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Les Toulonnais estiment que "la ville a un patrimoine moderniste à valoriser", selon un urbaniste

L’urbaniste Julien Meyrignac décrypte le regard que les Toulonnais portent sur leur ville : « Je ne connais personne qui n’ait pas envie de la défendre »

Recueilli par S. Mouhot (smouhot@varmatin.com) Publié le 17/09/2013 à 07:13, mis à jour le 17/09/2013 à 17:51
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Julien Meyrignac (ci-dessus), conseiller en urbanisme, a demandé à trente Toulonnais de parcourir leur ville à leur gré, pour ensuite recueillir leurs impressions et ainsi mieux comprendre comment s'articulent les différents espaces de la cité. S. M.

 L’urbaniste Julien Meyrignac décrypte le regard que les Toulonnais portent sur leur ville : « Je ne connais personne qui n’ait pas envie de la défendre »

Il y a quelques mois, une trentaine de « dériveurs volontaires » ont arpenté la ville de façon aléatoire, à l'occasion du cycle « la ville en liberté », du théâtre Liberté. But de l'opération, pour le Club des Sync (association d'urbanistes, artistes, designers, chercheurs, mais aussi agriculteurs) : recueillir des impressions sincères sur les rues, constructions, bâtiments qui forment le caractère de la cité.

« Spontanément, au départ de la place de la Liberté, chacun est parti vers le port. Cela tombe bien, la basse ville n'a rien à envier aux ruelles d'Aix-en-Provence ! » Julien Meyrignac, à la tête de l'agence Citadia, de conseil en urbanisme, n'est pas le dernier à défendre Toulon : « Quand je suis arrivé il y a vingt ans, j'ai reçu un accueil très simple. Travailler, se faire des amis : tout m'a été rendu possible très rapidement», avoue-t-il.

 

Quelles conclusions tirez-vous de ces « dérives volontaires » ?

On n'a fait qu'écouter ces trente Toulonnais, sans leur donner le matériau qui nourrit la réflexion. La majorité des avis sont très positifs (lire par ailleurs). Mon bilan, c'est qu'il y a un « dedans » et un « dehors » à Toulon. Ceux qui se contentent de traverser la ville se bornent à son côté difficile, bruyant, brouillon. Mais dès qu'on se pose et qu'on part à pied, il y a des choses multiples à apprécier : ville-port, ville provençale, ville haussmanienne, ville moderne, ville balnéaire. Ralentir le temps, c'est aussi faire attention aux autres. L'une des vraies caractéristiques de Toulon, c'est sa communauté de personnes généralement bienveillantes. Il n'y a pas ici ce sentiment d'insécurité qu'on peut ressentir à Marseille et dans des quartiers de Nice. Même si Toulon a aussi ses endroits interlopes.

Pour résumer : Toulon, ville laide, mais attachante ?

Il est certain que le patrimoine moderniste est le plus difficile à assimiler. Il y a pourtant de la beauté dans la Tour d'Ivoire, la piscine du Port Marchand ou à La Rode. Quand on arrive par la mer, beaucoup de bâtiments touchent à la magie et ne jurent pas du tout avec le Faron. Le problème du Port Marchand, c'est qu'il y a trop de stationnement et pas assez d'espaces publics. Mais la vraie difficulté de Toulon, ce sont les déplacements avec cette impression de goulet d'étranglement.

 

Peut-on être fier de cette architecture verticale ?

La question ne se pose même pas à Tel Aviv, Casablanca ou Miami, où le public se déplace pour voir ce type d'architecture. Même la ville du Havre a lancé des « architours ». Pourquoi devrait-on avoir honte à Toulon, alors que, par exemple, des élèves en architecture de Luminy viennent étudier le bâtiment de la caisse nationale militaire au Mourillon ? Toulon dispose d'un patrimoine moderniste dans un très petit périmètre. Il est largement temps de le valoriser.

L'urbanisme à Toulon semble s'être arrêté à la nécessité de loger des rapatriés d'Afrique du Nord...

Il y a trois phases distinctes : la reconstruction d'après-guerre (1945-1955), l'accueil des rapatriés et l'explosion de la démographie avec le baby-boom (1955-1965) puis l'aménagement de La Rode (années 1970). Par manque de place, rappelons qu'il a fallu assécher les marécages autour de l'Eygoutier. À partir des années 1980, les gens n'ont plus eu envie de la ville, mais voulaient un jardin : c'est l'essor des communes environnantes, jusqu'à Garéoult. Aujourd'hui, on constate un retour vers Toulon, par désir et par nécessité, pour réduire les coûts de déplacement.

Que penser de la Frontale ?

 

La Frontale doit être assumée, la question ne se pose plus. Elle fait partie de l'ADN toulonnais. Les immeubles permettent d'isoler le port en rendant les quais plus agréables.

Vous relevez « une transformation lente, profonde, pas brutale ». Trouvez-vous des bienfaits à la politique des petits pas ?

Après l'épisode du Front national (1995-2001), on a tous eu envie de retrouver confiance en nous. Il y a une fierté toulonnaise qui renaît, c'est incontestable et le Rugby club toulonnais y est pour beaucoup. L'action municipale aussi a redonné confiance. Petit à petit, à commencer par la rénovation de la place de la Liberté, ces actions font sens. Aujourd'hui, Toulon se sent capable d'affronter le monde. Ici, chacun peut ressentir le bénéfice des investissements. C'est l'inverse de l'effet Bilbao ou Mucem : que restera-t-il de Marseille 2013 dès l'année prochaine ?

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