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Football: les clubs formateurs français face au risque d'exil de leurs talents vers les championnats étrangers

Mis à jour le 05/07/2020 à 12:52 Publié le 05/07/2020 à 12:45
Le défenseur français Tanguy Kouassi le 1er février 2020 au Parc des Princes face à Montpellier

Le défenseur français Tanguy Kouassi le 1er février 2020 au Parc des Princes face à Montpellier AFP/Archives / MARTIN BUREAU

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Football: les clubs formateurs français face au risque d'exil de leurs talents vers les championnats étrangers

Comme le PSG, des clubs français ont vu partir, cet été encore, des jeunes qu'ils ont formés. De quoi alimenter le débat sur les premiers contrats professionnels limités à trois saisons, une controverse qui oppose syndicat des joueurs et dirigeants partisans d'une durée plus longue.

Tanguy Kouassi (PSG), Adil Aouchiche (PSG), Pierre Kalulu (OL), Isaac Lihadji (OM), Niels Nkounkou (OM)... Le mercato 2020 a accueilli une nouvelle promotion de talents qui ont préféré s'engager ailleurs qu'avec l'équipe qui les a formés, suivant l'exemple récent de Dan-Axel Zagadou, Willem Geubbels ou Jean-Clair Todibo.

Les choix de Kouassi et Aouchiche, respectivement parti au Bayern et en partance pour Saint-Etienne, ont été déplorés par le technicien du PSG Thomas Tuchel: "Je suis très triste, et très déçu, personnellement et comme entraîneur."

Son homologue de Lyon Rudi Garcia a connu la même expérience, avec Kalulu, débauché par l'AC Milan. "On n'est pas les seuls à être victime de cela. Il faut voir si on peut faire mieux sur la législation", assure-t-il.

La source du phénomène tient en quelques lignes dans les règlements: le code du sport prévoit une durée maximale de trois ans pour le premier contrat "pro" qu'un joueur pourrait signer avec son club formateur. Ce point est également inscrit à la Charte du football professionnel.

Des clubs critiquent cette limitation de durée qui, selon eux, intervient trop tôt dans le développement des joueurs.

"Terrible pour les clubs"

"Un jeune, aujourd'hui, signe pro à 16 ans et il termine son premier contrat pro à 19 ans alors qu'il n'a pas encore forcément l'âge d'avoir fait sa place en équipe première", explique à l'AFP Cédric Daury, directeur sportif d'Auxerre (L2). "Les clubs étrangers viennent se servir. On ne récolte pas le fruit du travail de la formation."

Le milieu français Adil Aouchiche le 5 janvier 2020 à Bondoufle face à Linas-Montlhéry
Le milieu français Adil Aouchiche le 5 janvier 2020 à Bondoufle face à Linas-Montlhéry AFP/Archives / Anne-Christine POUJOULAT

"C'est terrible pour les clubs car ça nous place dans des situations complexes où on a le choix entre laisser filer ou surpayer", a résumé Leonardo, son homologue du PSG, dans un entretien au Journal du Dimanche mi-juin.

Pour des jeunes qui découvrent la concurrence en équipe première et qui ne sont pas tenus par un contrat long, la tentation est grande d'aller voir ailleurs pour gagner du temps de jeu.

En outre, les joueurs les plus prometteurs signent des contrats alléchants à un âge très précoce, mais sans garantie d'être titulaires en équipe première, ce qui alimente leur frustration.

"C'est le marché qui est comme cela aujourd'hui. Les jeunes n'ont pas encore fait un seul match en pro qu'ils ont déjà un contrat de joueur confirmé", reconnaît Garcia.

C'est parfois mieux de partir, "tu deviens un joueur à part entière plutôt que de rester +sparring partner+ un an de plus avec l'impression de perdre du temps", estime l'agent Frédéric Guerra, en citant l'exemple d'Amine Gouiri (20 ans), qui est parti cet été à Nice après la deuxième année (sur trois) de son premier contrat pro signé avec l'OL.

La France "pas pénalisée", selon l'UNFP

Les clubs ont proposé leur solution: allonger la durée maximale du premier contrat pro. "Ce serait bien, cinq ans. Les joueurs, actuellement, signent très tôt avant tout sur du potentiel plus que sur ce qu'ils ont fait", explique Cédric Daury.

Un contrat plus long allongerait mécaniquement la probabilité que les clubs formateurs obtiennent une indemnité de transfert en cas de départ d'une de leurs pépites.

Mais le syndicat des joueurs professionnels (UNFP) défend la convention actuelle.

"Les clubs veulent le beurre et l'argent du beurre!", explique à l'AFP son co-président Philippe Piat. "Plus le joueur signe un contrat long, plus il est dans les mains du club. On n'a pas trouvé de solution, notamment sur la question des rémunérations, qui pourraient ne jamais augmenter sur cinq ans."

"La France n'est pas pénalisée", assure-t-il, en rappelant la règle de la Fifa qui interdit les contrats professionnels de plus de trois ans pour les mineurs.

"Avant (lorsque le premier contrat pro était de quatre ans, ndlr), il pouvait aussi y avoir des abus dans l'autre sens. Le joueur devait absolument signer pro et on pouvait aussi profiter de cette situation pour le coincer", admet Rudi Garcia.

En attendant, des jeunes ont encore signé leur premier contrat pro cet été, comme à Marseille, qui en a annoncé six en juin, ou Paris. Mais combien joueront avec leur club formateur à l'avenir ?

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