Ehpad privé, public, associatif, quelles différences?

Établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) privé, public, unités de soins de longue durée, maisons de retraite associatives… il est facile de se perdre dans le flot de propositions à destination du grand âge. Comment ça marche? Comment est-ce que cela peut-être financé? Quelle entité pour quel profil? Tour d’horizon.

Gaëlle Belda Publié le 06/04/2022 à 20:10, mis à jour le 06/04/2022 à 18:53
decryptage
Photo DR

De quel panel d’établissements d’hébergement pour personnes âgées dispose-t-on? Comment sont-ils répartis? Nous en serions à 40 établissements – tout fonctionnement confondu – dans les Alpes-Maritimes et à 51 dans le Var. L’agence régionale de santé (ARS) explique qu’en Paca, on est sur une répartition spécifique et inverse de ce qui existe au plan national, avec une forte prédominance des Ehpad privés lucratifs (55%). Le public représente 25 % des établissements, et l'associatif 20%. 

La surreprésentation des Ehpad privés lucratifs est encore plus importante dans le Var et les Alpes-Maritimes, où ils représentent plus de 60% des établissements. Ils sont particulièrement nombreux sur le littoral.

Pour l'ARS Paca, au-delà d'interlocuteurs qui sont ainsi souvent des groupes comme Orpea, Korian ou DomusVi, le travail effectué est le même: "Les politiques sont déployées de manière générale, pas spécifique", assure David Castillon, directeur adjoint de l'offre médico-sociale pour l’ARS.

Les structures d’accueil spécialisées

Lorsque le maintien à domicile n’est plus possible, que la personne âgée devient dépendante, on passe à l’étape structure d’accueil spécialisée. Ehpad, Usld, Pasa, UHR… autant de sigles pour autant de dispositifs qui méritent un éclairage spécifique. C’est ce à quoi nous nous sommes attelés. 

De façon générale, au sein de toutes ces structures on trouve du personnel médical, paramédical ou soignant (psychologues, infirmières, aides-soignantes, etc.), des agents de service, des aides médico-psychologiques, des animateurs, du personnel administratif.

 

On peut aussi y accueillir des personnes qui nécessitent des soins spécifiques comme, par exemple, Alzheimer ou troubles apparentés. Ces derniers résidents peuvent être mêlés aux autres comme être installés dans des espaces spécifiques sécurisés. 

Les Établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad)

Photo DR.

Les fameux Ehpad sont les maisons de retraites les plus répandues et vers lesquelles les familles se tournent assez spontanément. Ce sont des établissements médicalisés qui accueillent des personnes âgées en perte d'autonomie physique et/ou psychique. Ils ont besoin d'une assistance constante et d'une surveillance médicale.

Une convention a été signée avec l’Assurance Maladie et le Conseil Départemental pour avoir la possibilité d’accueillir des personnes âgées dépendantes “dans de bonnes conditions”.

A qui s’adressent-ils? Aux personnes de 60 ans ou plus en perte d’autonomie. Il existe un indicateur du degré d’autonomie d’une personne, le GIR, groupe iso-ressources. Il est calculé selon huit critères: la cohérence, l'orientation, la toilette, l'habillage, l'alimentation, l'élimination, les transferts et les déplacements intérieurs. Il faut une équipe médico-sociale accompagnée du médecin traitant de la personne âgée pour passer tous les tests. On part de la note de 1 pour une personne très dépendante pour aller jusqu’à 6, pour quelqu’un de totalement autonome. Les Ephad sont réservés, en priorité, aux GIR de 1 à 4.

 

Comment y vit-on? En général, les résidents disposent d'une chambre individuelle avec salle d'eau adaptée au handicap. Il peut aussi y avoir des chambres doubles ou des appartements mais c’est plus rare. La personne âgée y vit le plus clair de son temps, en pension complète.

Sachant que les Ehpad proposent d’autres modes d’accueil,  plus ponctuels. Par exemple lorsque l’aidant de la personne âgée doit s’absenter, ou pour essayer d’y vivre avant de prendre la décision d’y emménager.

Et les personnes âgée autonomes?

Ce sont des structures destinées aux personnes avançant en âge qui souhaitent vivre en toute autonomie, chez elles, sans être isolées. Et qu’un environnement plus adapté peut pleinement rassurer.

Ces profils-là, sont en mesure d’effectuer seuls les actes de la vie quotidienne, si on leur offre le bon cadre. Les logements sont donc fonctionnels et pensés pour le confort des personnes âgées. Ils peuvent être déjà meublés ou être équipés par les habitants. Cela dépend des résidences. La plupart mettent à disposition des espaces communs où les résidents peuvent se retrouver. Ils proposent aussi des activités et des animations régulières.

Les résidences autonomie (ex-logements-foyers) sont des chambres ou appartements non médicalisés, proposés en location. L’accès aux équipements et services est facultatif.

Les résidences services sont des maisons ou appartements individuels, accessibles en location ou à l’achat. Elles offrent souvent des prestations collectives et des services plutôt haut de gamme: piscine, bibliothèque, services ménagers…

Combien ça coûte? Il y a deux tarifs: un tarif hébergement, fixé par le gestionnaire de l’Ehpad en fonction de la catégorie de la chambre et des services annexes, qui comprend le loyer, les frais de restauration, d’entretien, d’animation. Et puis il y a un tarif dépendance, fixé par le conseil départemental en fonction du niveau du GIR, qui vient régler les frais liés à la perte d’autonomie du résident. Plus on est dépendant, plus le prix est élevé.

Le troisième tarif est réglé directement par l’Assurance Maladie à l’Ehpad, et n’entre donc pas en ligne de compte, c’est celui qui s’appelle "soins" et qui correspond aux frais de santé qui concernent tous les résidents (salaires des soignants, les médicaments de base…)

Pour financer tout ça, il est possible de faire appel aux services de la caisse d’allocations familiales ou de la mutualité sociale agricole, en fonction du régime de retraite. 

En 2019, selon la CNSA (caisse nationale de solidarité pour l’autonomie), à qui 90% des établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) auraient transmis leurs prix, le montant mensuel médian d’une place en Ehpad s’établissait à 2.004 euros par mois. 

Attention, les Ehpad publics dépendent du département, de la commune, de l'assistance publique ou du secteur hospitalier, alors que les Ehpad privés sont des structures commerciales gérées par des groupes. Il peut y avoir des différences d’environ 1000 euros entre les deux types de structures, qui répondent pourtant aux mêmes règles. 

 

Comment on finance? L’aide personnalisée au logement (APL) et l’Allocation de logement social (ALS) peuvent être attribuées. Pour financer le tarif dépendance, il existe l’allocation personnalisée d’autonomie en établissement: APA établissement.

Enfin pour les revenus les plus faibles, l’aide sociale à l’hébergement (ASH) peut être accordée. C’est le conseil départemental qui opère selon des règles spécifiques. L’ASH est cumulable avec l’APL ou l’ALS et avec l’APA, mais attention seuls les établissements habilités à l'aide sociale proposent des places aux bénéficiaires de cette aide.

Les Unités de soins de longue durée (USLD)

Les unités de soins de longue durée sont généralement adossées à un établissement hospitalier. Comme dans un EHPAD, l’accompagnement proposé est global: l’établissement s’occupe de la vie quotidienne et de la coordination des soins.

A qui s’adressent-elles? Elles sont destinées à des personnes de plus de 60 ans, très dépendantes, qui ont besoin d'une surveillance médicale constante. L'admission a en général lieu à la suite d’une hospitalisation ou d’un passage en service de soins de suite et de réadaptation. On peut aussi y entrer directement, sans passer par la case hôpital mais seulement avec l’appui du médecin traitant. 

Comment y vit-on? Le résident est hébergé dans une unité de 30 à 35 lits dont le fonctionnement s'apparente à celui de l'hôpital. Notamment pour les horaires de repas et les toilettes. Pour le reste, c’est sensiblement comme en Ehpad.

Combien ça coûte? Même principe que pour l’Ehpad. (Lire plus haut)

Comment on finance? Aide sociale à l'hébergement (ASH), Allocation personnalisée d'autonomie (APA). Une réduction fiscale est possible pour les résidents imposables. Les chèques énergie sont également acceptés en USLD. 

 

Les Pôles d’activités et de soins adaptés (PASA)

Photo DR.

Un PASA (pôle d’activités et de soins adaptés) accueille chaque jour un groupe de 12 à 14 résidents d’Ehpad atteints de la maladie d’Alzheimer ou de maladies apparentées et présentant des troubles modérés du comportement. L’objectif du PASA est de maintenir le lien social, de  mobiliser les fonctions sensorielles, de retrouver les gestes de la vie quotidienne (toilette, habillage, cuisine…), maintenir, stimuler ou réhabiliter les fonctions cognitives restantes et prévenir les troubles de la marche et de l’équilibre. Un peu sur le même principe, il y a l’unité de vie protégée (UVP).

Comment y vit-on? Certains établissements proposent un PASA. Donc, on vit dans un Ehpad et on profite d’un espace de vie adapté et identifié par rapport au reste de la structure. Le personnel y intervient de façon volontaire. Il est formé à la prise en charge de la maladie d’Alzheimer et, plus globalement, des maladies neuro-dégénératives.

Combien ça coûte? Rien du tout. Ce type d’accueil est proposé dans le cadre du pôle “activités et soins adaptés” et  n’est pas facturé en supplément.

Les Unités d’hébergement renforcé (UHR)

Les UHR (unités d’hébergement renforcé) proposent un lieu médicalisé, adapté pour 12 à 14 personnes. L'effectif peut monter jusqu’à 20 maximum. La durée du séjour n’est pas limitée mais il y a des critères de sortie directement liés à la réduction des symptômes psycho-comportementaux ou s’il y a une perte de la mobilité. En effet, ici, le résident doit rester mobile.

Les équipes se composent d’un médecin, d’un infirmier, d’un psychomotricien ou un ergothérapeute, d’un aide-soignant, d’une aide médico-psychologique ou d’accompagnement éducatif et social, d’un assistant de soins en gérontologie et d’un psychologue.

En général, l’architecture du lieu est travaillée pour les résidents et se distingue du reste du bâtiment - que ce soit un Ehpad ou autre.

A qui s’adresse-t-on? Un peu comme les PASA, elles s’adressent à des personnes atteintes de la maladie d'Alzheimer ou d'une maladie apparentée ayant des troubles du comportement sévères. On y développe un projet de soin autour de la personne accueillie. Mais également un projet de vie personnalisé. Ici, les familles et les proches sont particulièrement encouragés à participer et à s’impliquer.

Comment on y entre? L’admission repose sur un diagnostic réalisé par le médecin de l’unité et l’équipe soignante sur la base de ce que l’on appelle l’Inventaire Neuropsychiatrique (NPI/ES).

Pour ce dernier, trois critères: le diagnostic de la maladie d’Alzheimer ou d’une maladie apparentée, des troubles sévères du comportement qui altèrent la sécurité et à la qualité de vie du patient, des autres résidents, des soignants ou de l’entourage. Aussi, le patient doit être mobile. Enfin, l’entrée n’est possible que si le consentement de la personne a été activement recherché.

 

Combien ça coûte? Le principe est le même que pour l’Ehpad. En revanche, ce type d'établissement propose des soins médicaux spécifiques. Ce service médical obtenu, ainsi que le coût du personnel comme les aides-soignants entrent en compte dans les tarifs des établissements.

Les maisons de retraite associatives

Photo DR.

La "maison de retraite" comprend l'ensemble des résidences pour seniors. Ces structures peuvent être médicalisées ou non. C’est la principale différence entre une maison de retraite associative et un Ehpad associatif. Ce dernier est médicalisé. 

La maison de retraite associative ou l’Ehpad associatif, à but non lucratif, sont gérés par des organismes privés comme les groupes mutualistes, les caisses de retraite, les fondations, etc. Les établissement son généralement plus récents que les structures publiques et mieux positionnés. Ils sont plutôt implantées en ville, à proximité de commerces, tandis que les deux tiers des résidences publiques se trouvent en espace rural. 

La maison de retraite associative est rassurante parce qu’il n’y a aucun objectif de rentabilité et qu’il faut quand même respecter un certain niveau de qualité de prise en charge, de sécurité (bâtiments aux normes en vigueur), et de soins. On conserve les exigences du privé avec des tarifs quand même moins élevés. 

En termes de fonctionnement, les établissements associatifs sont calqués sur les Ehpad et et leurs normes définies par une convention tripartite.

Combien ça coûte? Les groupes appliquent des tarifs maîtrisés avec un taux d’encadrement (ratio personnel/résidents) aussi bon, voire meilleur que dans le privé. On est environ à mi-chemin entre les tarifs du public et du privé. Soit un peu plus de 2.004 euros mensuels (chiffres  CNSA 2019).

A noter que plus de de 90 % des établissements de ce même secteur non lucratif sont habilités à accueillir des bénéficiaires de l’aide sociale à l’hébergement, qui couvre la facture des plus démunis (contre seulement 40 % dans le privé).

A Nice, la “Maison” des Petites soeurs des pauvres

Jeanne Jugan - fondatrice de la congrégation Petites soeurs des pauvres -, a partagé sa maison avec deux amies, dont une personne âgée, Anne Chauvin. Depuis l’hiver 1839, les Petites Sœurs des Pauvres, perpétuent cette généreuse action en ouvrant leurs portes aux plus démunis. Elles ont ainsi fondé Ma Maison, classée établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad). Nous en avons un modèle à Nice équipé pour 12 à 20 résidents aux revenus modestes.

Les chambres sont simples, équipées d’un cabinet de toilette et parfois d’une douche. Toutes sont pourvues d’un système d’appel malade, de prises pour téléviseur et d’une ligne téléphonique. Un canal interne ou un circuit de sonorisation, relié à la chapelle, permet de suivre, pour ceux qui le souhaitent, les offices à la chapelle. Les résidents ont ici la possibilité d’apporter meubles et objets personnels. A chaque étage, des séjours, offices, salles de bain adaptées aux divers handicaps.

Plusieurs médecins interviennent mais chaque habitant a aussi la possibilité de solliciter le sien. Des services et des animations sont proposés. 

Qui peut être admis? Depuis Jeanne Jugan, le critère premier d’admission est d'avoir des ressources modestes ne permettant pas d’aller dans une autre structure d'hébergement. Ma Maison est une maison d’accueil privée, pour les personnes âgées de 60 ans et plus, sans limite d’âge, seules ou avec leur conjoint, valides ou semi-valides en fonction des places disponibles. Aucune condition d’origine ou d’appartenance religieuse n’est requise.

Ces maisons ne sont pas adaptées aux personnes atteintes de troubles du comportement. La structure n’a pas les moyens de les prendre en charge. Elle fait d’ailleurs régulièrement appel au bénévolat pour compléter ses équipes de salariés et animer le quotidien de ses résidents et de son foyer d’accueil.

“Rhôooooooooo!”

Vous utilisez un AdBlock?! :)

Vous pouvez le désactiver juste pour ce site parce que la pub permet à la presse de vivre.

Et nous, on s'engage à réduire les formats publicitaires ressentis comme intrusifs.