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"Ce n’est pas du pipeau". Avec l'important soutien financier d'investisseurs américains, l'AS Monaco FF ambitionne de monter rapidement en D1

Avec l’important soutien financier du groupe américain PEAK6, l’AS Monaco FF veut devenir rapidement l‘une des places fortes du football féminin. L’objectif ? "La D1" dans deux ans.

Leandra Iacono Publié le 13/11/2021 à 18:51, mis à jour le 13/11/2021 à 18:53
Cinq matchs, cinq victoires: les Monégasques de Stéphane Guigo (à droite) font carton plein en championnat pour le moment. Photo AS Monaco FF

Le président de l’AS Monaco FF André-Pierre Couffet devait nous recevoir dans le bureau de l’association, situé dans les entrailles du stade Louis-II, mais celui-ci était ce jour-là indisponible. La pièce était inaccessible tant elle était remplie de cartons de tout genre. Le généreux expéditeur? Capelli. Le nouvel équipementier américain du club, arrivé cet été en même temps que l’actionnaire majoritaire PEAK 6.

"Et encore, ce n’est qu’une petite partie de ce qu’on a reçu". Depuis l’arrivée du groupe basé à Chicago et présidé par le couple de milliardaires Jenny Juste et Matt Hulsizer, son équipe première, renforcée par la venue de trois joueuses américaines de l’académie Rush Soccer, navigue dans une autre dimension. Invaincue (et en tête) en R1, elle est en marche vers son premier objectif: les barrages pour la montée en D2. Il raconte.

Comment s’est actée l’arrivée d’investisseurs américains au club?
C’est simple et compliqué à la fois. En septembre 2020, on a eu un coup de fil de personnes qui voulaient investir dans le football féminin. On y a cru sans vraiment y croire. On a eu ces investisseurs en visio, parce qu’ils viennent de Chicago et de New York, et on s’est rendu compte que ce n’était pas du pipeau et qu’on pouvait construire quelque chose ensemble. Le projet s’est mis en place petit à petit.

Pourquoi se sont-ils intéressés à Monaco?
C’est une boîte très engagée pour la cause de l’égalité hommes-femmes dans le sport qui veut profiter de l’attractivité du football féminin pour mener ce combat. C’est Jérôme de Bontin, l’ancien président de l’AS Monaco (2008-2009) qui leur a parlé de nous et nous a permis de faire le lien entre Monaco et les Etats-Unis. Depuis 16 ans que je suis au club, c’est le seul président qui nous avait accueillis pour pouvoir développer le foot féminin. Ça ne s’était malheureusement pas fait car il était parti en fin de saison, mais il avait visiblement toujours cette idée en tête. Nous, on n’a jamais eu d’aide du club professionnel masculin. Sans entrer dans des polémiques inutiles, on ne nous a jamais vraiment pris au sérieux. L’ouverture était donc belle pour PEAK6. C’est un challenge qu’on va relever avec eux. Leur aide financière nous a déjà permis de recruter, d’offrir des défraiements à toutes les joueuses, d’avoir un staff technique encore plus étoffé, un staff médical aussi avec un kiné, un préparateur physique, une diététicienne, une ostéopathe et même un podologue. Tout ce qui va permettre à nos joueuses de donner le meilleur d’elles-mêmes.

 

Comment ça se passe concrètement au quotidien?
Pour l’instant, ils nous apportent leur appui financier mais ils nous laissent libres. C’était important pour nous et pour eux. La gestion d’un club régional n’est pas la même que dans les divisions nationales. On leur a expliqué ce dont on avait besoin pour monter en D2. Les résultats sont là, l’engouement aussi. On est en train de répondre à leurs attentes. Dans un club, vous avez l’association, la société et vous avez une convention entre les deux. Aujourd’hui, la société nous laisse beaucoup faire. En cas de montée, elle prendra la main sur l’équipe première avec l’objectif d’accéder ensuite à la D1. Je resterai au moins président de l’association.

"Choisir les bonnes joueuses pour le projet"

C’est un groupe qui a tenté de racheter les Girondins de Bordeaux, l’AS Saint-Etienne, qui a des parts dans plusieurs clubs en Europe. Ça ne vous a pas fait peur?
Moi, je voulais des actes par rapport à notre club. Je les ai eus. On a dit que PEAK6 était un fonds d’investissement. Ce n’est pas vrai. C’est une société qui appartient à un couple de milliardaires. C’est leur propre société, ce n’est pas un fonds de pension. L’argent qu’il met dans le club est son propre argent. J’ai beaucoup écouté Jérôme, c’est avec lui qu’on discute depuis un an. On a eu les preuves qu’on n’avait pas de soucis à nous faire.

À combien se chiffre leur apport financier?
Je n’ai pas le droit de chiffrer mais il faut savoir que le budget de l’équipe première est multiplié par 5. Celui de l’associatif est en légère hausse. Bien sûr, on ne lâche pas l’école de foot, les U18, l’équipe réserve… Pour nous, c’est l’équipe première qui va tirer tout le monde vers le haut. Après la montée, la société mettra l’argent qu’elle veut. On montera le budget de l’association petit à petit selon les besoins. On ne va pas le doubler sans raison, juste améliorer certains pôles. Peut-être qu’on permettra à nos équipes de participer à des tournois nationaux, voire européens. Ce qui permettra de développer notre visibilité, notre marque.

Quels sont les objectifs à court et long termes?
Certains ne sont pas trop d’accord avec moi, mais c’est très simple : c’est la montée cette année en D2 et l’accession en D1 l’année suivante. On a déjà le staff pour. Je me bats pour ça. Il faut avoir des objectifs, même ambitieux. Ce n’est pas parce qu’on veut monter rapidement qu’on se croit plus fort ou supérieur aux autres. Maintenant, si cela prend un peu plus de temps, ça ne sera pas la fin du monde. Les investisseurs ne nous mettent pas une pression démesurée. On n’a pas de couteau sous la gorge. On sait qu’en football, il peut tout se passer.

Comment êtes-vous en train de vous préparer?
Quand on a commencé à structurer le club, on avait cette envie de monter en D2, avec ou sans les investisseurs. On savait qu’en cas d’accession, ce serait compliqué, qu’on joueraitle maintien difficilement. L’arrivée des investisseurs nous permet d’envisager ces paliers plus rapidement. Le nerf de la guerre, c’est l’argent mais on ne peut pas faire n’importe quoi. On sera peut-être l’un des seuls clubs de D2 entièrement professionnels. On veut donner un maximum aux filles. Elles seront payées pour s’entraîner, faire de la vidéo, faire de la muscu, jouer. Maintenant, il faudra choisir les bonnes joueuses pour le projet. Il ne faudra pas se tromper. Le train est en marche, on a fait embarquer les filles et on trace tout droit. Certaines vont malheureusement rester à quai, ne vont pas pouvoir monter plus haut. C’est logique et elles le savent.

 

Le foot féminin n’est pas très rentable. Vous vous dites que vous avez de la chance?
Il ne faut pas être dupe. On a la chance d’être à Monaco. Ailleurs, les investisseurs ne nous auraient sans doute pas contactés. Monaco a une grande aura. À part le Grand Prix, la première image qu’on a de nous, c’est le football masculin. Investir pour les féminines, c’est tout bénef pour l’image de nos investisseurs. Je peux vous dire qu’en haut, tout le monde est très content.

Quels sont les futurs gros chantiers?
Si on monte en D2, on peut jouer sur le terrain de Blausasc. Il y a quelques améliorations à apporter pour que le stade soit homologué, la mairie a d’ailleurs déjà commencé et la FFF délivre une dérogation d’un an. Ça ne nous inquiète pas trop. Par la suite, si on monte en D1, on aura je l’espère la possibilité de jouer au Louis-II. Je rêve d’y accueillir un jour l’OL. Pourquoi les garçons et pas les filles? On a un accord officieux. Le stade appartient à l’Etat, c’est lui qui délivre les autorisations. C’est encore loin bien sûr, mais la seule difficulté sera d’accorder les calendriers pour qu’on joue à domicile quand les garçons seront à l’extérieur et vice-versa. L’objectif, c’est aussi de faire un centre de formation et d’entraînement comme celui de La Turbie. On cherche des terrains. C’est très compliqué mais c’est une obligation car on ne peut pas continuer comme ça en D2 ou en D1, c’est impossible.

En Irlande, « une expérience ratée »

PEAK6 se présente sur son site officiel comme une "équipe d’entrepreneurs passionnés et d’investisseurs spécialisés dans les marchés du sport".

Basé à Chicago, le groupe est déjà actionnaire minoritaire de l’AS Rome (Italie) et de l’AFC Bournemouth (Angleterre). Il possède depuis fin 2017 le club irlandais de Dundalk avec des résultats mitigés selon le journaliste local James Rogers. "À leur arrivée, le club était au sommet du football irlandais avec le plus d’argent en banque mais ils ont gâché les deux en raison de leur mauvaise gestion. Ils avaient promis qu’ils ne seraient pas des propriétaires absents, et c’est ce qu’ils ont été. La façon dont ils ont laissé les choses se dérouler a même été assimilée à du vandalisme par d’anciens joueurs et dirigeants, explique-t-il. Plusieurs PDG se sont succédés mais ils ne sont jamais restés bien longtemps. Ce n’est pas facile avec un chef du conseil de surveillance (Bill, le père de Matt Hulsizer) qui semble parfois gérer le club comme s’il jouait à Football Manager. Résultat, les meilleurs joueurs sont partis chez des clubs rivaux sans aucune contrepartie financière et des sponsors de longue date se sont désengagés".

Quant à l’intérêt de PEAK6 pour l’AS Monaco FF? Le journaliste assène: "C’est plutôt surprenant au regard du peu ou pas d’intérêt qu’il a montré pour créer une section féminine à Dundalk, le seul club de D1 irlandaise à ne pas en posséder d’ailleurs."

Seul point positif dans ce portrait peu flatteur: "Ils ont continué à payer tous les salariés lorsque le championnat a été suspendu durant quatre mois pendant la crise sanitaire".

Offre numérique MM+

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