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"Connaître l'échec m'a donné de la force". Le joueur de l'AS Monaco Ruben Aguilar se confie avant le choc contre Lille

Après une première saison mitigée sur le Rocher, l'international français de 27 ans Ruben Aguilar a trouvé son équilibre. Il se confie avant le choc contre Lille, leader du championnat dimanche.

Leandra Iacono Publié le 13/03/2021 à 08:45, mis à jour le 13/03/2021 à 07:23
Ruben Aguilar bien dans sa tête et bien dans son jeu. Photo Cyril Dodergny

Ruben Aguilar n’est pas un grand fan des interviews. Lui le travailleur de l’ombre préfère laisser la lumière à d’autres.

C’est un moyen de se protéger bien sûr mais c’est aussi la preuve d’une grande humilité, née autant de son éducation que de ses échecs. Le défenseur a découvert la Ligue 1 à seulement 24 ans du côté de Montpellier mais il gravit, depuis, les échelons comme il arpente son côté droit, c’est-à-dire à toute vitesse et avec appétit.

Il a honoré en novembre dernier sa première cape en équipe de France. Une juste récompense pour ce gros bosseur qui ne cache pas être parfois trop dur avec lui-même. Aguilar n’oublie pas d’où il vient mais il sait surtout jusqu’où il veut aller.

 

Ruben, dans quel état d’esprit êtes-vous avant le choc contre Lille?
Concentré mais détendu. On sort d’une grosse séance. Tous les feux sont au vert. On s’est qualifié en Coupe de France contre Nice. On a abordé la semaine de la meilleure des façons. Tout le monde est bien physiquement, les petits pépins sont réglés. Le staff a fait le nécessaire.

L’objectif reste toujours la quatrième place? Ce n’est pas frustrant de ne pas regarder plus haut?
On veut consolider cette quatrième place et après, une fois qu’on aura validé ce ticket-là, si on peut chercher un peu plus haut, on ira chercher un peu plus haut.

Votre première saison à Monaco a été compliquée. Celle-ci fait un bien fou?
C’est vrai que ma saison a été un peu mitigée. J’ai mis du temps à m’adapter. Quand ça a été le cas, il y a eu la crise sanitaire. J’ai beaucoup travaillé pendant le confinement. Je voulais montrer que j’étais présent, que j’avais des ambitions. Ce que je suis venu chercher à Monaco, je suis en train de le trouver. Et ce sera encore mieux si on arrive à ramener l’ASM sur le devant de la scène.

Vous avez le sentiment de vivre la meilleure saison de votre carrière?
À Montpellier, j’ai vécu de beaux moments. À Auxerre également avec l’épopée jusqu’en finale de la Coupe de France (perdue contre Paris en 2015). Mais c’est une très belle saison. Elle n’est pas terminée et elle sera encore plus belle si on atteint nos objectifs.

 

Dans le 3-2-4-1 mis en place par Niko Kovac, vous évoluez soit au poste de latéral droit, soit un peu plus haut. Lequel préférez-vous?
Ils sont très différents. Si je suis amené à jouer milieu droit comme contre Paris, Brest ou Strasbourg, le poste demande une grosse dépense d’énergie dans le replacement avec beaucoup de courses. Je suis aussi plus près de la surface adverse. Si je suis dans les trois de derrière, je dois couvrir cet axe. Je dois participer à la construction des actions sans partir à l’abordage. Chaque poste a ses spécificités, ça me permet d’être plus polyvalent.

Contre Nice, vous ne deviez pas trop monter mais vous avez quand même marqué.
(Rires). C’est paradoxal, je sais. Surtout que je ne marque quasiment jamais. J’étais obligé de tenter ma chance. Je vois Amine Gouiri devant moi, j’ai le champ libre. Le bloc est assez haut. Le ballon me retombe dessus, j’y suis allé. J’ai réalisé un match sérieux. Le coach était content. Bon si je n’avais pas marqué, et qu’on avait pris un contre, ça aurait été une autre discussion (rires). Ça fait partie du jeu, on ne peut pas tout contrôler.

Le foot, c’est aussi de l’intuition?
Bien sûr. Le staff nous donne des clés et après c’est le joueur et son instinct.

Vous avez été relégué sur le banc en début d’année. C’était un choix tactique mais comment l’avez-vous vécu?
Ça été un peu difficile parce que je sortais d’une première partie de saison où j’avais joué tous les matchs. C’était tactique mais on se remet forcément en question aussi. Je me suis remis au boulot, j’ai travaillé encore plus pour être prêt quand le coach allait faire appel à moi. Il n’y a que comme ça que ça marche. D’autant que vous avez prouvé contre Nice que vous pouviez jouer dans cet axe à trois... Oui, j’étoffe ma palette (rires). Je suis capable de jouer plus haut ou plus bas. J’ai prouvé que je respecte les consignes qu’on me donne et que je sais rester bien concentré. Si je dois retourner sur le banc, ce n’est pas grave. Quand on fera de nouveau appel à moi, je ne serais pas à 100 % mais à 200.

Il y a un joueur qui vous a impressionné depuis votre arrivée?
Cesc Fabregas. À mon premier entraînement ici, je fais un appel, je lève la main. Il me met un caviar, je marque de la tête.. J’ai halluciné. C’est Fabregas quoi... Il a gagné de nombreux titres. Mais il ne nous le fait pas du tout ressentir. Il est là pour nous, il nous donne énormément de conseils. Il est sur le banc mais il travaille comme les autres, il se donne à 100%. C’est ça la classe pour moi. J’aimerais être un joueur comme ça. Être une source d’inspiration.

 

« Niko Kovac est très proche de ses joueurs »

Vous avez connu 3 coachs en deux saisons. Qu‘est ce qui est différent avec Niko Kovac par rapport à Leonardo Jardim et Robert Moreno?
Ce sont trois grands entraîneurs avec leurs méthodes. Avec Niko Kovac, on travaille beaucoup, il est proche de ses joueurs. ll aime bien tout savoir, il nous apporte énormément et veille à ce que chacun se sente au mieux. On fait énormément de travail en salle. Le staff, Bruno Marrier avec les données GPS... Tout le monde travaille beaucoup. C’est très structuré. On voit que ça paye. On a beaucoup progressé physiquement, c’est ce qui nous permet de faire la différence, surtout en fin de match où on a encore beaucoup d’énergie. Quand les remplaçants entrent, il font un sacré boulot. La grande force du coach, c’est qu’il arrive à garder tout le monde concerné. A l’entraînement, il y a énormément d’intensité. J’adore ça.

Quelles relations entretient-il avec ses joueurs?
Il s’intéresse à nos vies, n’oublie jamais de souhaiter nos anniversaires. Il aime bien charrier aussi. Il est proche de nous sur et en dehors du terrain. C’est important que le coach ne parle pas que football avec nous. Avec son frère Robert et le reste du staff, ils font un gros travail. On a le sentiment que vous partagez les même valeurs de travail et d’humilité... C’est ce qu’il essaie de nous inculquer. Il nous dit de ne jamais jouer facile, de ne pas faire trop de touches de balle, de ne jamais arriver en retard. Ce sont des choses importantes pour lui.

Vous avez besoin de beaucoup travailler pour vous sentir bien, plus que d’autres joueurs?
Je n’aime pas trop dire ça mais j’ai toujours voulu travailler plus que les autres parce que je sais que certains joueurs ont certainement plus de talent que moi. J’ai toujours été un bosseur. Ce sont des choses qu’on m’a transmises. Je serais toujours comme ça.

Le coach a la réputation de ne regarder que le terrain et pas les statuts.
C’est vrai. Ce n’est pas parce qu’on a fait un mauvais match qu’on va être forcément sur le banc le week-end d’après ou a contrario qu’on a fait un top match qu’on va être titulaire. Ca dépend vraiment de la semaine de travail. Du coup, tous les joueurs sont à 100% à chaque séance et ça tire tout le monde vers le haut.

Ruben Aguilar s'est confié dans une interview à Nice-Matin. Photo Cyril Dodergny.

Jean-Luc Vannuchi (son ancien coach à Auxerre) nous a dit en début de saison: « Ruben n’a pas changé. La preuve, il a toujours le même numéro et la même femme ». C’est toujours le cas?
Ça n’a pas changé (rires). Et ça ne changera pas. Pour ma femme, en tout cas c’est sûr.

Ce sont des mots touchants?
Très. C’est le premier coach que j’ai eu au niveau professionnel. C’est lui qui m’a fait signer mon premier contrat, qui m’a fait confiance. Si j’en suis là, c’est aussi grâce à lui.

Cette simplicité, elle vient de votre parcours atypique?
Les épreuves m’ont donné encore plus de grinta. Je n’oublie pas d’où je viens. On m’a transmis des choses importantes et j’espère les transmettre aussi à mes enfants (il a une fille). L’humilité, la simplicité, le travail… c’est ça le plus important pour moi.

Qu’est ce qui a été le plus dur pour vous? Le dépôt de bilan à Grenoble ou de ne pas avoir été conservé par Saint-Etienne?
(Il hésite) C’est une bonne question. Les deux m’ont fait mal. À Grenoble, on avait une grosse génération, je jouais dans ma ville. J’allais reprendre avec l’équipe première, on sortait d’une année exceptionnelle avec les U19. Et là du jour au lendemain, le dépôt de bilan. On croyait vraiment au rachat mais ça n’a pas été le cas. Ensuite je suis parti à Saint-Etienne où j’ai vécu de belles années. On fait finale de Gambardella, j’ai commencé à titiller le monde professionnel. Mais mon contrat s’est arrêté et je n’ai pas retrouvé de club. Je suis rentré chez moi à Grenoble. Mais au final, ça m’a fait du bien de connaître cet échec. J’ai compris qu’il fallait que je travaille encore plus. J’ai même hésité à arrêter le foot et à devenir vendeur car j’avais fait un BEP Vente mais j’ai été soutenu et je n’ai pas lâché. Olivier Saragaglia m’a permis de m’entraîner à Grenoble sans contrat. Ce passage m’a donné de la force.

Il y a eu Pôle Emploi, la colocation...
C’est ça. Des fois tu ne vas pas t’entraîner parce que tu dois participer à une réunion à Pôle Emploi. Tu es au milieu de gens qui sont dans le besoin. Toi aussi tu es dans la galère, mais tu te dis « Rub, t’es jeune, tu n’as pas encore de famille à nourrir, c’est maintenant ou jamais. » Et après le coach Vannuchi est venu me chercher.

Alors qu’il n’était pas venu vous superviser.
C’était à Martigues, il venait voir deux autres joueurs.

 

Vous croyez à la chance? Au destin?
Un peu oui. Pour moi, il faut du travail et un peu de chance. La bonne opportunité au bon moment. Il ne faut pas la rater même si on ne sait pas ce qui peut arriver. Je m’en souviendrai toujours. J’étais dans une brasserie avec mon père, on allait regarder la finale de la Ligue des Champions entre le Real et l’Atlético. Pour moi j’allais repartir la saison prochaine en CFA avec un contrat fédéral que Grenoble allait m’offrir. Un agent m’a appelé juste avant le match pour me parler de l’intérêt d’Auxerre. Je lui ai dit que je ne le croyais pas (rires). Mais c’était du sérieux.

Le foot vous a fait faire beaucoup de sacrifices?
On en parle souvent avec ma femme. Elle me dit que je suis trop dur avec moi-même au niveau de la nutrition, des sorties... Ça peut être compliqué quand je lui dis que pour moi ce soir, ce n’est pas pizza mais légumes vapeurs (rires). On s’était un peu disputé là-dessus deux jours avant ma première convocation en équipe de France. J’ai reçu l’appel, elle m’a dit : « Écoute-moi bien, tu vas en manger tous les soirs des légumes (rires). » Il y a des sacrifices oui mais le foot nous fait vivre des moments exceptionnels.

Vous êtes très dur avec vous-même?
Clairement. Je m’en fais mal à la tête. Mais la réussite part de là. Je suis souvent très négatif envers moi-même. Exemple, on joue à Paris, on gagne 2-0. Je sors du match, j’étais heureux mais j’avais l’impression de ne pas avoir fait un bon match. J’en parle avec mon père et il me dit que je suis un grand malade (rires).

Votre plus grand moment de joie?
La sélection en équipe de France, c’est un sentiment indescriptible. Mais la série de victoires avec Monaco, c’était vraiment magique aussi. Se sentir aussi fort, aussi soudé, c’est une sensation incroyable. Même s’il y a eu l’erreur de parcours à Strasbourg, ce qu’on fait depuis début janvier est quand même exceptionnel.

Un rêve?
Je rêvais des Bleus, j’ai vécu ma première sélection. Je rêve de la Ligue des Champions, si un jour j’entends la musique de la compétition, je serai évidemment très heureux, comme beaucoup de footballeurs. Après, jouer le haut de tableau d’un championnat comme la Ligue 1, c’est déjà magnifique. Si vous m’aviez dit ça, il y a 5 ans, je n’y aurais pas cru.

Vous réalisez?
Tous les jours, c’est pour ça que je suis tout le temps heureux.

Ruben Aguilar en équipe de France. Photo AFP.

"Jouer l’Euro n’est pas une obsession"

Que faisiez-vous quand on vous a annoncé votre convocation en équipe de France?
Je montais le bureau de ma femme chez moi avec mon père (rires). Notre «Team Manager» Bruno avait la chair de poule quand il m’a annoncé que je partais le lendemain à Clairefontaine. Après l’appel, mon père m’a demandé si quelqu’un était mort (rires). J’étais sous le choc. Il était très fier parce qu’il a fait énormément de sacrifices pour moi quand j’étais jeune. Il prenait des RTT pour m’amener aux entraînements. J’ai compris en grandissant. T’es obligé de te donner à 100 %. Mes parents sont très importants pour moi. On fait un métier public. Quand on est critiqués, eux-aussi se retrouvent impliqués. Ils veulent prendre notre frustration, notre peine. C’est bien de leur donner de la joie.

Qu’avez-vous ressenti lors du rassemblement?
Le premier repas, le premier entraînement, le premier équipement... C’est inexplicable tellement c’était fort. Quand je regarde les photos, c’est magnifique, ça donne de la confiance et encore plus envie de travailler parce que c’est en travaillant beaucoup qu’on peut vivre de telles choses.

Vous avez bénéficié d’un concours de circonstances pour être convoqué. C’était compliqué de ne pas se sentir illégitime?
J’ai entendu des choses, mais je me suis dit que ce n’était pas grave. Ils en ont peut-être appelé d’autres avant moi, mais si au final c’est moi qui suis là, c’est le destin. La chance qu’on me donne, je savais que j’allais la saisir à 100%.

Votre intégration?
Elle a été facile parce qu’il n’y a que des bons mecs. Ce sont des stars du monde du foot: Pogba, Mbappé, Griezmann... Mais quand tu es dans leur quotidien, ce sont des mecs simples. Je les ai vraiment remerciés.

L’Euro, vous y pensez?
Forcément. Mais je suis surtout concentré sur Monaco et l’objectif commun du club. Si je fais des belles prestations et que ça m’amène vers une deuxième sélection, tant mieux. Mais si ce n’est pas le cas, ce n’est pas grave, ce n’est pas une obsession.

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