"Le potentiel pour faire mieux". Le directeur sportif Paul Mitchell fait un premier bilan du début de saison de l'AS Monaco

Le directeur sportif Paul Mitchell a profité de la trêve pour nous recevoir mercredi dans son bureau du Centre de Performance et dresser un premier bilan d’étape de la saison monégasque.

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Leandra Iacono Publié le 29/09/2022 à 21:30, mis à jour le 29/09/2022 à 20:13
Très courtisé, le directeur sportif de l'AS Monaco Paul Mitchell est concentré à 100% sur sa mission à l'AS Monaco Photo Cyril Dodergny

Comment évaluez-vous le début de saison de l’ASM?
Avec le coach, le directeur de la performance et toutes les autres composantes du club, on a tout analysé à partir de la pré-saison jusqu’au dernier match. On en est venu à la conclusion que nos débuts étaient entre ‘okay’et ‘solides’, principalement parce qu’on a probablement hérité du calendrier le plus difficile de L1. Bien sûr, on a eu des matchs délicats mais on a aussi dû faire face, comme d’autres clubs à certaines décisions arbitrales litigieuses.

On n’a pas encore vraiment vu le style de jeu très offensif promis cet été.
Le manque de régularité dans les résultats et dans le jeu ternit un peu notre début de saison. On est tous conscient que ce groupe a le potentiel pour faire beaucoup mieux. Notre identité de jeu, on l’a vue sur certaines séquences contre Strasbourg ou récemment contre le Stade de Reims. On a montré toutes nos qualités contre Paris. Mais entre-temps, on a aussi eu des périodes de moins bien comme la défaite en Ligue Europa (1-0 contre Ferencvaros) ou celle contre Troyes (revers 2-4) à la maison. Je vois la direction qu’on est en train de prendre dans le jeu, et c’est très positif. J’insiste mais notre réussite passera par plus de consistance et c’est ce que j’attends du groupe dans les prochaines semaines.

Parlons des recrues. Etes-vous satisfait de leur rendement?
Je dois admettre que toutes ne me donnent pas le même degré de satisfaction. Même sans jouer, Thomas Didillon a un impact très positif depuis son arrivée. Il a amené son professionnalisme, une vraie énergie et je crois que c’est très bénéfique pour Alex Nübel et pour le jeune Yann Liénard qui a énormément progressé ces dernières semaines. Breel Embolo a été très bon, très efficace.  ll s’est adapté de façon fulgurante à la physicalité et aux exigences du football français. Mo Camara est rapidement devenu un joueur très important de notre équipe. Tout le monde a été surpris par son leadership et sa capacité à 22 ans à s’adapter à notre style de jeu et même à dicter le tempo du match. Malang Sarr  a réalisé des prestations très solides, montré de belles qualités, à un poste où il était important que Chrislain Matsima parte en prêt pour s’aguerrir et obtenir des minutes de jeu. On est excité de voir jusqu’où son voyage avec nous peut le mener. Takumi Minamino est celui qui a le plus de mal à s'intégrer pour le moment. Il faut être patient. J'espère que son but contre Reims en amènera plein d'autres.

Comment expliquer ses difficultés ?
C’est paradoxal car il est le joueur le plus âgé de cette liste. Il a besoin d’un peu plus de temps pour s’intégrer à l’exigence tactique et la physicalité de la L1 et de notre jeu. Il doit s’acclimater mentalement et physiquement. Il a besoin de rythme. On sait que c’est un bon joueur. Il a brillé à Salzbourg, a une grosse expérience en Ligue des Champions, vient de Liverpool où il a marqué des buts importants et Jürgen Klopp a toujours eu des mots très élogieux à son propos. On travaille à lui redonner ce relâchement qui manque actuellement à son jeu. Il a 27 ans, il arrive au pic de sa carrière, il n’y a aucun doute sur ses capacités.

"Vanderson? Difficile de ne pas être distrait"

À l’inverse, Vanderson semble moins bien après six premiers mois impressionnants.
Ses performances ont pu faire oublier qu’il est encore un jeune homme (21 ans). De très gros clubs aimeraient s’attacher ses services. Quand un joueur performe comme Vandi l’a fait après seulement six mois en Europe, on reçoit des appels. C’est sans doute difficile de ne pas être distrait. C’est un super joueur qui aura assurément une grande carrière. Au même titre qu’on doit aider un joueur de 27 ans comme Taki dans son acclimatation, on doit aider un joueur de 21 ans comme Vandi à rester concentré, à améliorer tout ce qui peut l’être.

 

Axel Disasi a été sollicité par le PSG mais lui n'a pas eu l'air d'être perturbé!
C'est très difficile d'évoluer dans le football aujourd'hui parce qu'il y a tellement de bruits, de rumeurs que les joueurs ne semblent jamais avoir la possibilité de respirer. Axel a grandi petit à petit en tant que joueur et en tant qu'homme. Il est plus mature. On le voit à sa façon de s'exprimer en interview. A son arrivée, il était très irrégulier. Les critiques étaient selon moi trop sévères. Aujourd'hui, il culmine à un très haut niveau de performance. Je dirais que Vanderson est dans ce même processus d'apprentissage.

Paul Mitchell et Youssouf Fofana pour le centième match de ce dernier avec l'ASM. Photo Jean-François Ottonello.

Qu’avez-vous pensé des débuts de Badiashile et Fofana en Bleus?
Ils nous ont rendus extrêmement fiers. Ils ont eu un vrai impact. Quand vous avez la chance d’être appelé en équipe nationale, c’est votre moment. C’est une audition pour convaincre votre coach, vos coéquipiers. Après le match contre le stade de Reims, je leur ai dit de rester eux-mêmes, de prouver leurs qualités mais surtout de profiter et je crois qu’ils ont montré leur personnalité sur le terrain mais aussi en dehors.

Qu’est-ce que cela représente pour le club?
Beaucoup. Développer des joueurs pour l’équipe de France a toujours été dans l’ADN de l’AS Monaco, ça fait partie de son histoire. Je crois que le club s’est un peu perdu en chemin de ce côté-là et on travaille depuis deux ans sans relâche pour renouer avec cette tradition, faire de Monaco une rampe de lancement pour les joueurs français les plus talentueux. Lors de cette trêve internationale, on a eu 15 préconvocations dans les équipes de jeunes, un record depuis mon arrivée ici, et 7 ont été sélectionnés. On voit qu’on est sur le bon chemin.

Il va falloir batailler pour les garder!
(rires) Que vous soyez le plus grand club du monde ou un des plus petits, il est toujours compliqué de conserver ses meilleurs éléments. Nous, on veut des joueurs ambitieux car leur ambition est aussi la nôtre. Si les autres clubs sont intéressés par nos joueurs, cela veut dire qu’on performe.

En revanche, Ben Yedder n’a pas été appelé.
Il n’avait pas encore marqué au moment de la liste. Il y a deux saisons, il était quasiment dans la même situation et il avait suffi d’un seul but pour le faire décoller. Wissam a faim de buts, il ne pense qu’à ça. Quand vous le voyez à l’entraînement, son talent, son énergie, son réalisme ne l’ont pas quitté. Il a 32 ans, il faut le gérer prudemment. Son état d’esprit est bon. Vous l’avez vu à l’inauguration du Centre de Performance juste après le match contre Nice, au Tour Kids aussi. Il était avenant, heureux d’être là. La porte en équipe de France n’est pas fermée. On la connaît, il peut être gagné par la frustration, la colère quand il ne marque pas.

 

Ca vous plaît, non?
J’adore ça. Quand j’étais à Tottenham, Harry Kane ne marquait jamais un but en août. Tout le monde ne parlait que de ça. Je peux vous dire que dans le caractère, ce n’était pas le même joueur avant et après son premier but. C’est la marque des grands buteurs, et Wissam en fait partie.

Le prolonger est-il une priorité et qu’en est-il des autres cadres dont le contrat expire en 2024?
Wissam Ben Yedder est un joueur qu’on respecte beaucoup. Il arrive à une certaine étape de sa carrière. Il a peut-être d’autres ambitions. On est ouvert à la discussion. Il faudra que cela fonctionne pour toutes les parties. De manière générale, on est un club ambitieux, on aura toujours la volonté de garder nos meilleurs joueurs (Maripan a prolongé ce jeudi d’une saison jusqu’en 2025). Le dialogue est permanent.

"Un intérêt de Chelsea? Vous me l'apprenez"

Le prêt d’Alexander Nübel prend fin en juin prochain. Le club va-t-il chercher à le conserver?
On voit dans ses récentes performances qu’il est plus relâché, un peu comme quand il jouait à Schalke 04. Il apprécie de vivre ici, jouer ici. Il aime les infrastructures, le niveau d’entraînement qui lui est proposé. Il se sent bien. C’est une base importante pour toutes les autres choses qui pourraient arriver dans le futur.

Chelsea cherche un directeur sportif et il paraît que vous êtes sur la short-list.
Vous me l’apprenez (rires).

C’est une opportunité difficile à refuser!
Honnêtement, travailler ici à l’ASM est une opportunité unique. Je suis heureux. C’est toujours sympa d’être lié à des clubs de ce calibre. C’est un compliment pour tous les gens qui travaillent ici. Mais nous avons encore du boulot et c’est ce sur quoi je me concentre chaque jour. J’ai toujours dit que tant que la confiance du président Dmitri Rybolovlev et les conditions étaient les mêmes qu’à ma signature il y a deux ans, je resterai toujours concentré sur la mission qu’il m’a fixée. Si ça devait changer pour quelque raison que ce soit, alors bien sûr cela modifierait la donne.

Vous avez aussi été évoqué du côté de Nice au regard de vos bonnes relations avec Dave Brailsford.
(rires) Je ne le connaissais pas avant d’être à Monaco. On s’est rencontré lors du forum P8 (une rencontre des plus grands managers sportifs en février dernier au Centre de Performance). Il y était au même titre que Toto Wolff ou Arsène Wenger. On a partagé un repas. Monaco est un petit pays, ce n’est pas facile d’éviter les gens (rires), on s’est donc rencontré plusieurs fois par hasard au restaurant. On a appris à se connaître. On est de bons amis. C’est un homme brillant, qui a fait des choses assez impressionnantes dans le cyclisme. Il essaie de construire un nouveau projet à Nice, repartir d’en bas un peu comme ce qu’on a fait ici. Je peux donc comprendre qu’on fasse des rapprochements faciles (sourire).

 

Il n’y a donc aucune chance que vous partiez cette saison?
(rires). En football, vous ne pouvez jamais dire jamais mais comme je vous l’ai dit, je suis 100% concentré sur notre ambition de faire une belle saison et de continuer à développer nos joueurs.

Où pensez-vous pouvoir encore amener l’AS Monaco?
J’aimerais voir encore plus de joueurs issus de l’Academy dans notre équipe première et encore plus de joueurs de chez nous en sélection. J’ai hâte de voir jusqu’où cette équipe peut aller dans les deux ans à venir. Avoir de tels résultats (deux podiums) avec une équipe aussi jeune, c’est un bel accomplissement. Mais on peut tirer encore plus de ce groupe. Je ne mets pas de plafond de verre sur nos ambitions, on doit rester humble mais continuer à pousser.

L’ASM vise le podium chaque saison, la C1, mais n’a pas mis plus de 15 millions sur un joueur cet été. N’y a-t-il pas un décalage?
Depuis que je suis ici, je crois qu’on est seulement le cinquième club de L1 en termes de dépenses. C’est un challenge supplémentaire mais ce n’est pas une frustration. On l’a accepté. On se devait d’adopter un modèle de recrutement plus stable et durable, moins clinquant. Je comprends que ça puisse être frustrant pour nos supporters qui aimeraient que de grands noms rejoignent le club. Il faut être clair. Il y a un historique à prendre en compte. Je ne suis pas seulement le ‘gardien’ de nos résultats sportifs mais aussi de la bonne santé de toute notre organisation. On ne peut pas se détourner de cette responsabilité.

C'est un challenge plus excitant que d'être dans un club qui joue la gagne en Champions League et dispose de moyens financiers presque illimités?
On me l'a souvent demandé ces derniers temps. Mon CV montre que je suis un homme de projets. Autour de moi, tout le monde sait qu'après une défaite, je ne suis pas la personne la plus agréable avec qui passer un moment. Je veux toujours gagner, mais c'est aussi une question de contexte. Vous l'avez dit, on ne dépense pas autant que d'autres équipes mais on a des ambitions similaires. Or performer comme on l'a fait ces deux dernières saisons dans le contexte qui est le nôtre est une victoire. Mais si je devais travailler pour quelqu'un qui veut seulement gagner et rien d'autre, je pense que j'en serai également capable. 

Paul Mitchell lors de la présentation de Malang Sarr. Photo Cyril Dodergny.

"Être malin, innover, trouver de nouveaux chemins"

Vous avez dit dans une interview à l'Equipe vouloir réduire l'écart avec le PSG. Comment?
J'ai fait partie d'un challenge similaire auparavant quand j'ai rejoint Tottenham qui était plutôt un club de milieu de tableau de Premier League. L'idée était d'accrocher le top 4 et au final, on a échoué à presque rien de remporter le championnat. Pareil avec Leipzig où on a toujours essayé de concurrencer le Bayern Munich. Comme on ne peut pas rivaliser au niveau des investissements, il faut être malin, innover, trouver d'autres chemins. Il faut se challenger chaque jour, c'est pourquoi on est beaucoup dans l'analyse de tout ce qu'on peut améliorer pour combler cet écart. Ca ne sera pas facile, les sommes d'argent que Paris dépense lui permettent de créer cette différence avec les autres équipes françaises. Mais on a prouvé en devenant champion (2016-2017) et Lille encore plus récemment que c'était possible. 

La Coupe du monde va arriver très vite. Comment vous y préparez-vous?
On ne sait pas trop à quoi s'attendre. Bien sûr, on a déjà planifié en interne ce à quoi ressemblera le break pour nous, combien de temps on donnera aux joueurs, combien de semaines de travail, de matchs amicaux nous aurons besoin pour être le mieux préparés pour le premier match de la seconde partie de la saison fin décembre. Il faudra être très flexible car on ne sait pas combien de joueurs vont partir à la Coupe du monde, dans quel état physique ils seront en revenant. On ne changera pas notre façon de faire sur le marché des transferts. S'il y a une opportunité de faire venir un joueur de qualité comme Vanderson en janvier dernier, alors on ne se privera pas. 

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