Guillaume Warmuz replonge dans ses souvenirs avant le huitième de finale de Coupe de France entre Lens et Monaco

Champion de France avec le RC Lens en 1998, Guillaume Warmuz a achevé sa carrière en Principauté en 2007. L’ancien gardien, devenu aumônier, est encore « à fond » dans le foot.

Article réservé aux abonnés
Leandra Iacono Publié le 27/01/2022 à 21:30, mis à jour le 27/01/2022 à 18:59
Guillaume Warmuz a joué 27 matchs sous les couleurs de l'AS Monaco. Photo Franz Chavaroche

Un pronostic pour dimanche?
Ce n’est pas facile. Collectivement, Lens est mieux huilé mais les individualités sont plus fortes à Monaco. J’aime beaucoup Ben Yedder. Même dans la difficulté, il continue à claquer des buts. Ce sont deux équipes qui ont quasiment le même parcours en championnat. Jouer à Lens n’est jamais facile. ça va être un vrai match de Coupe.

La saison des Lensois vous surprend-elle?
Complètement. C’est une équipe qui depuis deux-trois ans a une continuité assez impressionnante dans les résultats. Franck Haise a mis en place une vraie philosophie de jeu avec un fort esprit collectif. J’aime beaucoup les risques que Lens est capable de prendre dans le jeu. On sent une vraie adhésion des joueurs au projet.

A contrario, comment expliquer les difficultés de Monaco?
Je n’ai pas tous les tenants et les aboutissants mais je n’ai pas vraiment compris le départ de Niko Kovac. Il a globalement fait du bon boulot. Il y a logiquement un peu d’instabilité car il faut assimiler un nouveau discours.

Votre carrière est indissociable du RC Lens. Que gardez-vous de ces 11 années?
C’était formidable. Quand je suis arrivé, on lavait nos équipements nous-même à la maison. C’est un détail mais aujourd’hui, c’est impensable dans n’importe quel club pro. C’était un autre monde. 10 ans plus tard, quand j’ai quitté le club, la Gaillette venait de sortir de terre. On a participé à construire le club. Et on l’a mené vers son premier titre de champion de France (en 1998). C’est gravé dans le marbre. On avait une génération dorée qui a su mettre ses individualités au service du collectif et surtout d’un club avec une vraie identité.

Partir a été un crève-cœur?
Le plus difficile à digérer a été la manière dont cela s’est fait. J’aurais voulu partir autrement que par la petite porte en décembre. Même si c’était pour signer à Arsenal. Mais quitter Monaco n’a pas été facile non plus (rires). J’avais complètement trouvé mes marques. Je me suis malheureusement gravement blessé au genou, tout seul à l’entraînement avec Olivier Kapo. J’avais des touches pour continuer, mais j’avais fait le tour. La récupération devenait difficile. Je ne voulais pas faire la saison de trop. Je ne regrette rien, finir sa carrière par des aventures à Arsenal, Dortmund et Monaco, ce n’est pas trop mal (rires).

 

Il y a pire, en effet!
(Rires) J’étais un petit gars de Blanzy (Saône-et-Loire) qui voulait devenir pro comme beaucoup d’autres. Non seulement j’ai réussi à vivre du foot mais j’ai été aux portes de l’équipe de France, j’ai évolué dans des grands clubs. Il y avait des gens plus forts que moi mais j’ai peut-être fait la différence par mon travail et mon abnégation. J’ai vite pris conscience que j’avais une chance unique et qu’il fallait tout donner. J’étais prêt à traverser toutes les épreuves.

Laquelle a été la plus difficile?
Ma blessure au genou en 96 quand j’ai failli arrêter de jouer. J’ai mis presque un an à revenir. J’ai eu aussi beaucoup de mal à me remettre de mon départ de Lens. Quand je suis arrivé à Arsenal, je n’étais pas prêt. Arsène Wenger m’avait repéré lors d’un match de Ligue des Champions. On avait battu les Gunners à Wembley. Le deuxième gardien s’était cassé la jambe. Il voyait en moi un possible successeur de David Seaman. Mais j’étais trop atteint mentalement et je n’ai jamais su répondre à ses attentes.

"La visite de Laghet m'a transformé"

Vous rebondissez alors à Dortmund.
Je suis arrivé tardivement et je n’ai pas pu m’imposer immédiatement. Mais j’avais 33 ans, je n’étais pas venu pour boire des bières et manger des Bratwurst (rires). Matthias Sammer, un très grand entraîneur et Michael Zork, le directeur sportif, m’ont convoqué pour me dire que j’aurais ma chance à la trêve. J’ai fait une préparation incroyable et je suis passé numéro 1 devant Roman Weidenfeller. C’était une fierté de déloger un Allemand chez lui à la régulière (rires).

La deuxième saison se passe un peu moins bien et Didier Deschamps vous appelle pour le rejoindre à Monaco.
J’arrive, et tout s’enchaîne. On manque la qualif’ pour la Ligue des Champions contre le Bétis Séville. Derrière, Deschamps s’en va et c’est Francesco Guidolin qui le remplace. Collectivement, ça n’a pas été simple. On n’a pas rempli les objectifs fixés par le club. Flavio Roma s’est malheureusement blessé. Ça lui a coûté sa place au Mondial en 2006. C’était très dur pour lui. Moi, ça m’a permis de jouer quasiment l’intégralité de la saison. Je n’avais jamais eu des défenseurs aussi forts devant moi: Maicon, Evra, Squillaci, Gillet. J’ai pris énormément de plaisir.

 

A Monaco, vous avez marché sur les traces d’un certain Jean-Luc Ettori.
Mon idole de jeunesse! Il m’a toujours impressionné par son charisme, sa régularité et son style bien à lui. Sa longévité à l’ASM a été une source d’inspiration pour moi.

Votre reconversion en tant qu’aumônier a beaucoup fait parler!
C’est vrai que ce n’est pas commun mais chez les Brésiliens, les Argentins, les Africains, c’est monnaie courante! En France, un type qui a joué au foot et vit sa foi, c’est comme s’il tombait de la lune. Mon histoire a fait un peu de buzz, je l’accepte, mais il ne fallait pas non plus devenir une bête curieuse. Je suis heureux d’aider les occupants des Ehpad qui voudraient vivre leur foi. J’étais encore consultant à Canal + quand on me l’a proposé. C’était assez inattendu. ça fait une petite dizaine d’années maintenant et on ne m’a pas mis dehors (rires).

Comment la foi est-elle entrée dans votre vie?
La perspective de ne plus jamais jouer au football et le vide qui entourait cette possibilité m’ont beaucoup questionné après ma blessure en 1996. C’est à ce moment-là que je me suis remis à prier. Et puis en 2006, il y a une deuxième blessure qui cette fois a scellé ma carrière. Un jour, je suis tombé par hasard sur le sanctuaire de Laghet et cette visite m’a chamboulé. Il s’est passé quelque chose de très personnel et déstabilisant. Depuis ce jour-là, j’ai décidé de vivre pleinement les sacrements de l’Église.

Votre rapport au football a-t-il changé?
Aucunement. Le foot reste partie intégrante de ma vie. La télé est toujours allumée les jours de matchs et il ne se passe pas une semaine sans que je sois sur un terrain. D’ailleurs, depuis un an, je suis entraîneur des gardiens à Mâcon dans le club du papa d’Antoine Griezmann !

« Sammer nous a massacrés »

Le meilleur coéquipier avec lequel vous avez joué?
Vladi Smicer. On était dans la même chambre au RC Lens. Ça a tout de suite matché entre nous. Et pourtant, j’aimais beaucoup ma solitude (rires). Un mec simple comme moi, avec le même état d’esprit. On est resté très amis.

Le plus fêtard?
Incontestablement El-Hadji Diouf. Il y avait toutes les soirées qu’on connaissait et surtout toutes celles dont il valait mieux ne rien savoir (rires).

La plus grosse soufflante?
À la mi-temps d’un derby Dortmund - Bochum. On prend un but au bout de cinq minutes à la maison dans un stade plein. On inverse la tendance pour rentrer aux vestiaires en menant 3 - 1. On était content de nous mais notre entraîneur Matthias Sammer nous a détruits (rires). Je n’ai jamais pris une soufflante comme ça. Il nous a massacrés parce qu’il estimait qu’on avait raté trop d’occasions. Il n’y avait que des internationaux dans le vestiaire, on était stupéfait (rires).

La plus grosse dispute à laquelle vous avez assisté?
Je ne vais pas citer de noms mais j’ai vu un type courir après un autre avec un couteau quand je jouais en Ligue 2 à Louhans-Cuiseaux. C’était hallucinant. Heureusement, ça s’est bien terminé (rires).

Le plus méchant sur le terrain?
Cyril Rool. C’est la personne la plus gentille que je connaisse, mais parfois quand il rentrait sur le terrain, il n’y avait plus de Cyril. On l’avait perdu. Irrécupérable (rires). Il pouvait devenir très méchant alors que ce n’était pas du tout un « bad boy ».

Le joueur le plus fort que vous avez côtoyé à Monaco?
Maicon et Pat’ Evra. Des latéraux impressionnants.

“Rhôooooooooo!”

Vous utilisez un AdBlock?! :)

Vous pouvez le désactiver juste pour ce site parce que la pub permet à la presse de vivre.

Et nous, on s'engage à réduire les formats publicitaires ressentis comme intrusifs.