“Rhôooooooooo!”

Vous utilisez un AdBlock?! :)

Vous pouvez le désactiver juste pour ce site parce que la pub permet à la presse de vivre.

Et nous, on s'engage à réduire les formats publicitaires ressentis comme intrusifs.

Je veux bien mais j'ai la freebox

Connectez-vous

pour sauvegarder mes filtres et personnaliser mon flux

continuer sa lecture

lire le journal

Découvrez l’offre abonnés numérique > J’en profite

La mémoire et l'éléphant

Mis à jour le 05/02/2016 à 05:01 Publié le 05/02/2016 à 05:01
Je découvre la nouvelle offre abonnés

La mémoire et l'éléphant

Demain, Monaco (2e) - Nice (3e) se jouera au sommet. Il y a 38 ans que le derby n'était pas monté si haut. Le 11 fevrier 1978 : l'ASM, 3e, recevait le Gym, leader du championnat

La France grelotte. Nous sommes le samedi 11 février 1978 et la vague de froid qui s'abat sur l'Europe n'a pas épargné la Côte d'Azur. Plusieurs routes du haut pays sont coupées. Isola 2000 est inaccessible et des chutes de neige sont attendues en basse altitude. A la Une de Nice-Matin, les intempéries ont poussé le foot en bas de page. Dommage, l'affiche est excitante. Monaco-Nice : le troisième face au leader. Nice-Matin titre : ''Un derby au sommet''. L'Equipe opte pour ''Monaco-Nice à la roulette ?'' Les voisins n'ont jamais été aussi proches. 35 points pour le Gym. 34 pour l'ASM, devancée par Nantes (2e) au goal-average.

Un promu qui promet

Pour la France du foot, l'OGCN est l'équipe à battre. Elle fait des dégâts, des victimes, des jaloux. Elle est romantique, irrésistible, fantasque. On dit aussi qu'elle supporte mal l'hiver. C'est vrai. Monaco, c'est autre chose. Le club arrive de deuxième division. C'est un promu qui tient ses promesses. Un vent frais sur le championnat. A 11 journées du verdict, Monaco est toujours là. Dans le trio de tête. Sans faire de bruit. Et pour cause : l'ASM descend ses adversaires avec un silencieux. Le plus souvent, c'est Delio Onnis qui tient le revolver. Problème : aujourd'hui l'attaquant est blessé. Baratelli peut dormir sur ses deux oreilles : l'Argentin est son cauchemar.

«Son absence complique pas mal de choses», avoue le coach monégasque Lucien Leduc dans un avant-match sage comme une image. Normal: les joueurs des deux formations se connaissent par cœur. Certains se croisent en équipe de France, d'autres dans les restaurants à la mode.

«Entre nous, il y avait plus de respect que de rivalité», souffle aujourd'hui Jean-Noël Huck qui cible Marseille ou Bastia comme ennemis d'hier. «On s'entendait bien. Les supporters s'allumaient. C'est eux qui faisaient le derby. Mais on était loin d'un Saint-Etienne-Lyon», confirme Jean Petit.

Pas de risque: on est entre gens bien élevés. La veille, Monégasques et Niçois ont dormi chez eux. En famille. Pas de mise au vert. Le sommet de la D1 s'approche tranquillement.

Le matin, sur la Promenade des Anglais comme sur le Rocher, on se plonge dans les pages sports de Nice-Matin pour dévorer l'article de Julien Giarrizzi. Il signe JG. Ce sont les initiales les plus recherchées de la Côte. Les plus connues aussi. Ses articles ne se lisent pas, ils se dégustent. Julien est un chef cinq étoiles. Un artiste. Grâce à lui, le football devient poétique, romanesque, merveilleux.

Les barrissements de Bouna

La rencontre ne va plus tarder. Il fait nuit. Il fait froid. Une température à ne pas mettre un supporter dehors. Même avec un col roulé et un pantalon en velours côtelé. D'ailleurs, le stade n'a pas fait le plein. Tout juste 6 000 spectateurs. Le Louis-II en contient le double. On parle là de l'ancien Louis-II. Celui qui abritait un zoo et son éléphant nommé Bouna dont les barrissements couvraient parfois les coups de sifflets de l'arbitre. Celui où les défenseurs, pour gagner du temps, pouvaient dégager le ballon dans le port. Il avait du cachet ce stade ! Un style rococo. L'équipe qui habitait à l'intérieur n'avait pourtant rien de suranné.

On ne se souvient plus si la sono avait crachoté Ti amo d'Umberto Tozzi alors en tête du hit-parade ou si le Prince Albert, qui allait sur ses 20 ans, était dans la loge avec son père, le Prince Rainier.

Sûrement.

Le match ne passe pas à la télé. Pierre Cangioni attend les images pour Téléfoot diffusé après le Top à Carlos de Maritie et Gilbert Carpentier sur la première chaîne.

Sur le pré, pas de big bisou. Les défenseurs ne portent pas des chemises à fleurs. Correa, Gardon, Courbis, Vitalis d'un côté, Ascery, Zambelli, Katalinski, Barraja de l'autre : on n'est pas à une assemblée de bouddhistes. A tout moment, il peut y avoir du grabuge. Parce que ces gars-là, quand ils mettent le pinceau, c'est rarement pour faire une œuvre d'art. Ou alors Guernica. Mais ils l'ont promis : pas de boucherie entre amis. Les vingt premières minutes sont engagées. Et engageantes. Monaco a la possession. Nice a des possibilités.

Le leader s'appelle Monaco

Dalger cherche la lucarne et trouve Baratelli. A côté du goal volant, Spiderman est un pachyderme. Barraja répond sur coup franc. La balle obus passe juste au-dessus. A la demi-heure, c'est le but. Dalger centre. Gudimard (qui remplace Onnis devant) reprend. Transversale. Petit termine le travail. Ettori fait, lui aussi, son job en se jetant dans les pieds de Bjekovic.

A la mi-temps, Monaco est devant. C'est mérité.

Le Gym revient sans Huck (adducteurs en marmelade) mais avec d'autres intentions. ça pousse, ça presse. Nice attaque. Ettori fait le show. Toko et Bjekovic ont connu des jours meilleurs. Katalinski monte. Le défenseur yougoslave est remonté. Il frappe. Une fois, deux fois, trois fois. ça ne veut pas. Le Gym force son jeu. Il manque l'étincelle. L'efficacité est dans l'autre camp. Gudimard, de la tête, plie l'affaire : 2-0. A lui le mot de la faim.

Monaco en voulait.

Nice peut s'en vouloir.

Dans le petit vestiaire des vainqueurs, on regarde plus loin. « Je crois que nous avons signé notre maintien. Désormais, nous pouvons croire à une place en Coupe d'Europe... », ose Lucien Leduc. Le président Campora est du même avis.

En face, les Niçois font la gueule. Ils étaient premiers, ils sont troisièmes (35 pts). Le nouveau leader s'appelle Monaco (36 pts). Nantes, tenu en échec à Bastia (0-0), est deuxième (35 pts).

Petite précision : à l'époque, la victoire ne rapportait que deux points.

«Les Monégasques nous ont montré comment il fallait jouer et se battre quand on vise le titre de champion de France», souffle Katalinski, qui n'est pas homme à maquiller ses pensées. Le Gym vient de perdre le derby, le championnat, Huck (adducteurs) et Guillou (hématome à un pied). Le retour en bus a des airs de convoi mortuaire.

Nice pleure, Monaco rit. C'est le titre de l'un des papiers de Julien Giarrizzi dans Nice-Matin. JG écrit: «L'ASM n'en finit plus de faire des pieds de nez au football français. On pensait que cette formation qui vit les pieds dans l'eau craindrait les terrains humides. Elle ne perd plus un match depuis que la France est sous le froid et la pluie.»

Sacré Julien. Pas besoin de lire entre les lignes pour comprendre qu'il a tout compris. Il nous donne en février le nom du champion. Trois mois et onze matchs plus tard, Monaco décroche le troisième titre de son histoire. Le Gym termine 8e à douze longueurs de son voisin. Les Niçois prendront une petite revanche en Coupe de France, éliminant Monaco (1-0, 1-1) en demi-finale.

38 ans ont passé.

Il n'y a plus de zoo, plus de Bouna, plus de ''vieux'' Louis-II. Katalinski est mort, Courbis est entraîneur, Giarrizzi est à la retraite.

38 ans ont passé.

Reste la mémoire et le souvenir d'un éléphant.

Offre numérique MM+

...


commentaires

Les insultes, les attaques personnelles, les agressions n'ont pas leur place dans notre espace de commentaires.
Tout contenu contraire à la loi (incitation à la haine raciale, diffamation...) peut donner suite à des poursuites pénales.