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"Un feu d’artifice répond à des normes": cet artificier de Monaco défend sa profession contre les critiques environnementales

Stéphane Lobono, directeur général de Flash Art Monaco, se voit confier la création des deux seuls feux d’artifice tirés cet été en Principauté. Il explique pourquoi l’impact sur l’environnement est réduit.

Propos recueillis par Kévin Sanchez Publié le 28/07/2022 à 11:03, mis à jour le 29/07/2022 à 16:59
Un feu d'artifice tiré à Monaco. Archives Monaco-Matin

S’ils émerveillent depuis des lustres les yeux des petits comme des grands, les feux d’artifice sont depuis quelque temps sous le feu des critiques concernant leur impact sur l’environnement.

La Principauté, sensible à cette cause, a d’ailleurs fait le choix depuis l’année dernière de tirer un trait sur le concours de feux d’artifice qui avait pour habitude de rythmer tous les ans les soirées estivales monégasques. Idem pour la Fête nationale : en novembre dernier, le traditionnel feu d’artifice a été remplacé par un spectacle de drones qui a d’ailleurs fait sensation dans la nuit monégasque au-dessus du Palais princier.

Fallait-il pour autant renoncer définitivement aux feux d’artifice, au risque de décevoir les nombreux fans ? La mairie de Monaco a décidé d’en reconduire deux qui seront tirés depuis le port Hercule, les samedis 30 juillet et 13 août à 22 heures.

A la manœuvre de ces deux spectacles pyrotechniques, Stéphane Lobono, le directeur de Flash Art Monaco. Il explique pourquoi les feux qu’il tirera auront un impact réduit sur l’environnement.

 

Les feux d’artifice sont considérés comme polluant avec la fumée, les débris des bombes… Comment peut-on rendre un feu d’artifice plus écologique ?
Un feu d’artifice "européen" est déjà beaucoup plus écologique. Depuis une dizaine d’années, la réglementation sur les produits et les agréments a évolué. Ça veut dire qu’il faut répondre à un certain nombre de normes, de la fabrication à la structure du produit, sa manipulation, sa transportabilité… Tout ce qui était associé à du poison n’est plus présent dans les feux d’artifice européens aujourd’hui.

Lorsqu’une bombe explose, elle laisse des déchets en mer et aux alentours. Comment comptez-vous remédier à ce problème ?
À Monaco, on a mis en place un bateau qui va récupérer les éventuels résidus qui n’auraient pas explosé après le feu. Mais ce n’est pas tâche facile dans le noir. Donc nous avons trouvé une parade en n’utilisant plus de bombes plastiques sur les tirs, mais des bombes en papier. Au moment de l’explosion, la majorité du produit est consumée ce qui fait que l’on a très peu de retombées qui pourraient poser problème. Le carton se désagrège très vite au contact de l’eau tout comme les colles écologiques utilisées. Ce sont des éléments qui font partie des normes européennes.

"On essaye en fonction
du type d’artifice de réduire ce bruit"

Est-ce qu’on est capable de créer un feu qui serait moins polluant sur le plan sonore pour éviter notamment l’impact sur les oiseaux ?
Oui, le bruit que l’on entend est l’équivalent de la quantité de poudre noire que l’on retrouve à l’intérieur de la bombe. Certes, il y a le bruit du démarrage qui est inévitable, car c’est la propulsion nécessaire au décollage. Ensuite, on a cette charge qui est calculée pour la mise à feu du produit. On essaye en fonction du type d’artifice de réduire ce bruit. Si vous allez en Italie ou en Espagne, vous verrez que c’est beaucoup plus bruyant parce que le public aime ça. Personnellement, je n’ai jamais apprécié pour la simple raison que l’on veut faire danser l’artifice sur la musique. Donc il faut éviter que le bruit couvre la mélodie.

Qu’est-ce qui pollue le plus, le spectacle ou ce que l’on retrouve autour ?
Globalement, c’est ce qu’on retrouve autour c’est-à-dire les restaurants qui vont travailler pour satisfaire la demande des clients, les personnes qui prennent la voiture ou les transports publics pour venir. Mais si on part sur ce raisonnement, on ne fait plus rien. De notre côté, comme je le disais, les composants dangereux à l’époque ne sont plus de mise dans la fabrication des produits. Ça, c’est le résultat d’un travail énorme en laboratoire. On n’a pas d’autre intérêt que de divertir. Et puis si le produit était dangereux tous les artificiers seraient morts d’un cancer ce qui n’est absolument pas le cas.

 

Certaines sociétés comme la vôtre proposent des spectacles de drones. Est-ce que ça peut représenter une alternative ?
Les drones ne sont pas du tout une substitution. Aujourd’hui, il est irremplaçable par rapport à l’effet qu’il produit parce que le public qui vient voir un feu d’artifice cherche une émotion par la représentation de quelque chose d’étincelant pour ses yeux. Et cette émotion que produit la pyrotechnie, aucun spectacle n’est capable de la reproduire. Le drone est très silencieux, mais il va se limiter à la création d’une écriture ou d’une forme. C’est une critique qu’on reçoit dans ces spectacles à savoir qu’on n’a pas du tout la même ambiance. En alternative vous avez aussi les shows laser, son et lumière qui sont énergivores. Cela nécessite beaucoup plus de transports, de mise en place… et tout ça, c’est du CO2. Alors que nous en termes de CO2, nous utilisons l’équivalent de 4 sacs de 10 kg de charbon.

"Un feu d'artifice est beaucoup plus gentil et silencieux qu'à l'époque"

Que disent les études sur l’impact des feux d’artifice sur l’environnement ?
Sur les différentes analyses dont on dispose des établissements de contrôle suisse, allemand ou américain, après des feux d’artifice on n’a pas plus de particules fines au niveau de la population, des mers, des sédiments… On peut avoir des morceaux de carton ou de coque, ce qui est certes désagréable lorsqu’on tombe dessus, mais ce n’est pas un produit dangereux. Aujourd’hui un feu d’artifice est beaucoup plus gentil et silencieux qu’à l’époque.

Vous pensez qu’il y a un manque d’informations sur le sujet écologique ?
Totalement. A l’époque des réseaux sociaux, on voit des personnes parler de nos métiers sans connaître les normes qui sont employées. Je pense qu’il y a de la communication à faire. Il faut se baser sur des études qui existent et qui prennent des relevés. Par exemple, sur le territoire allemand, le niveau de pollution par habitant est de 1,6 gramme dû aux feux d’artifice. Ce qui est dérisoire…Ça fait 10 ans que je propose qu’on réalise des études et des commissions pour justement encadrer encore plus l’artifice.

Comment peut-on faire ?
On va amener à Monaco la norme européenne. Il faut se réfugier derrière ça. Pour la Principauté, ce sera une garantie d’utiliser la norme CE, ce qui n’est pas officiellement le cas aujourd’hui. On peut confier cette charge de travail à des personnes qualifiées. Il y en a à Monaco. Et je ne prêche pas que pour ma paroisse, mais pour l’ensemble du monde de l’artifice qui a fait beaucoup de sacrifices comme en France car il n’est pas question de présenter le moindre risque de sécurité pour le personnel et l’environnement.
On aura tout de même deux feux d’artifice en Principauté dans les prochains jours.

Vous pouvez nous en dire plus ?
C’est très positif, on a créé des spectacles avec beaucoup de changements d’ambiance. Le premier sera le 30 juillet. Ce sera un spectacle franco-français qu’on a appelé French Kiss avec uniquement des chansons françaises. Les spectateurs écouteront du Brel, des titres de Lara Fabian et bien d’autres. Ce sont des chansons que tout le monde connaît pour que chacun s’imprègne de l’émotion des titres et qu’on la retranscrive avec l’artifice. Pour le 13 août, on va travailler plus sur la chanson anglophone issue des comédies musicales qui n’ont pas souvent été utilisées. Avec un final dans l’actualité qui pétera dans tous les sens sur le dernier titre de Lady Gaga Hold My Hand qui est la musique du générique de fin du film Top Gun Maverick.

Stéphane Lobono, directeur général de Flash Art Monaco. Photo Cyril Dodergny.

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