"Les duels, j'ai ça dans le sang". Le défenseur de l'AS Monaco Guillermo Maripan se livre avant la "finale" de jeudi en Ligue Europa pour la qualification

Guillermo Maripan s’est confié avant le match capital de jeudi contre l'Etoile Rouge de Belgrade (18h45 au Louis-II) pour la qualification en seizièmes de finale de la Ligue Europa. Une échéance qui n’effraie pas le combatif défenseur central chilien.

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Leandra Iacono Publié le 01/11/2022 à 21:00, mis à jour le 01/11/2022 à 20:39
Guillermo Maripan vit déjà sa quatrième saison à l'AS Monaco. Photo Jean-François Ottonello

Êtes-vous d’accord si l’on dit que Monaco joue une grande partie de sa saison ce jeudi?
C’est une rencontre décisive, charnière. On joue au football pour ce genre de matchs. On a notre destin entre nos mains. Avec une victoire, on est assuré d’avoir la seconde place. On doit prendre ce match avec beaucoup de sérieux pour l’emporter chez nous. Je veux dire aux supporters qu’on va tout donner pour se qualifier. On a besoin de leur soutien. J’espère qu’ils seront nombreux à nous encourager.

Votre tête contre Ferencvaros à 1-1 en fin de match aurait pu tout changer.
Elle n’est vraiment pas passée loin. À ce moment-là, j’étais seulement focalisé sur le fait de l’emporter. Ce sont mes coéquipiers sur le banc qui m’ont rassuré et m’ont dit au coup de sifflet final que le résultat de l’autre match nous était favorable.

Monaco s’était imposé à Belgrade à l’aller (0-1). À quel genre de match vous attendez-vous cette fois?
C’est une équipe qui met beaucoup d’intensité dans son jeu, qui peut jouer dur parfois. Il va falloir être très fort dans les duels, répondre présent défensivement.

Ce n’est pas pour vous déplaire.
J’adore ça. Les duels, j’ai ça dans le sang. J’aime batailler, être dur sur l’homme, imposer ma force et ma grinta surtout lors des matchs à enjeux comme celui-là.

Vous souvenez-vous d’un attaquant avec qui ça a été particulièrement rude?
La saison passée à Eindhoven. Carlos Vinicius. ça a été très chaud. Il y a eu beaucoup de coups, beaucoup d’engagement. ça a été une belle bataille.

Vous êtes du genre à batailler aussi avec les mots?
Pas toujours mais ça peut m’arriver pour essayer de déstabiliser un attaquant. Ça fait partie des armes d’un défenseur (sourire).

Vous essayez d’apporter ce vice à vos coéquipiers?
J’essaie de leur montrer le chemin. Je parle beaucoup avec Axel (Disasi), Benoît (Badiashile) et Malang (Sarr). En tant que défenseurs, on doit rendre la vie la plus difficile possible aux attaquants.

C’est quelque chose qui manque encore à l’ASM?
On peut s’améliorer sur ce point. On doit être capable d’être agressif pendant 90 minutes. On doit faire peur à nos adversaires, leur montrer qu’il n’est jamais facile de nous affronter.

Monaco a besoin d’être dos au mur pour performer. Pourquoi?
Ce n’est pas un problème spécifique à l’AS Monaco. Beaucoup d’équipes sont dans ce cas. On doit gagner en régularité du début à la fin d’un match et d’une rencontre à l’autre. Cela passera par le travail et le bon état d’esprit. Si tu veux être au top du top, tu dois être en mesure d’enchaîner les performances de haut niveau. C’est un cap qu’il nous reste à franchir.

Contre Angers, il a suffi d’une action (la passe en retrait de Jakobs) pour perturber les têtes.
Quand tu offres une possibilité à l’adversaire, tu lui donnes de la confiance. Toi, tu en perds en peu. Les matchs sont faits de ce genre de moments. Il faut apprendre à mieux gérer collectivement ces temps faibles. On a su réagir en deuxième mi-temps et marquer deux buts pour l’emporter.

C’est votre quatrième saison à l’ASM et on a pourtant le sentiment de peu vous connaître. Qui est Guillermo Maripan en dehors du foot?
(Il sourit) Je suis quelqu’un de simple, de très réservé. J’aime mon métier et ma vie est donc centrée autour du football. Je suis très focalisé sur l’entraînement, sur la récupération, sur mon corps, la santé en général, y compris mentale. Évidemment, je suis très proche de mes amis et de ma famille qui viennent me rendre visite régulièrement depuis le Chili. J’aime découvrir la région avec eux, vivre à Monaco.

Avez-vous un endroit fétiche?
J’adore le village d’Eze, me promener à travers les petites ruelles ou au plateau de la justice. La vue est magnifique.

On vous reconnaît?
Un petit peu, mais moins qu’au Chili (rires).

Sous vos airs sérieux, vous pouvez aussi être très déconneur.
Quand le moment le permet, je ne suis pas le dernier pour blaguer ou chambrer mes coéquipiers. J’essaie toujours d’être joyeux, de bonne humeur. A Monaco, je suis heureux et j’essaie de profiter de chaque instant avec mes coéquipiers.

Il y a quelques semaines, Guillermo Maripan prolongeait son contrat d'une saison, jusqu'en 2025 avec Monaco. Photo Jean-François Ottonello.

"On m'a conseillé de me mettre au basket"

Avez-vous toujours rêvé d’être footballeur professionnel?
Oui. Je ne pense qu’à ça depuis mes quatre ans, quand mon père m’a inscrit. À 15 ans, cela devenait trop dur de faire cohabiter le foot et les études. J’ai continué un peu à étudier mais je n’allais plus en cours. ça s’est plutôt bien passé (sourire).

Votre père jouait aussi?
Oui mais comme un fan, pas comme un professionnel. Il regardait surtout les matchs à la télé. Si je n’avais pas été footballeur, j’aurais aimé travailler avec lui. Il a une entreprise de construction de piscines. Je l’accompagnais souvent quand j’étais enfant. Je l’observais creuser la terre, installer les piscines, les remplir. ça me plaisait.

Vous avez des frères et sœurs?
J’ai deux frères et une sœur, tous plus grands que moi. Grâce à ça, j’ai toujours été un peu chouchouté.

A 8 ans, vous rejoignez l’Universidad Catolica.
Je n’en garde que des bons souvenirs. J’y ai fait toutes mes armes jusqu’à mes 23 ans et mon départ pou r l’Espagne. Je garde beaucoup d’affection pour ce club et tous les gens que j’ai rencontrés là-bas. Je me suis construit en tant qu’homme et en tant que footballeur.

Avez-vous douté durant votre formation ou tout a été très linéaire?
Autour de mes 15-16 ans, le club a eu des gros doutes sur ma capacité à devenir professionnel. Il a hésité à me proposer un contrat. On était plus proche du non que du oui. J’avais grandi très vite et j’avais des soucis de coordination. On m’a même conseillé de faire du basket-ball. C’est un ou deux ans plus tard que tout a changé. Je suis devenu plus fort, je me déplaçais mieux. A 18 ans, j’étais sélectionné avec les U20 du Chili.

C’est là que vous avez compris qu’il faudrait travailler plus dur que les autres?
C’est grâce à mes parents. Ils avaient le recul nécessaire. A 15 ans, il est difficile de tout comprendre, de tout analyser. Ils m’ont toujours dit de bosser deux fois plus. Leurs conseils me suivent toujours aujourd’hui. Je m’en suis servi à plusieurs reprises dans ma carrière comme les premiers mois avec Niko Kovac où je ne jouais pas.

Quitter le club de votre enfance pour partir en Europe n’a pas dû être facile.
En effet, ça a été très dur au début. À Santiago de Chili, je vivais dans un cocon, entouré de mes proches, de mes amis. En Espagne, je me suis retrouvé tout seul du jour au lendemain. ça a été un petit choc. Il n’y avait personne pour me tenir compagnie, assister à mes matchs depuis le stade. C’était nouveau pour moi. J’ai appris à vivre différemment. J’ai découvert aussi un football plus intense avec des joueurs plus forts, plus rapides qu’au Chili. Les deux premiers mois, je n’ai pas joué. Physiquement, j’ai pris une claque. J’étais inférieur aux autres défenseurs. J’ai passé beaucoup de temps à la salle pour gagner en muscles, notamment au niveau des jambes et combler mon retard.

Vous aviez d’autres possibilités qu’Alavès?
Six mois avant, j’avais eu l’occasion d’aller en Italie. Des clubs allemands et espagnols m’ont sollicité en même temps qu’Alavès mais mon choix a été facile parce que le Deportivo me suivait depuis longtemps. C’était le bon moment pour faire le grand saut. Je me sentais prêt.

Plus jeune, qui étaient vos modèles?
L’Italien Alessandro Nesta et le Brésilien Lucio. Nesta parce que j’adorais sa façon élégante de défendre, la justesse de ses tacles, sa passion. Lucio pour sa présence dans les duels aériens et son aisance balle au pied.

Vous aimez regarder le foot à la télé?
Oui, beaucoup. Je regarde de tout. La Ligue des Champions, la Ligue 1 mais aussi les championnats du Chili, d’Argentine, du Brésil pour mes amis qui y jouent encore.

Qui est pour vous le meilleur joueur du monde?
Messi. C’est très difficile de défendre contre lui. Il sait tout faire. Il a une variété énorme dans ses dribbles, ses feintes et ses passes.

Vous êtes l’un des défenseurs d’Europe qui marquent le plus de buts.
J’aime participer au jeu offensif. Marquer est un sentiment incroyable. J’ai eu la chance de connaître ce sentiment plusieurs fois ces dernières saisons (11 buts avec l’ASM). Je pense que mon expérience de défenseur me permet de mieux appréhender où me placer et où je peux faire la différence.

À choisir, vous préférez un but ou un sauvetage sur la ligne?
Le sauvetage, sans hésiter.

Vous avez 28 ans. Où en êtes-vous par rapport à vos rêves d’enfant?
Je suis là où je voulais être. Dans un bon club, dans un bon championnat, dans la sélection chilienne. Je me sens épanoui. Il y a bien sûr des petits objectifs que j’aimerais encore aller chercher mais je suis sûr qu’ils viendront rapidement.

À quoi pensez-vous?
(Il hésite) Je préfère les garder pour moi.

Où vous voyez-vous dans le futur?
Je n’y pense pas trop. Je me concentre sur le moment présent. Mais je suis persuadé qu’il n’y a que du positif qui m’attend.

Guillermo Maripan s'épanouit à l'ASM. Photo Jean-François Ottonello.

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