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Le petit Français

Recrue tardive du mercato d’hiver, l’international portugais Adrien Silva a la particularité d’être né en France. Pour le natif d’Angoulême, jouer en Ligue 1 revêt une saveur particulière

Mathieu Faure Publié le 08/02/2019 à 10:00, mis à jour le 08/02/2019 à 10:00
Adrien Silva face à Toulouse pour ses débuts avec l’AS Monaco et en 2016 après le sacre du Portugal lors de l’Euro (en haut).
Adrien Silva face à Toulouse pour ses débuts avec l’AS Monaco et en 2016 après le sacre du Portugal lors de l’Euro (en haut). Cyril Dodergny et AFP

C’est un champion d’Europe atypique qui a rejoint l’AS Monaco en toute fin de mercato. Vainqueur de l’Euro 2016 avec le Portugal, Adrien Silva, 29 ans, a la particularité de très bien connaître Leonardo Jardim depuis leur collaboration au Sporting CP (2013-2014) mais surtout d’avoir vu le jour... en France.

Né le 15 mars 1989 à Angoulême d’un père lusitanien et d’une mère française, l’actuel milieu de terrain de l’ASM a grandi à Blanquefort, en Gironde. Sur place, il se passionne pour le football avec son grand frère, Jérémy. Les deux frangins rentrent d’ailleurs au centre de formation des Girondins de Bordeaux où ils côtoient un certain Mathieu Valbuena. « Nos pères jouaient dans la même équipe, se rappelle Adrien Silva dans les colonnes du Parisien en 2015. Mon grand frère, Mathieu, et moi étions licenciés aux Girondins de Bordeaux. J’ai pu croiser Zidane et Pauleta. »

Mais en 2001 la famille Silva décide de migrer au Portugal où son père, qui bosse dans une entreprise d’aéronautique, est appelé pour diriger une usine française à Arcos de Valdevez tout au nord du pays. Adrien file sur ses 12 ans et se retrouve loin de ses amis français et ne parle pas un mot de portugais.

Le dépaysement est brutal.

 

Du coup, il prend des cours en accéléré et s’inscrit au club de football local de Paçô. Il n’en faut pas plus pour que le Sporting CP le repère. Seule ombre au tableau, la distance, car Lisbonne est située à 450 kilomètres du domicile familial. Mais la famille laisse partir le chérubin qui fait vite ses classes chez les Lions. Au milieu, il régale mais sort surtout du lot par son abnégation. Dans les colonnes de la Charente Libre, Jorge, le grand-père confirme la tendance : « Il est comme moi. Et comme son père. C’est un teckel. Il ne lâche jamais rien. C’est lui le patron du milieu de terrain. »

A Lisbonne, le jeune milieu de terrain poursuit son apprentissage et intègre même la sélection portugaise dès 16 ans. Sa vista, son calme et sa capacité à dicter le rythme font de lui un capitaine en puissance, ce qu’il sera chez les moins de 17, 18, 19 et 20 ans, puis des Espoirs. Après des prêts au Maccabi Haïfa (D 1 Israélienne) et à l’Academica Coimbra (D 1 portugaise), cet amoureux de Steven Gerrard revient finalement au Sporting en 2012 pour y devenir un titulaire indiscutable. Deux ans plus tard, le voilà appelé en équipe nationale. Le hasard est culotté et voilà que se profile un amical contre la France, en octobre, au Stade de France. « Je n’avais jamais connu une pareille sensation de toute ma carrière, aller au match au Stade de France, mais elle sera sans doute décuplée si je démarre titulaire dans mon stade. Comme d’habitude en sélection, j’avais entonné l’hymne portugais, puis, au moment de la Marseillaise, je l’avais chantée dans ma tête », se rappelle-t-il en 2015 dans les colonnes du Parisien.

D’ailleurs, comment se fait-il que ce milieu travailleur, plutôt élégant balle au pied, n’est jamais été dans le viseur de l’équipe de France ? « La France a une grande place dans mon cœur, mais je vis à Lisbonne depuis quatorze ans, ma femme est portugaise et mon fils aussi. Aujourd’hui, je me sens plus portugais », avoue-t-il simplement. Mais entre l’Hexagone et Adrien Silva, le lien n’a jamais été rompu. Son frère habite dans le Nord, à Valenciennes, où il exerce en tant que kinésithérapeute. Durant l’été 2015, Monaco avait déjà sondé le joueur pour renforcer son milieu de terrain. Ce n’est que partie remise.

Il faut dire qu’un transfert du milieu n’est jamais chose simple. L’été dernier, alors que Leicester et le Sporting sont tombés d’accord sur une indemnité, le transfert tombe à l’eau - bloqué par la FIFA - car les derniers documents officiels sont parvenus avec... 14 secondes de retard sur la fin de la fenêtre du mercato d’été. Adrien Silva va passer six mois sur le carreau à Lisbonne avant de rejoindre Leicester en janvier 2018. Malgré tout, Claude Puel ne compte pas vraiment sur lui et le Portugais joue peu (21 matches en un an dont seulement 5 en 2018/2019). Alors quand l’idée d’un échange avec Youri Tielemans voit le jour dans les dernières heures du mercato, tout le monde y trouve son compte. A commencer par Adrien Silva qui va évoluer pour la première fois en professionnel dans son pays de naissance. A 30 ans. L’histoire est belle.

Offre numérique MM+

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