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"Il faudrait essayer de retrouver une identité, un style de jeu “AS Monaco”." Les confidences du prince Albert II sur la dernière décennie du club

Mis à jour le 11/06/2020 à 11:25 Publié le 11/06/2020 à 10:50
Le Prince Albert II.

Le Prince Albert II. Photo AFP

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"Il faudrait essayer de retrouver une identité, un style de jeu “AS Monaco”." Les confidences du prince Albert II sur la dernière décennie du club

Joyau de la couronne, l’ASM fait partie du patrimoine monégasque. Depuis son enfance, le prince Albert II lui porte une affection particulière.

Le club est une véritable vitrine pour la Principauté. Au stade Louis-II, la loge princière a connu les plus grandes épopées et le Prince Albert y a vécu ses premiers frissons aux côtés de son père le prince Rainier-III.

Que vous inspire cette décennie?
Écoutez, cette décennie marque une grande évolution dans l’histoire du club. Que ce soit dans ses structures, son management, son organigramme. La réussite a été au rendez-vous puisque nous avons obtenu le titre de champion de France en 2017 et réalisé des parcours intéressants en Ligue des champions.

Je constate que tout a été fait pour tirer le club vers le haut. Un des meilleurs clubs en France et un maillot reconnu sur la scène européenne.

On avait commencé la décennie en Ligue 2 et grâce à un apport financier considérable, il faut le dire, nous avons pu aspirer à autre chose.

Quel a été le moment le plus marquant?
Le titre de champion de France 2017. L’équipe était excellente sur le papier mais peu de gens pensaient qu’on pouvait rivaliser avec le PSG et les meilleurs clubs d’Europe. Mais c’est un ensemble.

Il y avait les joueurs en première ligne mais aussi toute une organisation et un encadrement qui a parfaitement fonctionné.

Le moment le plus douloureux?
La descente en Ligue 2 à l’orée de la décennie. Mais sinon plus récemment, ce sont ces deux ou trois dernières saisons où l’on sent qu’on tâtonne. On ne sait pas trop par quel bout prendre les choses.

Il y a eu des changements d’entraîneur, le retour de Jardim aussi qui a été heureux et malheureux. Cette saison avec Moreno et certains joueurs de qualité, on avait un petit espoir et on est arrivé à montrer autre chose.

Mais je ne sais pas si c’est suffisant pour briguer à nouveau les premiers rôles la saison prochaine.

Le 6 avril 2004, après la victoire sur le Real Madrid les joueurs monégasques ont fêté la qualification en demi-finale de Ligue des champions jusqu’au bout de la nuit. Le prince Rainier, ici au côté de son fils Albert, a eu le bonheur de vivre un grand événement.
Le 6 avril 2004, après la victoire sur le Real Madrid les joueurs monégasques ont fêté la qualification en demi-finale de Ligue des champions jusqu’au bout de la nuit. Le prince Rainier, ici au côté de son fils Albert, a eu le bonheur de vivre un grand événement. Photo F. Chavaroche

C’est pourtant l’objectif annoncé pour l’an prochain: le podium minimum. Pourtant, on a la sensation que le club perd du terrain. Avez-vous une explication?

Je vais vous dire ce que je pense même si vous allez me signifier que le modèle économique ne peut être différent: je pense qu’il faut essayer de recréer un sentiment d’appartenance au club. Les joueurs, quand ils sont là, sont attachés au club et n’ont aucun état d’âme à changer de club ensuite. C’est comme ça. Mais il faudrait essayer  de retrouver une identité, un style de jeu “AS Monaco” et un groupe soudé.

Pas un esprit de famille, mais presque. Je sens qu’on a perdu un peu ce lien alors que cela fait partie de l’histoire du club. Il y a un esprit “AS Monaco”. L’année où l’on a été champion, il y a eu de la stabilité. Ok, le modèle économique choisi est d’amener des jeunes à un haut niveau pour tirer un maximum de profit sur une vente. Mais on n’offre pas de stabilité à l’équipe en faisant ça. Et on n’offre pas non plus l’occasion aux supporters d’être fidélisés.

Comme dans beaucoup de choses dans la vie, c’est une question de compromis et d’équilibre. La stabilité financière et économique est une chose. La stabilité sportive et émotionnelle, ça compte aussi.

"Il y avait besoin de renouveau"

Comment avez-vous vécu le départ puis le retour de Leonardo Jardim?
J’apprécie Leonardo Jardim et il a démontré de grandes qualités d’entraîneur.

Mais je pense qu’il avait perdu la confiance des joueurs lors de son premier départ. Il y a eu plusieurs incidents relatés. On n’y peut rien. Je ne suis pas à chaque fois dans le vestiaire. C’est difficile de juger. On a des retours par d’autres personnes, mais bon, j’ai senti aussi que la direction du club n’avait pas d’autres solutions que de le faire revenir.

C’est toujours compliqué de faire revenir un entraîneur si peu de temps après son départ. À une époque on avait rappelé Lucien Leduc, mais c’était une autre époque.

Leonardo Jardim est remercié après une victoire probante 5-1 contre Lille paradoxalement…

Je me souviens très bien mais la décision avait été prise auparavant. Ça a été difficile et je suis désolé pour lui. Il y avait besoin de renouveau et on sentait certains signes de distensions en interne à ce moment-là. Maintenant, on a un nouvel entraîneur, jeune, qui a montré de belles choses. Il faut désormais de la régularité dans les résultats et une stabilité.

"Nous sommes toujours arrivés à un accord"

Dans quelle mesure le Palais fait aujourd’hui entendre sa voix au sein du club?
Je suis consulté régulièrement quand il y a des décisions importantes à prendre. On travaille en concertation avec la direction du club.

Bon, je n’interviens pas sur la plupart des transferts, mais quand il y a un changement d’entraîneur ou l’achat d’un joueur important comme ça avait été le cas pour Falcao. J’interviens aussi quand il y a des nominations à des postes importants.

Vous faites des propositions?
Ça m’est arrivé de faire des suggestions et propositions.

Sont-elles retenues?
Pas toujours. Elles sont étudiées. Parfois il y a des noms auxquels je ne pensais pas. Mais ça se fait d’un commun accord.

Vadim Vasilyev expliquait dans nos colonnes, mardi, que ce club ne devait pas être considéré comme un club privé comme un autre, mais comme une équipe nationale. Qu’en pensez-vous?
Je suis d’accord. Même si nous avons une Fédération monégasque avec notre sélection nationale qui évolue à un autre niveau. Mais l’AS Monaco a toujours été la vitrine, l’ambassadeur du sport professionnel monégasque.

C’est quelque chose qui compte. Quelque chose d’extrêmement important pour nous.

Le président Dmitry Rybolovlev en avait-il conscience à son arrivée?

Je pense que M. Rybolovlev l’a compris par la suite.  Il est extrêmement prudent maintenant. Voilà pourquoi nous sommes consultés pour différents sujets en ce qui concerne le club aussi. Peut-être, c’est vrai, qu’il n’avait pas bien saisi l’importance du club pour la Principauté et sa population. Et même pour nos supporters au-delà de nos frontières.

La vente du club a-t-elle été un crève-cœur?

L’évolution du football moderne et professionnel nous obligeait à changer de dimension. Quand on est une petite communauté, une ville-état comme Monaco, ça devient extrêmement difficile, voire illégal de mettre de l’argent public pour le football professionnel.

À partir de là, c’était compliqué d’organiser un tour de table avec des personnalités, des présidents de sociétés, pour leur demander de mettre de l’argent pour sauver une équipe.

Il fallait chercher au-delà d’un premier cercle et d’autres contacts. Mais c’est vrai que ça a été un changement considérable et une transition difficile à faire pour tout le monde. Mais soyons honnêtes, sans M.Rybolovlev, ça aurait été extrêmement compliqué.

Pas impossible, mais extrêmement compliqué de poursuivre l’aventure de l’AS Monaco au niveau professionnel.

Vous avez dit “ une transition difficile à faire pour tout le monde”, ça veut dire que vous aussi, vous avez eu du mal à accepter que le club n’était plus à vous?
Oui. C’est ce qui est d’autant plus difficile quand on cherche à préserver cette identité particulière propre au club. Quand quelqu’un arrive de l’extérieur, qu’il ne connaît pas très bien la Principauté - mais ce n’est pas de sa faute - il faut un temps d’adaptation pour rassembler des éléments de qualité et créer un climat de confiance. Il y a eu des changements de taille comme le départ de M. Vasilyev.

Pour toutes ces raisons, c’est extrêmement difficile de faire cette transition vers une nouvelle gestion et une autre façon d’envisager le quotidien du club et son avenir.

Le Prince Albert au côté de son neveu Louis Ducruet, arrivé au sein de la cellule de recrutement en 2015. Aujourd’hui assistant du vice-président, le fils de la princesse Stéphanie n’a jamais caché son ambition de "diriger un jour l’AS Monaco".
Le Prince Albert au côté de son neveu Louis Ducruet, arrivé au sein de la cellule de recrutement en 2015. Aujourd’hui assistant du vice-président, le fils de la princesse Stéphanie n’a jamais caché son ambition de "diriger un jour l’AS Monaco". Photo J-F. Ottonello

Quelles sont vos relations aujourd’hui avec Dmitry Rybolovlev concernant la gestion du club?
Les médias ont cherché à créer un climat de défiance. Je vais être honnête, bien sûr que nous avons eu des conversations où nous avons eu des différends sur certaines orientations. Mais nous sommes toujours arrivés à un accord.

Je pense qu’il y a eu une confusion entre les actions en justice concernant certaines affaires. La justice doit faire son travail. S’il y a une issue défavorable à M. Rybolovlev, on prendra acte. Mais pour l’instant ça n’intervient pas, ça ne doit pas intervenir, de près ou de loin, dans la gestion du club. Donc, on a des relations normales.

Le Palais a d’ailleurs tendu la main au club lors de l’arrêt du championnat…
Oui tout à fait. Nous avons assuré la garantie de l’Etat pour l’obtention d’un prêt, pour qu’il puisse continuer son activité. Cela a été fait en France pour les clubs mais comme nous avons 33% de l’ASM, on s’est dit qu’on allait faire l’effort d’offrir une garantie. On espère qu’elle ne servira pas (sourire). Mais c’est un geste de confiance.

Un prêt de quel montant?
Je ne peux pas entrer dans les détails. C’est plusieurs millions d’euros et moins de 100 millions d’euros.

Qu’en est-il de la vente du club? Un sujet qui revient régulièrement sur la table…
Il y a eu plusieurs offres qui me sont parvenues et d’autres qui sont directement arrivées au club. Mais lorsque l’actionnaire majoritaire n’a pas envie, n’est pas disposé à vendre, on ne peut pas aller plus loin dans les négociations.

Mais il y a eu des tables rondes?
Il y a eu des discussions. Pas spécialement avancées, mais de réels contacts. Il y a un intérêt de la part de plusieurs groupes. J’en ai rencontré certains, d’autres non. Mais oui, il y avait un intérêt. Mais les discussions ne sont pas allées très très loin puisque l’actionnaire majoritaire ne le souhaitait pas.

Ce club, c’est votre madeleine de Proust...
Il fait partie de mon enfance, j’ai grandi avec lui et je garde plein d’images en tête. Les années 60, 70, j’ai appris à jouer au foot à l’ancien stade Louis-II. J’ai débuté en poussin. C’est un club de cœur. J’ai vécu toutes ses épopées.

On a connu des descentes en D2, des remontées spectaculaires, des coupes. Mais comment oublier ce magnifique parcours en Ligue des champions lors de la saison 2003-2004 (Monaco perd en finale 3-0 contre Porto). C’était extraordinaire.


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