suis arrivé, j'ai ouvert le carton... et je m'aperçois qu'ils étaient tous floqués "Coly"! (rires) J'ai su plus tard que Racine avait les miens, lui!

Comment pressentez-vous la saison à venir?
Y.A.: on est confiant. J'espère qu'on fera mieux que sur les deux années précédentes. Le club grandit, j'espère qu'on jouera l'Europe. Je pense qu'on a un bon groupe pour aller chercher quelque chose.
H.B.: je veux tout donner pour l'équipe. La concurrence est plus forte, il faut gagner sa place. ça travaille beaucoup, tu sens qu'il y a un vrai groupe qui a des ambitions.

Vous pouvez donc certifier que vous serez Niçois cette saison?
Y.A.: c'est sûr et certain.
H.B.: je me sens bien ici. Sincèrement, j'aimerais bien faire toute ma carrière à l'OGC Nice.

des deux, qui est le plus...

Illustration
Illustration Photo OGC Nice Média

Le plus technique?
Y.A.: Hicham, c'est un vrai technicien. En plus, il joue au milieu de terrain.
H.B.: je dis Youcef... parce qu'il m'a mis un petit pont à l'entraînement tout à l’heure (rires). Mais je vais lui rendre demain (rires).

Le plus physique?
Y.A.: c'est difficile. Mais Hicham, en ce moment, il est...
H.B.: (Il le coupe) je suis chaud ! (rires) J'aime tout donner quand on s'entraîne et me sentir très fatigué quand je rentre chez moi. Je n'aime pas avoir encore de l'énergie quand je finis l'entraînement.

Le plus rapide?
H.B.: (direct) Youcef !
Y.A.: je n'ai même pas besoin de parler, tout le monde le sait ça! (rires)

Le plus généreux?
H.B.: Youcef.
Y.A.: c'est normal, je suis le grand frère (sourire). Mais Hicham m'invite aussi souvent au restaurant.

Le plus séducteur?
Y.A.: ça veut dire quoi? (On lui explique, il réagit tout de suite en levant les bras au ciel) Ah oui, c'est moi ça! (rires) Je vais souvent chez le coiffeur, j'aime bien être... présentable! (sourire)

C'est aussi Youcef qui s'habille le mieux, alors?
Y.A.: non, c'est pareil parce qu'on s'échange les vêtements ! (rires)

Mais vous portez la même taille?
Y.A.: (Il réfléchit) à peu près... (sourire) Mais ce n’est pas grave, c'est juste pour quelques heures. Comme les chaussures, tu plies un peu les orteils pendant 2-3 heures, ça passe! (rires)

Le plus dormeur?
H.B: ah ça, c'est moi!
Y.A.: il dort n'importe où ! Dans la voiture quand on rentre de l'entraînement, il s'assoit, il ferme les yeux et cinq minutes après, il n’y a plus personne! Devant les films aussi, il s'endort comme un bébé. Hicham, tu le mets dans l'eau, il dort! (rires)

Il se réveille facilement?
Y.A.: il faut insister parfois. Mais moi aussi, au début de ma carrière j'avais du mal à me réveiller le matin. ça m'est arrivé une fois à Nice de rater l'entraînement le matin, j'étais revenu très tard la veille d'Algérie. Mais en Belgique, c'était pire! D'ailleurs pour la première séance, à dix heures, je n'ai pas réussi à me réveiller. Le club m'a téléphoné plusieurs fois mais je n'ai rien entendu. Alors ils ont envoyé la police taper à ma porte, ils pensaient que j'étais reparti en Algérie! (rires) Mais ça va mieux, avec le temps, j'ai pris l'habitude de me lever tôt.

Le meilleur cuisinier?
Y.A.: moi je fais les pâtes, et Hicham il fait les bricks. Je cuisine souvent du poisson aussi, je vais l'acheter frais à la poissonnerie. J'aime bien la sole.
H.B.: je n'aime pas le poisson, alors il le mange tout seul.

Le plus maniaque du ménage?
Y.A.: on le fait ensemble, c'est obligé. Tu ne peux pas rester assis et regarder l'autre faire le ménage tout seul (sourire).

Le chouchou du coach?
Y.A.: (Il réfléchit) Hicham commence à me faire concurrence maintenant... (rires)
H.B.: on aime tous les deux travailler avec lui, il sait remonter le moral. Il sait piquer aussi, pour nous encourager à toujours progresser.


commentaires

Les insultes, les attaques personnelles, les agressions n'ont pas leur place dans notre espace de commentaires.
Tout contenu contraire à la loi (incitation à la haine raciale, diffamation...) peut donner suite à des poursuites pénales.