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Lucéram, le village où crèchent plus de 1.000 santons depuis un quart de siècle

Cela fait 24 ans que, pour Noël, le village de Lucéram, situé dans la vallée du Paillon, organise son circuit des crèches. Rencontre avec Christiane Ricort, qui en est à l’initiative.

Alice Patalacci Publié le 25/12/2021 à 13:57, mis à jour le 25/12/2021 à 13:48
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C’est en l’église Sainte-Marguerite que sera célébrée la messe de minuit, ce soir. Plusieurs crèches y sont dispersées, notamment dans son presbytère. Photo Frantz Bouton

En décembre, il y a plus de santons que d’habitants, à Lucéram. "Des milliers" pour les premiers, selon Christiane Ricort, à l’origine du circuit des crèches et présidente de l’association Maison de pays de Lucéram et du haut Paillon.

Un peu plus de 1.200 pour les seconds, selon l’Insee. "Ça représente une activité économique pour nous et pour les villages voisins. Les gens viennent voir les crèches, visitent les alentours et s’arrêtent y manger", souligne la Lucéramoise d’adoption.

Certaines crèches, comme celle d’Isabelle, sont installées de façon pérenne dans le village. Pour des raisons pratiques, notamment. Photo Frantz Bouton.

Environ 500 crèches cette année

Christiane Ricort est originaire du Vaucluse. Avec son père, ils vivaient près d’une église. "Je faisais mes devoirs avec les séminaristes. Pour autant que je m’en souvienne, j’ai toujours mis des crèches partout", sourit-elle. À 38 ans, elle arrive à Lucéram, où sa manie la suit.

Et, 35 ans plus tard, elle n’est pas peu fière d’annoncer la mise en place de 500 crèches, après une année paralysée par la crise sanitaire. "On avait fait le circuit virtuellement. On avait publié des photos sur un site Internet. Qui nous avait coûté un peu cher, d’ailleurs", se remémore Christiane Ricort. "C’était triste, il manquait quelque chose", ajoutent, d’une même voix, Isabelle et Florence.

 

Les deux sœurs sont peintres, participent au circuit des crèches et tiennent un petit stand orné de leurs créations, devant l’office du tourisme. Florence a notamment peint le décor que l’on trouve au sein de la chapelle Saint-Pierre, située au centre du village. Église qui abrite une crèche de dix mètres de long, qui représente Lucéram, faite par Christiane Ricort.

Isabelle est, elle, la fière mère d’une crèche de trois santons de plusieurs mètres de haut, lovée dans un petit passage du village. "Mon mari a fait la structure avec du grillage et du bois. Puis on les a habillés avec du tissu trempé dans du lait de plâtre", précise-t-elle. Elle ajoute: "les mains sont moulées sur les miennes et ma sœur a peint les visages."

Christiane Ricort et son mari ont travaillé sur ces crèches tout un été.Les bâtiments leur ont été donnés par le village de Colmars-les-Alpes. Photo Frantz Bouton.

Attirer les jeunes

Contrairement aux petits modèles disposés par plusieurs villageois à côté de leurs portes d’entrées, la crèche d’Isabelle est installée de façon pérenne. Parce que les socles en bois où sont posés les santons sont lourds, et ils passent également difficilement entre les murs qui forment le passage où elle est abritée.

"Les voisins m’ont aussi demandé de la laisser, car c’était un endroit où les jeunes squattaient. Ça faisait du bruit", ponctue-t-elle. Et c’est là tout le défi de Christiane: intéresser les jeunes Lucéramois à ce qui fait la célébrité de leur village.

En haut de Lucéram, à l’étage de l’église Sainte-Marguerite, sont exposées plusieurs crèches. Dont celle d’une jeune fille de 18 ans, tout en bouchons de liège. "À part ça, on voit que les jeunes ont moins envie. Donner du temps à son village, ce n’est pas facile. Mais, c’est grâce à l’investissement de tout le monde qu’on arrive à un tel résultat", regrette Christiane Ricort. Qui reconnaît cependant que les jeunes Lucéramois donnent peut-être de leur temps pour d’autres causes.

Dominique Barralis, le santonnier amateur de Lucéram, arrive à façonner des crèches composées de santons de 12 à 13 millimètres de haut. Photo Frantz Bouton.

Une mise en scène monumentale au lavoir de Mougins

Forêt de sapins enneigés, paysages bucoliques, village animé… Depuis plus de trente ans, la traditionnelle crèche du lavoir, à Mougins, offre un émerveillement renouvelé. Cette année, plusieurs nouveautés, à commencer par la rivière et l’étang illuminés. Une idée du jeune électricien Alexandre Durante.

1600 tuiles collées, une à une, à la main

"On essaie chaque année d’innover", souligne le responsable de la crèche, Franck Dalmasso. Plus d’une centaine d’ampoules et douilles, 30 mètres de ruban Led, et près de 400 mètres de câbles ont été nécessaires pour l’éclairage. Autre nouveauté : une soixantaine de lampadaires, faits à la main avec du cuivre de plomberie. 

"Les maçons Philippe Herold et Stéphane Soave ont utilisé des tubes de clim’ qui ont été brasés, assemblés et coudés", commente Norbert Marion, responsable des services. Les maisons ont été retravaillées, repeintes, réparées… "Tout est fait main", souligne le maçon Christophe Bigué. Le menuisier a réalisé la structure en contreplaqué, "1 600 tuiles ont été collées, une à une, sur les maisons. La structure de l’étang et la rivière sont recouvertes de feuille de plomb pour l’étanchéité. L’eau s’écoule en dessous par une fuite qu’on peut entendre". Du travail d’artiste!

"Ce sont de vraies plantes!"

40 m2 de mousse, quatre mètres carrés de lichen, une vingtaine d’oliviers, des buis, cyprès, romarins ou azalées ornent la crèche. "Ce sont de vraies plantes, sauf les sapins, commente Franck. Je suis allé chercher la mousse en forêt. Je l’arrose deux fois par semaine avec un pulvérisateur, pour que ça tienne jusqu’à fin janvier". 

Il a eu l’idée d’installer des lumières au-dessus de la montagne pour donner un effet neige. "Cette année, on a attaqué le plafond, s’amuse l’électricien. L’année prochaine, on prendra encore plus d’espace!" Les agents peuvent laisser libre cours à leur imagination. "On nous donne les moyens de réaliser de belles choses, explique Franck, grâce à un budget de 8.000 euros. On met environ un mois et demi pour tout préparer."

Les longues heures de travail ne semblent pas rebuter les agents mouginois. "J’adore ça, souligne Alexandre. On a plein d’idées. Chacun apporte sa pierre à l’édifice". L’émerveillement des visiteurs est sans doute la plus belle des récompenses : "Très belle mise en scène, j’adore", témoignait l’un. "C’est magique!", s’exclamait un autre. "C’est un bonheur de revivre l’ancien temps, ajoutait ce visiteur de 88 ans. C’est une pure merveille".

Delphine Gouaty

>> Entrée libre, 39 place des patriotes, ouvert tous les jours de 10 h à 17h30. Renseignements: 04.92.92.14.00.

Pour les plus petits de ces bijoux, Dominique Barralis les sculpte à l’aide d’un scalpel. Photo Frantz Bouton.

"Je fais des santons depuis que j’ai une dizaine d’années"

Mais d’où viennent ces milliers de santons ? Certains ont été achetés, comme ceux qui ont pris place devant la mairie. "On les a eus pour 660 euros l’un", indique Christiane Ricort. "Hauts de plusieurs mètres, ils ont été livrés tels quels (...) C’est toujours un grand moment, ce sont nos bébés qui arrivent", se souvient la Lucéramoise.

D’autres sont faits sur place, comme ceux qu’on trouve dans le musée de la crèche. C’est Dominique Barralis, dessinateur en génie civil à la retraite et santonnier amateur, qui les façonne. "Je fais ça depuis que je suis petit. J’avais une dizaine d’années quand j’ai fait mes premiers santons", confie-t-il. "Quand on sortait en famille, on allait voir une grotte, près de Lucéram. Je m’amusais à faire des sculptures avec l’argile", se souvient-il.

Dominique Barralis dessine les moules, sculpte les personnages et les peint. Il peut aussi personnaliser les santons, d’après une photo. "J’ai fait Éric Ciotti, comme ça. L’ancien évêque de Nice, la maire du Cannet, Louis Nègre… Le circuit des crèches me permet de travailler et de ne pas perdre la main", conclut-il, pragmatique.

Les agents municipaux ont réalisé avec soin et créativité les décors. Photo D. G..

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