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Les jeunes de l'AS Monaco au cœur d'une étude inédite pour augmenter leurs performances et prévenir les blessures sur les terrains de football

Les jeunes U17 de l’AS Monaco ont eu la chance d’expérimenter les prémices d’un outil révolutionnaire, permettant de faire le bon choix de chaussage, dans une quête de performance et de prévention des blessures.

Adrien Santucci Publié le 06/11/2021 à 10:50, mis à jour le 06/11/2021 à 10:58
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Les chaussures relèvent d’une véritable problématique dans le cadre de la performance et des blessures d’un joueur. Photo Dylan Meiffret

À Monaco, tous les moyens sont mis en place pour permettre aux jeunes de l’Academy d’atteindre leurs objectifs, et de côtoyer, pourquoi pas, le monde professionnel.

C’est un nouveau système qui a récemment vu le jour au sein de l’AS Monaco, au stade Jean Favre à la Turbie, pour les U17 asémistes. Celui-ci a pour but de proposer aux joueurs un protocole de terrain, afin de les éduquer et de leur faire comprendre l’importance du choix du chaussage, en fonction des types de surface sur lesquels ils sont amenés à jouer.

Un projet né d’un travail et d’une collaboration entre Philippe Rouch, directeur de la recherche et valorisation à l’EPF école d’ingénieur.e.s, et Sylvain Blanchard, directeur médical de l’AS Monaco.

Le premier cité a commencé ses recherches sur le sujet au sein de son laboratoire, et en est arrivé à une conclusion que les chaussures relèvent d’une véritable problématique dans le cadre de la performance et des blessures d’un joueur.

 

Pour cela un protocole en plusieurs étapes a été prôné pour répondre aux multiples critères, afin d’être le plus juste possible.

Un protocole en quatre étapes

La première partie de ce processus repose sur l’évaluation mécanique du terrain, à l’aide d’un impacteur, outil nouvelle génération. Il va permettre de tester le terrain avec des niveaux d’énergie différents, en reproduisant fidèlement ce qu’un joueur peut faire sur le rectangle vert.

Un protocole en quatre étapes a été lancé. La première partie du processus repose sur l’évaluation mécanique du terrain, à l’aide d’un impacteur. Cet outil nouvelle génération permet de tester le terrain avec des niveaux d’énergie différents, en reproduisant fidèlement ce qu’un joueur peut faire sur le rectangle vert. Photo Dylan Meiffret.

Il existe deux genres d’impacteur. Un premier qui va permettre d’avoir des données liées au comportement des couches superficielles, à la résistance, et à l’accroche.

Un second qui va tester de façon plus importante les couches les plus profondes de la surface. Notamment pour tout ce qui est absorption de choc, par exemple à la tête.

Ces outils permettent d’établir une cartographie et une caractérisation du terrain, pour bien saisir si la pelouse est plutôt raide, renvoie beaucoup d’énergie, ou accroche peu ou beaucoup. C’est un premier jet qui permet de faire un tri initial au niveau des chaussures, qui semblent être les moins adaptées.

 

Sylvain Blanchard, ancien responsable médical et scientifique du Racing 92 au rugby appuie un peu plus l’importance d’une telle machine : "Cet outil nous permet également d’avoir des éléments pour faire la maintenance des terrains. Car pour que ce protocole fonctionne, il est impératif d’avoir une surface homogène. Avec son aide, ici à la Turbie, on fait des retours à la municipalité pour leur faire part si une partie est plus hétérogène par exemple, et doit être retravaillée".

La deuxième étape voit l’intégration des joueurs dans le processus. On leur demande de se présenter avec plusieurs paires qu’ils envisagent de porter sur le revêtement du jour. Ce ne sera pas forcément les mêmes chaussures sur un hybride, un naturel, ou un synthétique.

Photo Dylan Meiffret.

Les jeunes pensionnaires de l’Academy réalisent un petit circuit de façon très standardisée et reproductible. Ils effectuent des mouvements habituels dans le cadre footballistique. Tout cela est réalisé à vitesse contrôlée pour n’avoir aucun risque de blessure, et peut même servir d’échauffement. Des capteurs sous forme de bracelet autour de la cheville permettent d’enregistrer les données.

Des choix qui diffèrent selon les surfaces et profils des joueurs

Ces données sont mises en corrélation avec ce que ressentent les joueurs, via un questionnaire.
Un point très important pour le corps médical, comme l’indique Sylvain Branchard : "La corrélation entre ces deux facteurs est très bonne. Ce qui veut dire que même des clubs qui n’ont pas les moyens pour payer les capteurs, peuvent s’en remettre au ressenti des gars. C’est déjà une valeur ajoutée". 

Une fois cette batterie de tests passée, les deux dernières parties reposent sur un échauffement qui monte en intensité tout d’abord, avant de passer sur des séquences de vitesse, identiques à des conditions de match.
Les joueurs sont filmés de face et de profil, pour que le staff technique et médical puissent acquérir un certain nombre de données biomécaniques.

Photo Dylan Meiffret.

C’est ce qui va permettre d’axer le travail a posteriori selon les profils, pour être plus performant et limiter les risques de blessure, en particulier au niveau des ischio-jambiers.
L’intégralité de ce système repose également sur des facteurs très importants, comme le souligne Philippe Rouch : "La façon dont sont faites les chaussures est différente d’une marque à l’autre. La raideur de la semelle change, et les crampons se fléchissent à des endroits différents. C’est plus ou moins souple selon si c’est Nike, Puma ou Adidas".

En ce sens, les profils des joueurs ont aussi leur mot à dire : "Un joueur plus lourd ne va pas avoir besoin des mêmes chaussures qu’un autre qui a des appuis très vifs. La question est de savoir quelle paire correspond le mieux pour tel ou tel jeune selon les critères. Il n’y a pas de mauvais modèle de crampons, mais il y a des mauvais couplages. Il faut être bien mariés".

 

Un choix de chaussage également lié au type de surface auquel sera confronté le footballeur. Hybride, synthétique, naturelle ? Pour Sylvain Blanchard, "il n’y a pas de pelouse idéale, qui soit mieux qu’une autre. Nos jeunes devront s’habituer à tester leurs chaussures avant chaque rencontre selon la surface de jeu. C’est totalement possible et réalisable en phase d’échauffement sur un laps de temps de 10-12 minutes, même quand ils joueront à l’extérieur".

Il ne reste plus qu’à sensibiliser les jeunes à cette idée, visant à optimiser la performance et la prévention des blessures. Deux phases d’une même pièce qui peuvent changer beaucoup de choses.

Une suite à l’échelle nationale voire internationale

Ce processus entamé à l’AS Monaco, souhaite se développer à travers les différentes disciplines comme au rugby par exemple, mais aussi et surtout grandir à l’échelle nationale, et même internationale.

Et après ? Une fois que les jeunes de l’Academy de l’AS Monaco auront compris l’importance de cet outil pour leur avenir, que se chausser est bien plus important que d’avoir les crampons de son idole aux pieds. Que va-t-il se passer ? Le but d’une telle démarche ne s’arrête pas à la simple institution de l’ASM, bien au contraire.
Sylvain Blanchard, directeur médical du club se fixe des horizons bien plus lointains : "À travers ce protocole qui concerne toutes les technologies de terrain, il faut former tous les éducateurs à cela pour qu’ils intègrent cette notion dans leur apprentissage, avec ce retour de sensation terrain qui est primordial dans la quête de performance et de prévention des blessures".

Il ne faut plus mettre en opposition les différentes pelouses naturelles, hybrides, ou synthétiques. Mais bien comprendre comment le terrain aura une influence sur la biomécanique du joueur.

Pour ce dernier, le partage de ce processus est important : "Si ça permettait à l’AS Monaco de gagner la Ligue des Champions, on le garderait forcément pour nous (rires). Mais là, ça va au-delà. C’est important d’uniformiser le choix du chaussage pour éviter les blessures, et pouvoir jouer avec et contre les meilleurs".

Prouver scientifiquement le bon fonctionnement

Une volonté d’exposer cela à l’échelle nationale, comme c’est un peu déjà le cas dans le rugby, puisque Philippe Rouch a déjà fait le tour de quelques clubs de Top 14, comme le LOU, le Stade Français, le Racing, ou encore bientôt Montpellier.

Le directeur à l’EPF appuie sa démarche : "Il y a un vrai objectif d’amener cet outil à l’échelle nationale et même internationale. Ce sont des travaux qui sont énormément suivis par la Fifa et World Rugby. Nous sommes en contact avec eux pour faire évoluer les normes. Notamment par le fait de pouvoir avoir accès à l’intégralité des propriétés de chaque terrain selon ces normes. La Ligue de Rugby le fait déjà, et ça aide tout le monde à faire le bon choix".

La suite ? Elle passe par une certaine réussite dans le fait de prouver scientifiquement que ça marche. Des clubs étrangers sont même déjà intéressés, et de nombreux déplacements sont effectués pour promouvoir le processus de chaussage.

Avec comme seul et unique but de faire progresser le niveau de connaissance, et d’avoir le plus beau spectacle possible dans les meilleures conditions.

Photo Dylan Meiffret.

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