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Une mère de famille virée de son travail sans justification en pleine crise sanitaire à Monaco

Mis à jour le 21/03/2020 à 08:36 Publié le 21/03/2020 à 07:55
Une mère de deux enfants, salariée dans une entreprise de Fontvieille, a été licenciée lundi, alors que le pays s’apprêtait à se confiner.

Une mère de deux enfants, salariée dans une entreprise de Fontvieille, a été licenciée lundi, alors que le pays s’apprêtait à se confiner. Jean-François Ottonello

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Une mère de famille virée de son travail sans justification en pleine crise sanitaire à Monaco

Dès le premier jour de confinement, une maman de deux enfants, célibataire, a été licenciée au moyen de l’article 6, sans justification, à un moment où il n’est pas possible de retrouver du travail.

Le monde du travail monégasque est-il un univers impitoyable? On est en droit de se poser la question quand on voit les messages qui nous parviennent.

Comme celui de cette mère de famille, qui vit seule avec ses enfants, et qui travaillait depuis fin 2018 pour R-Logitech, une filiale de Monaco Resources Group, dirigée par Frédéric Platini (également secrétaire général de la Croix-Rouge monégasque). Mais ça, c’était avant.

"Dimanche, on nous a envoyé un message pour nous dire qu’il y aurait des mesures à prendre. Et lundi, quand on nous a convoqués, on nous a licenciés article 6", explique-t-elle, la voix tremblante.

Pour rappel, l’article 6, qui a cours à Monaco, permet de licencier un employé sans motif. Une flexibilité pour les employeurs, une épée de Damoclès pour les salariés, contre laquelle luttent les syndicats depuis des années.

Ordinateur
trop cher

Pour cette salariée, c’est l’incompréhension. Elle affirme n’avoir jamais eu aucun problème dans l’entreprise.

Et même avoir été proactive dans cette crise sanitaire: "J’habite à Cap-d’Ail. Je pouvais venir travailler à pied, j’en ai pour quelques minutes seulement. J’ai aussi proposé de télétravailler, il aurait suffi que j’aie un ordinateur portable. Mais on m’a répondu que ça allait coûter trop cher, et que de toute façon, avec mes enfants à la maison, je n’arriverais pas à travailler."

Contactée, l’entreprise nous a transmis cette réponse: "Les licenciements effectués (deux dans une structure et un dans une autre) ne sont pas liés à la crise."

Mauvais timing donc, pour cette mère célibataire. Elle a saisi l’inspection du travail.

"Peur de rester chez eux et de se faire virer"

L’article 6 effraie aussi les salariés d’une usine de Fontvieille.

L’épouse d’un employé nous écrit: "Le directeur ne veut pas fermer. Ils sont au moins 300 à travailler avec en majorité des Italiens… Un membre de la famille a des problèmes respiratoires et doit dormir avec une machine, on a un enfant en bas âge… Nous ne voulons pas prendre de risques. Quels recours avons-nous ?"

Même crainte chez les ouvriers des chantiers. "Les employés ont peur de rester chez eux et de se faire virer", croit savoir une internaute. U

ne crainte d’autant plus forte qu’à Monaco, il n’existe pas de droit de retrait comme en France. Ce droit s’applique lorsque le salarié estime que son intégrité est menacée. En clair: en cas de danger.

"Nous demandons au gouvernement d’interdire tout licenciement"

Et si l’on voit mal un soignant invoquer un tel droit en pleine épidémie, on peut légitimement se demander si un maçon, ou un ouvrier qui manipule des presses d’injection, ont véritablement la nécessité vitale de poursuivre leur travail, particulièrement au regard du danger sanitaire qui guette.

Alors qu’on sait que le nombre réel de porteurs du virus est bien supérieur au nombre de cas diagnostiqués (puisque le test n’est pas systématique, en raison d’un nombre de tests disponibles insuffisants), si l’objectif est réellement d’endiguer les contaminations, peut-on laisser les travailleurs de domaines non essentiels à la vie de la communauté continuer à prendre des risques? À plus forte raison si c’est contre leur gré?

Pour l’Union des syndicats de Monaco, la réponse est clairement non. Dans une lettre adressée au gouvernement ce mercredi, signée de la main de Christophe Glasser, secrétaire général, ils exhortent à des mesures claires et urgentes.

"Nous demandons au gouvernement d’interdire tout licenciement, tout non-renouvellement de contrat, toute éviction de salariés intérimaires par les entreprises utilisatrices, toute attitude irresponsable à l’égard du personnel à temps partiel notamment dans les entreprises de travail à domicile, pendant toute la période de crise où sévira le coronavirus."

Béatrice Fresko Rolfo demande "un geste humain"

Béatrice Fresko Rolfo en séance publique jeudi soir.
Béatrice Fresko Rolfo en séance publique jeudi soir. Conseil national

Jeudi soir, en séance publique (mais sans public), la conseillère nationale Béatrice Fresko Rolfo a évoqué la situation de ces salariés, qui l’a émue.

"Je tiens maintenant à mettre en avant le rôle social qui doit être tenu ici par l’État. La Principauté se doit d’être exemplaire. Notre taille nous l’autorise. (...)"

"Il ne s’agit pas de discuter du bien-fondé de l’article 6 comme moyen de mettre fin à un contrat de travail, mais de sensibiliser les sociétés sur son utilisation pendant cette grave crise sanitaire que nous traversons. De les sensibiliser sur le côté humain."

"Mesdames et Messieurs les dirigeants de société, j’en appelle à vous. N’utilisez pas ce moyen au moins jusqu’à ce nous voyons la fin du tunnel. Vous avez à votre disposition d’autres moyens légaux pour vous aider à faire face à vos difficultés."

"Nous, les conseillers nationaux, à l’unanimité, avons demandé à l’État de vous soutenir. Faites de votre côté un geste humain et social dans ces temps difficiles pour tous."

"La crise actuelle n’appelle qu’une seule réponse: une réponse de solidarité et de responsabilité"

Le prince Albert II, dans la missive qu’il a fait parvenir au Conseil national, lue en séance publique par Marie-Pierre Gramaglia jeudi soir, a lui déclaré que "la crise actuelle n'appelle qu'une seule réponse: une réponse de solidarité et de responsabilité".

Interrogé au sujet du licenciement de ces salariés par le moyen de l’article 6, le gouvernement nous a transmis cette réponse: "Le licenciement article 6 ne peut se substituer ou dissimuler un licenciement pour motif économique afin de ne pas faire obstacle aux dispositions légales".

"Dans le contexte actuel de difficultés économiques sous-jacentes pour de très nombreuses sociétés, l’usage de l’article 6 est difficile à justifier, et ce d’autant que des mécanismes spécifiques d’aide ont été mis à disposition des entreprises pour leur permettre de traverser cette période."

"On rappelle ainsi que des mesures de travail à distance ont été assouplies et facilitées. Des mesures de chômage total temporaire renforcé ont été prises. Elles permettent aux employeurs soit de réduire leur activité, soit de l’arrêter pour une période limitée en mettant leurs salariés au chômage temporairement."

"L’employeur devra alors verser au salarié 70% de sa rémunération brute, mais il se verra remboursé par l’État. Les juridictions qui pourraient être saisies de tels litiges ne manqueront pas d’exercer leur contrôle et de sanctionner tout usage abusif."

Concernant le droit de retrait, en revanche, la réponse est plus laconique: "A ce jour, les décisions du gouvernement princier, à l’exclusion des restaurants et salle de spectacles, n’ont proscrit aucune activité économique dans la Principauté. En revanche, les employeurs ont été incités à privilégier, dans la mesure du possible, le travail à distance. Ils doivent en outre motiver leur refus."

On ne saura pas ce que risque l’employeur qui ne motive pas son refus.


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