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A Mandelieu, cette jeune handicapée est privée de piscine, les copropriétaires de la résidence refusent de payer un élévateur mobile

Les copropriétaires de la résidence Les Trois-Rivières ont refusé de financer collectivement l’acquisition d’un élévateur mobile, au grand dam de la mère d’Audrey en fauteuil roulant.

Alexandre Carini Publié le 06/10/2021 à 19:58, mis à jour le 06/10/2021 à 19:35
reportage
Faute d’élévateur mobile, Audrey ne peut guère quitter son fauteuil pour profiter de la piscine dans sa résidence. (Photo Sébastien Botella)

Il y a de la verdure, une pelouse bien entretenue et des oliviers taillés. Lorsqu’elle n’est pas inondée par des pluies diluviennes, la résidence des Trois-Rivières et un havre de paix à Mandelieu.

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les époux Celot ont choisi d’acquérir là un appartement en rez-de-chaussée, il y a quatre ans. Avec ses allées praticables entre les bâtiments, un cadre adapté pour Audrey, 30 ans, handicapée depuis la naissance.

"Ma fille souffre d’un retard mental et physique, qui n’a été détecté qu’au bout de six mois, alors qu’elle ne suivait pas du regard, confie sa maman, dévouée. C’est une maladie non édictée, on ne sait pas exactement ce qu’elle a, mais elle n’a aucun point d’appui et ne parle quasiment pas. Elle est très peu autonome…"

Dans l’appartement que le couple a spécialement aménagé, Audrey nous gratifie d’un sourire, occupée à dessiner. Puis réclame à manger. Sur son tee-shirt, l’inscription "Surf Girl". Et c’est vrai que la jeune fille apprécie l’eau.

 

Dans l’eau, elle se sent un peu libre

"J’essaie de l’amener à la piscine Montfleury de Cannes, et c’est le seul moment de la semaine où Audrey se sent un peu libre, rapporte Lætitia Celot. Une fois qu’elle est dans l’eau avec sa bouée, elle peut se mouvoir en remuant les jambes, sans que personne ne la tienne. Elle voit du monde, elle est contente, ça joue sur son transit et son humeur."

Un bienfait dont Audrey aimerait également profiter à domicile, puisqu’une grande piscine est aménagée tout près dans la résidence des Trois-Rivières (il y en a trois au total). Mais pour plonger doucement Audrey dans le bassin, depuis son fauteuil, sa mère a toujours besoin de l’aide d’un tiers, au risque d’une mauvaise manœuvre.

D’où son appel à la solidarité et à la bienveillance des 1.300 copropriétaires, pour l’aider à financer un élévateur mobile sur batterie. Il permettrait d’immerger délicatement la jeune fille, sans risque, et sans avoir à effectuer de travaux supplémentaires dans la piscine puisque l’engin à roulettes peut être retiré dès après usage.

Même pas 10 euros par résident

Le coût total, de 10.718 euros, comprend l’élévateur, la ceinture de sécurité et la housse de protection, la livraison étant offerte. Soit une participation d’environ 8 euros pour chaque résident des Trois-Rivières. Après une lettre explicative adressée au Conseil syndical, le sujet a été mis à l’ordre du jour lors de la dernière assemblée générale de la copropriété. Hélas, la majorité a refusé de voter en faveur de cette acquisition, qui pouvait également servir pour d’autres.

 

Au grand dam, évidemment, de Lætitia Celot. "Je suis tellement triste. Ce matériel devait faciliter la vie des aidants, parents, de ma fille et de toutes les personnes en situation de handicap qui pourraient profiter des joies de la baignade en piscine, comme tout être humain."

Refus du syndicat des copropriétaires 

"Le syndic et le Conseil syndical rappellent que la réalisation de ces travaux n’es pas une obligation réglementaire...la responsabilité pèsera sur le syndicat des copropriétaires en termes d’entretien de cette installation non adaptée à un usage collectif."

C’est avec ce préambule, peu incitatif, que le projet d’achat d’un élévateur a été présenté lors de la dernière AG des Trois-Rivières. Or à Pro Médical Santé, le spécialiste mandolocien qui commercialise l’appareil, on est formel: l’appareil, autonome et mobile, ne nécessite pas de travaux ni entretien sur la piscine. "Il n’a pas besoin de points de fixation au sol et est spécialement conçu pour les collectivités. Simple d’usage, sans nuisance esthétique puisqu’on peut le retirer à volonté, il nécessite juste d’être stocké."

Pour autant, Claude Gantois, président des copropriétaires, n’en démord pas. Et justifie ainsi le refus de financement collectif: "Cette dame nous a présenté un dossier avec un appareil qui ne convient pas, qui coûte 10.000 euros et servira uniquement pendant les trois mois d’ouverture de la piscine. Après, faut le stocker. Il y a quelques années, on avait accepté de modifier une porte d’accès pour les personnes handicapées, ça avait déjà coûté 10.000 euros, mais ça n’a jamais fonctionné."

 

 

On peut en rediscuter...dans un an

Le bien-être d’Audrey? "Nous, on ne connaît pas son problème, ni le niveau de son handicap. La Ville de Mandelieu n’a même pas de plage adaptée pour handicapés, c’est pourtant plus facile de se baigner dans la mer que dans la piscine."

On insiste néanmoins pour savoir si tout arrangement est impossible. "Si on tient compte du vote, c’est non, tranche M. Gantois, avant de tempérer ses propos. Mais on peut en rediscuter l’an prochain au sein du Conseil syndical...Si c’est un projet fiable que cette dame prend en charge, pourquoi pas, ce n’est pas définitif..."

Hélas, le couple Celot a déjà épuisé ses aides financières pour l’aménagement de leur appartement et de leur voiture, et ne peut supporter seul le coût de l’élévateur, selon Laetitia. Dans le cas contraire, elle n’aurait sans doute pas fait appel à la "générosité" de ses corésidents...

Au nom des copropriétaires, le Président Claude Gantois justifie donc ce refus tandis qu’hier, quelques résidents profiteraient des rayons automnaux pour se prélasser dans la piscine. Et la conscience de chacun, de se refléter dans l’eau bleue...

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