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"Je m'ouvre davantage aux autres": le joueur de l'AS Monaco Gelson Martins se livre avant le choc de samedi contre Lyon

A l'AS Monaco depuis bientôt trois ans, l’ailier portugais de 26 ans a connu « des hauts et des bas » sur le Rocher. Timide, il a forcé sa nature pour se raconter avant le choc de samedi contre Lyon (21h).

Leandra Iacono Publié le 15/10/2021 à 10:27, mis à jour le 15/10/2021 à 10:27
Gelson Martins. Photo Jean-François Ottonello

Il y a deux gros matchs à l’extérieur qui se profilent contre Lyon et le PSV Eindhoven. Comment les abordez-vous?
La trêve nous a permis de bien recharger les batteries. Des matchs très difficiles nous attendent, même s’il n’y a jamais de rencontres faciles. On sait qu’on va encore enchaîner beaucoup de matchs en très peu de temps. Mais nous sommes prêts.

On l’a vu l’an passé, les matchs contre Lyon sont toujours un peu électriques. Vous ressentez cette nouvelle rivalité?
Jouer contre l’OL est toujours spécial. L’an dernier, c’était intense, physique. L’ambiance était bouillante comme ça arrive parfois dans le foot. Je suis certain qu’ils seront très bien préparés, mais nous aussi. On a à cœur de faire une belle prestation.

L’équipe devra notamment faire sans Tchouameni. Est-ce que ça peut peser sur la rencontre?
C’est un joueur très important pour nous, c’est vrai. Il est en train de monter petit à petit au plus haut niveau. Il est très très fort. Je n’ai aucun doute qu’il va devenir un très grand joueur. Ce serait un manque pour n’importe quelle équipe de ne pas compter sur lui. Mais on a d’autres très bons joueurs au sein de l’effectif. Ils sauront faire le boulot, je ne me fais pas de soucis.

À l’arrivée de Niko Kovac, vous avez d’abord peu joué avant de devenir l’un des hommes forts de l’équipe. Que vous a-t-il demandé de changer?
Au début, quand il est arrivé, il ne me connaissait pas. Je jouais moins mais il m’a beaucoup parlé. Généralement, les joueurs à vocation offensive n’aiment pas trop défendre. Niko Kovac m’a fait comprendre que c’était nécessaire. Le football, ce n’est pas seulement attaquer. Il fallait que je force un peu ma nature, que je travaille encore plus dur aux entraînements et que je sois plus agressif en match. Je me suis mis au diapason de l’équipe, j’ai cherché à l’aider encore plus. Ça a payé.

 

Il vous réclame sensiblement la même chose que Diego Simeone à l’Atletico Madrid, et pourtant là-bas, ça n’a pas marché. Pourquoi?
Niko Kovac m’a laissé du temps et l’opportunité de me montrer. Il m’a parlé, m’a montré la voie. Ça a été un déclic pour moi. J’ai senti qu’il me donnait sa confiance et ça m’a permis de me libérer.

"Ma suspension m'a fait grandir"

Vous marchez à l’affectif?
Je suis quelqu’un de très timide. Parfois, ça donne l’impression à certains que je suis sûr de moi. Mais c’est plutôt l’inverse. J’ai besoin de sentir la confiance de mon entraîneur pour la redonner de la meilleure des manières sur le terrain.

Une critique revient souvent à votre sujet: votre manque d’efficacité…
J’en suis conscient. Tous les jours à l’entraînement, je travaille pour m’améliorer. Le staff m’aide en ce sens.

Quel bilan faites-vous de vos deux années et demie à l’AS Monaco?
Il y a eu des hauts et des bas. J’ai mis un peu de temps à m’adapter au club, à trouver mon équilibre mais aujourd’hui j’ai le sentiment d’être pleinement intégré. J’ai une très bonne relation avec mes coéquipiers. C’est du coup plus facile pour moi de m’exprimer sur le terrain.

Il y a eu votre longue suspension*, le Covid... Est-ce que ces mois sans jouer ont modifié votre façon d’appréhender le football?
Ça a changé énormément de choses dans ma vie de footballeur mais aussi dans ma vie personnelle. J’ai commencé à voir les choses d’une manière totalement différente. Ça a été une période extrêmement difficile pour moi mais j’étais obligé d’aller de l’avant. Ça m’a fait grandir. Évidemment, j’aurais préféré ne pas devoir en passer par là, mais il faut tirer le positif de chaque situation.

 

Quelle est votre place dans le vestiaire de l’AS Monaco?
La première année, ça a été très difficile. Je ne parlais quasiment pas (rires). Aujourd’hui, je peux dire que je suis totalement différent. Je suis toujours en train de faire des blagues, de chambrer. Je ne suis toujours pas celui qui parle le plus mais dès que je peux taquiner un coéquipier, je le fais (rires).

Il paraît que vous êtes très ami avec Golovin?
On est toujours ensemble. On parle beaucoup. C’est drôle parce que quand je suis arrivé, je ne parlais pas anglais et lui, c’était la seule langue qu’il connaissait. Le français était compliqué pour tous les deux. Et pourtant, on a tout de suite réussi à communiquer. Je ne sais pas comment l’expliquer mais notre amitié est très forte (rires).

À 26 ans, comment voyez-vous la suite de votre carrière?
Je ne suis pas vraiment du genre à planifier le futur. Ce qui m’importe, c’est plutôt le moment présent. Je veux faire les choses bien à Monaco, donner le maximum pour aider le club et on verra bien ce qui se passera ensuite pour moi.


* Coupable d’avoir bousculé l’arbitre Mickaël Lesage, il avait écopé de six mois de suspension en mars 2020.

Gelson Martins va bientôt fêter sa troisième année sous les couleurs de l'AS Monaco. Photo Jean-François Ottonello.

Vous souvenez-vous de ce que vous avez ressenti la première fois que vous avez été appelé en équipe du Portugal?
Ça a été une sensation unique. Pour tout joueur, c’est une fierté de représenter son pays. C’est un moment très fort dont je me rappellerai toute ma vie.

Vous n’avez plus été sélectionné depuis trois ans. Y croyez-vous encore ou avez-vous tiré un trait?
Bien sûr, j’y pense encore. L’important aujourd’hui, c’est d’être performant en club pour espérer être rappelé. Si j’ai la moindre opportunité, je foncerai. Je ne sais pas si je serai une option dans le futur mais je donne le meilleur de moi-même pour.

Que ressentez-vous en match quand votre latéral prend le dessus sur vous?
Je ne m’énerve pas facilement. Je m’attache à rester calme même dans la difficulté. Si je sens que mon défenseur a l’avantage sur moi, je vais plutôt essayer de me jouer de lui d’une autre manière. Il ne faut jamais s’arrêter de tenter. Comme je l’ai dit, avec la vidéo, beaucoup de joueurs savent désormais comment je joue. Il faut donc essayer de nouvelles choses. Parfois ça marche, parfois non, c’est le foot (sourire).

Pour un joueur qui aime dribbler, faire plaisir aux spectateurs, le foot n’est-il pas devenu un peu trop sérieux?
C’est vrai que c’est devenu très tactique, peut-être un peu moins divertissant aussi car certaines équipes sont parfois plus prudentes que par le passé. Tout le monde est très bien préparé, la vidéo ne laisse plus beaucoup de place pour l’improvisation, l’instinct. Il faut s’adapter.

 

Enfant, le foot vous passionnait déjà?
Oui. J’ai toujours adoré ça. Je passais des heures et des heures à jouer quand j’étais au Cap-Vert. Robinho était mon idole. Je le regardais à la télé puis j’essayais d’imiter ses dribbles. Quels souvenirs gardez-vous du Cap-Vert ? Je n’en ai pas beaucoup parce que je suis parti au Portugal à l’âge de 8 ans. Mais ce ne sont que des bons souvenirs. Je vivais avec ma tante, ma sœur et mes quatre frères. J’ai des images qui me reviennent où on jouait pieds nus dans la rue avec mes copains.

Je ne suis pas un grand bavard

À l’école, vous étiez un bon élève?
Je n’étais ni bon ni mauvais (rires). Vous étiez très fort en athlétisme. Ça a été mon premier sport avant de jouer au foot. J’ai gagné beaucoup de trophées. Je faisais des sprints mais aussi des courses d’endurance.

Pourquoi avez-vous arrêté?
Ma vraie passion, c’était le foot (sourire). À l’école, l’athlétisme était le sport obligatoire qu’on devait pratiquer toute l’année. On avait des tests régulièrement. À côté de ça, je jouais un peu au futsal. Quelqu’un a vu que je courais très vite et m’a proposé de me rémunérer pour participer à des courses. Je l’ai fait jusqu’au jour où j’ai dû choisir entre ça ou le foot.

La suite?
Je jouais au Futebol Benfica à onze mais j’ai toujours adoré le futsal. J’ai voulu y retourner. J’ai dit à l’entraîneur que je voulais rejoindre la section futsal du Sporting Portugal. Il ne m’a pas laissé partir, et le club non plus car il n’a jamais voulu me donner le papier qui m’y aurait autorisé. Tant mieux, car c’est grâce à ça que je suis là aujourd’hui (sourire). Cette année-là, j’ai été repéré par le Sporting à 11.

Que retenez-vous de ces années?
J’ai joué dans toutes les catégories : des Juniors, jusqu’à la B puis l’équipe principale. C’était top. J’ai appris énormément de choses. J’ai commencé à jouer à 11 à l’âge de 15 ans. C’est très tard, ce n’est pas la norme dans un cycle de footballeur. Donc forcément, j’avais des notions à rattraper et le Sporting m’a beaucoup aidé.

Le 14 septembre 2016, il y a ce match de Ligue des Champions contre le Real Madrid où vous faites la misère à Marcelo… (Rires). C’était un match très spécial. Jouer dans un stade Bernabeu plein. Être confronté à des joueurs comme Cristiano Ronaldo. C’était un rêve. Je voulais faire un grand match et c’est ce qui s’est passé. J’ai réussi à me défaire de la pression qui entoure ce genre de rencontres pour faire ce que j’aime le plus : attaquer et dribbler. Ça s’est vraiment bien passé pour moi.

Après ce match, certains ont vu en vous le “futur Cristiano”, le “futur Figo”. C’était trop de pression pour un jeune joueur?
Non car je suis quelqu’un de calme, qui reste hermétique à ce qui se dit sur moi dans les médias. Quand il y a beaucoup de comparaisons avec d’autres joueurs, ce n’est jamais bon en général. Je n’ai jamais ressenti au fond de moi que j’étais le nouveau Cristiano ou le nouveau Figo. Je ne me suis donc pas mis la pression par rapport à tout ça.

 

D’où vient votre timidité?
Je suis comme ça depuis tout petit. J’ai toujours été un peu solitaire, je ne suis pas un grand bavard. En devenant adulte, j’ai commencé à m’ouvrir un peu plus, à être plus sociable. J’ai évolué.

Devenir père (il a deux enfants) vous a transformé?
Quand tu as des enfants, tu vois des choses que tu ne voyais pas avant. Tu prends de la maturité. Devenir père m’a fait grandir, a changé un petit peu ma façon d’être. Je suis plus ouvert, plus sociable car c’est ce que j’ai envie de leur transmettre.

À quoi ressemble votre vie à Monaco en dehors du football?
Ma vie ici est très tranquille, loin des préoccupations. Monaco, c’est très petit. Je ne fais pas grand-chose, je me repose quand mes enfants sont à l’école. Quand je peux, on essaie d’aller se promener dans la région. Il y a beaucoup de belles choses à voir sur la Côte d’Azur. Je mène une vie plutôt rangée (sourire).

Mon Ballon d'Or? Lewandowski?

La personne qui a le plus compté dans votre carrière?
Jorge Jesus, Alberto Ferreira sont des entraîneurs qui m’ont beaucoup aidé à prendre confiance en moi. Certains joueurs m’ont aussi beaucoup soutenu au début de ma carrière comme Joao Pereira ou Adrien Silva.

Si vous pouviez voter pour le Ballon d’or, vers qui irait votre choix? (Il hésite). C’est une question difficile, surtout cette année. Robert Lewandowski, je pense. Il m’impressionne. C’est une machine à marquer. Avec lui, tout a l’air facile. C’est un grand joueur.

Le but qui vous a marqué?
Celui de Messi avec le Barça contre le Bayern Munich, lorsqu’il fait sa série de dribbles et se joue de Boateng (en 2015). Quel but ! Le défenseur qui vous a donné du fil à retordre ? Alex Telles. Il jouait à Porto et moi au Sporting. Nos duels étaient toujours très intenses, très denses (rires). Ce n’était facile ni pour lui ni pour moi et étonnamment j’aimais beaucoup jouer contre lui.

Le meilleur joueur que vous avez croisé?
Il y en a deux, c’est facile. Messi et Cristiano Ronaldo. J’ai eu la chance d’affronter le premier et de jouer avec le second en sélection.

Offre numérique MM+

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