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Les Ultras en quête de liberté

Par la voix de leur président Frédéric Braquet et celle de Jérôme Ardissone, les Ultras de la Populaire Sud dénoncent les interdictions administratives de stade qui ont été prononcées à leur encontre

Vincent Menichini , William Humberset et Ch. P Publié le 23/12/2015 à 05:12, mis à jour le 23/12/2015 à 05:12
Frédéric Braquet et Jérôme Ardissone ne pourront plus se rendre dans un stade jusqu'en octobre 2016. Sébastien Botella

Chaque soir de match du Gym, ils doivent se rendre au commissariat d'Auvare, à Nice, pour pointer. Pointer pour justifier le fait de ne pas être à l'Allianz Riviera ou ailleurs pour supporter et encourager leur équipe de cœur. Près d'une quarantaine de fans de l'OGC Nice ont été sanctionnés d'une interdiction administrative de stade (IAS) ces derniers mois. Pour certains, comme le champion du monde de Full Contact Jérôme Ardissone (lire ci-dessous), l'un de ses principaux torts serait de « faire partie d'un groupe d'individus violents » et d'avoir été aperçu sur le lieu des affrontements en marge de la rencontre entre Nice et Naples le 2 août dernier, au péage de Saint-Isidore. Ce jour-là, plus d'une centaine de fans napolitains, armés de bâtons et de barres de fer, étaient parvenus à se frayer un chemin jusqu'aux abords de l'Allianz, alors que dans la semaine, tout laissait à penser que les « tifosi » n'allaient pas faire le voyage pour rien.

« Ils font du chiffre en vue de l'Euro 2016 »

A 28 ans et un casier judiciaire vierge, Jérôme Ardissone, sapeur-pompier de profession, doit donc se rendre avant et à la mi-temps des matchs du Gym au commissariat pour pointer. S'il vient à méconnaître son IAS, il encourt un an d'emprisonnement et 3750 euros d'amende. « Je me retrouve à Auvare pour la simple raison d'être membre des Ultras de la Populaire Sud, affirme Jérôme Ardissone, avant de poursuivre au sujet du cliché incriminant sa présence sur les lieux. On me voit marcher, en short et en tee-shirt au milieu d'un groupe. Rien ne prouve ma participation. Si cela avait été le cas, pourquoi ne serait-on pas venu me cueillir chez moi ? Là, ils préfèrent taper sur des noms, de manière tout à fait aléatoire. Ils font du chiffre en vue de l'Euro 2016. ça doit les rassurer, alors que je pense qu'il y a d'autres priorités actuellement dans le pays. »

En utilisant le levier - quasi-systématique - de l'interdiction administrative de stade, les autorités préfectorales peuvent procéder de manière arbitraire. « A contrario de l'interdiction classique de stade, dite judiciaire, l'IAS est prononcée sans que n'intervienne aucun magistrat et sans aucun procès contradictoire, pose Pierre Barthélémy, spécialiste de droit public, qui a défendu de nombreux supporters parisiens sous le coup d'une IAS ces dernières années. De plus, cette mesure doit d'autant plus rester une mesure d'exception qu'elle n'est pas utilement contestable devant le juge administratif. En effet, celui-ci n'est pas en mesure, dans le cadre d'un recours au fond, de se prononcer avant de nombreux mois, voire plus d'une année. De surcroît, celui-ci est particulièrement réticent à juger recevables les recours aux procédures d'urgence, dites de référé, au motif qu'il n'y a pas d'urgence à se prononcer ou qu'il n'existe pas de liberté fondamentale de se rendre au stade. Il n'existe donc pas de recours juridictionnel en matière d'IAS. »

 

En compagnie de Jérôme Ardissone, Frédéric Braquet, lui aussi interdit de stade depuis le mois d'octobre, a tenté de se défendre, la semaine dernière, au tribunal administratif de Nice. En vain...

Sans grande surprise, leur requête a été rejetée.

Jusqu'en octobre 2016, le président des Ultras de la Populaire Sud sera devant sa télévision lors des matchs du Gym. « J'ai mis mon nom à la tête d'une association pour que les échanges soient plus simples entre toutes les composantes, affirme Braquet. Mais au final, il n'y a aucun dialogue. C'est trop simple de nous dire qu'on ne fait pas le ménage. On se met des gens à dos au sein du groupe et on finit par ne plus pouvoir assouvir notre passion qui est d'aller au stade et de faire vivre une tribune. C'est une profonde injustice, d'autant qu'on ne peut même pas se défendre. »

Chez les Ultras niçois, comme tous ceux en France, on juge cet arsenal répressif inefficace. « ça ne fait qu'accentuer les frustrations », affirme Braquet qui ne fuit pas le débat de la violence. « Ceux qui dérapent sont sanctionnés sur le plan pénal, mais c'est impossible de prévenir toutes les dérives. Une tribune est le reflet de notre société. »

« En revanche, même si on ne court pas après la gloire, on n'entend jamais personne quand plusieurs membres de notre groupe s'unissent pour aller aider les sinistrés d'un camping suite aux intempéries. La solidarité, on sait ce que c'est. Mais, force est de constater, qu'on n'est pas jugé comme des citoyens comme les autres », lâche le président des Ultras, comme un appel à une prise de conscience collective.

Jérôme Ardissone : « Je marche, c’est ça être violent ? »

Depuis le mois d’octobre, Jérôme Ardissone ne peut plus se rendre à l’Allianz Riviera. La préfecture des Alpes-Maritimes lui a infligé une interdiction administrative de stade d’un an pour des faits qu’il conteste.

 

Quand avez-vous pris connaissance que vous étiez interdit de stade ?
C’est tellement compliqué que j’ai du mal à remettre les choses en ordre. J’ai reçu une lettre à la maison, une convocation au commissariat d’Auvare qui stipulait que je pouvais être interdit de stade. Je m’y suis rendu. Deux semaines plus tard, c’était effectif, j’étais interdit. Cela a pris effet début octobre et ce pour une durée d’un an.

Que vous reproche-t-on ?
De faire parti d’un groupe d’individus violents. (Il lit la lettre que lui a adressée la Préfecture des Alpes-Maritimes).Selon elle, j’ai été identifié parmi le groupe participant aux violences envers les supporters italiens et les forces de l’ordre. Cela fait référence au match amical contre Naples (2 août).

Sur quels élémentsse fonde la préfecture ?
Sur des photographies... On me voit entre deux personnes, en short et t-shirt (il nous montre la photo)... Je marche, c’est ça la violence ? On m’accuse et on me condamne à une interdiction de stade pour des faits qui ne se sont pas produits. J’ai une certaine image, des gens qui croient en moi, un travail dans lequel je m’épanouis. Je ne me cache pas d’être interdit de stade, puisque je sais que je n’ai rien fait. C’est tout de même grave avec tout ce qu’il se passe dans le pays d’en arriver là, à perdre son temps avec ce genre de démarche.Sauf qu’en vue de l’Euro 2016, ça doit en rassurer certains.Il faut faire du chiffre, c’est toujours mieux si on tape sur des gens un peu connus. Dans la lettre qui m’a été adressée, ils évoquent des faits remontant à 2010 à Sochaux, alors que je n’ai strictement rien à voir avec ça...

Pouvez-vous combattremalgré tout ?
Oui, car je ne suis pas interdit d’enceinte sportive. En revanche, je n’ai pas le droit de me rendre à un match de l’équipe de France ou d’aller voir un match à Nice, sur écran géant.

Vous devez pointer les soirs de match ?
Oui, au coup d’envoi et à la mi-temps. J’ai pourtant un casier judiciaire vierge. ça fait même sourire certains policiers quand ils me voient là-bas.

« Le juge a tranché »

Le directeur de cabinet du préfet des Alpes-Maritimes, François-Xavier Lauch, est allé en personne plaider devant le juge du tribunal administratif : « Et le juge a tranché, il a confirmé l’arrêté du préfet interdisant l’accès au stade de quatre personnes .»

 

Selon le haut fonctionnaire, les quatre décisions se fondent sur des rapports de police circonstanciés. « Le fight entre une centaine de Niçois et des Napolitains était programmé très en amont du match.Les événements entre Saint-Isidore et le stade étaient gravissimes.Policiers et gendarmes se sont interposés mais l’intervention était compliquée avec des jets de projectiles dangereux.
Le Directeur départemental de la sécurité publique a ensuite proposé au préfet des interdictions de stade. »

Douze mois pour deux d’entre eux.Vingt-quatre mois pour deux récidivistes.

« Nous leur avons signifié par courrier les motifs de cette décision.Ils pouvaient faire toute observation utile.L’arrêté a été ensuite confirmé.Et ils l’ont ensuite contesté en référé suspension devant le tribunal administratif. » Le référé étant une procédure d’urgence.

Chacune des parties a plaidé et les quatre supporters ont été déboutés de leur demande.
Dernière solution pour eux : introduire un recours en excès de pouvoir.Mais vu les délais de la juridiction administrative, ils risquent d’être à nouveau admis à l’Allianz Riviera avant que l’affaire ne soit examinée.

François-Xavier Lauch rappelle que la préfecture reste prête à travailler avec les supporters : « Notre main reste tendue.Qu’ils nous montrent qu’ils ne sont ni violents, ni injurieux et sans fumigène.»

Offre numérique MM+

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