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"Xavier de Ligonnès n’a pas dit son dernier mot": les confidences d'un proche du disparu le plus recherché de France

L’écrivain Bruno de Stabenrath, proche de Xavier Dupont de Ligonnès, était l’invité d’une "rencontre littéraire" à Saint-Tropez. Il livre un portrait inédit de son ami. Et quelques pistes.

Eric Marmottans Publié le 25/07/2021 à 09:15, mis à jour le 24/07/2021 à 23:23
interview
Bruno de Starenbath est l’auteur d’une biographie-enquête inédite. (Photo Sophie Louvet)

L’ami de jeunesse de Xavier Dupont de Ligonnès s’est livré au jeu des questions et des réponses dans la boutique LDB à Saint-Tropez. Le maître des lieux, David Frèche, y a créé un "pont littéraire" entre Paris et le plus fameux des villages varois, en nouant un partenariat avec une librairie de Saint-Germain-des-Prés (L’Écume des pages).

Ces derniers jours, quelques auteurs (Thibault de Montaigu, Anne Berest…) ont été invités pour une rencontre littéraire dans la boutique tropézienne, à deux pas de la place des Lices.

Au fond du magasin de vêtements, on découvre une sélection de livres et un petit jardin. C’est au seuil de ce havre que nous rencontrons Bruno de Stabenrath, l’auteur de L’Ami impossible (Gallimard, 527 pages, 22 euros).

 

Son récit ne se contente pas de dépeindre l’adolescence versaillaise de "Stab et Ligo", dont les liens d’amitié ont survécu aux décennies suivantes. Au portrait inédit de Xavier Dupont de Ligonnès qu’elle dessine, cette "biographie-enquête" ajoute de nouvelles clés de compréhension à l’énigme du siècle.

Pourquoi ce livre?

Depuis ma jeunesse, je suis passionné par les affaires criminelles. J’ai toujours été fasciné par ces personnes qui, pour telle ou telle raison, franchissaient la frontière. C’est quelque chose qui m’interpelle en tant qu’auteur. Mais je n’avais pas envisagé Xavier comme un personnage qui appartiendrait un jour à l’un de mes livres. Il m’a fallu dix ans pour mener ma propre enquête. Et j’ai voulu rectifier certaines choses.

Lesquelles?

 

On l’a par exemple comparé à Jean-Claude Romand [ce faux médecin condamné pour le meurtre de ses proches en 1993, Ndlr]. C’est vrai, Romand a tué sa famille, mais c’est un mythomane. Xavier, lui, n’est pas dans le mensonge; tout le monde savait quelle était sa situation. C’est quelqu’un qui empruntait et qui remboursait ses dettes. À la fin, pour lui, c’était l’horreur de ne pas pouvoir rembourser les 50.000 euros que lui avait prêtés sa maîtresse. On a aussi présenté Xavier comme un coureur de femmes; en fait, pas du tout, il a eu très peu de femmes dans sa vie.

Vous évoquez la thèse d’un "crime altruiste"…

Xavier était déjà en situation d’échec professionnel, déjà en situation d’échec financier, il ne voulait pas être en état d’échec conjugal. Plus jeune, il avait été traumatisé par le départ de son père. Lui ne pouvait pas quitter sa famille. Il s’est dit: "Ce n’est pas moi qui vais quitter ma famille, c’est ma famille qui va me quitter." C’est un crime altruiste mâtiné de son éducation mystico-religieuse.

À propos de cette éducation, vous n’épargnez pas sa mère. Diriez-vous qu’elle a joué un rôle "toxique"?

Complètement. L’épisode de 1995 [Xavier Dupont de Ligonnès s’aperçoit que la fin du monde prophétisée par sa mère, à la tête d’une communauté en marge de l’Église, n’a pas lieu, Ndlr] tombe heureusement pendant une période où il est en train de construire sa famille et sa vie professionnelle, il est dans le Var, il reprend vite le dessus. Mais il y a quelque chose de fondamental, dans sa construction psychologique, qui a été brisé, qui va l’amener d’échec en échec. Pour moi, la descente infernale, elle commence vraiment en 1995.

 

Qui est Xavier de Ligonnès que vous distinguez de Xavier Dupont, cet "ami impossible"?

Quand j’ai appris l’affaire, je n’y croyais tellement pas qu’il a fallu que je repasse la bobine de notre adolescence. C’est un garçon que j’adorais, on a partagé beaucoup de choses, la musique, Elvis, les Beach Boys… Je l’ai connu en fly jacket (blouson de pilote, Ndlr) avec ses Ray-Ban, sa clope, son col anglais et sa petite cravate. Quand on était sur nos "125", on nous appelait Starsky et Hutch. Xavier était un beau gosse très sympa qui avait beaucoup d’humour [...]. On était d’une noblesse désargentée, moi j’étais Rastignac, je voulais conquérir Paris. Lui, c’était un "aristo de province", quelqu’un de discret, il était dans le schéma de tomber amoureux, de construire une famille. Il aimait tout le monde, il n’était pas du tout politisé, on ne s’est jamais senti supérieurs. Xavier voulait réussir sa vie, avoir une belle maison dans le Midi, une piscine, des enfants, avoir un studio avec tous ses disques de country… L’ami "impossible", Xavier Dupont, c’est ce type qui est passé par je ne sais quel dédale mystico-religieux pour en arriver à décider de tuer sa famille, ses enfants qu’il aimait tant.

Vous le considérez toujours comme votre ami?

Quand tu aimes quelqu’un, est-ce que tu te dis: "Il est allé trop loin, ce n’est plus mon ami"? Je ne suis pas le bon Dieu, je ne suis pas juge. Je m’en tiens à mon rôle d’ami. Je suis un ami qui se dit que Xavier est toujours vivant, qu’il se fera tôt ou tard arrêter ou qu’il se livrera, peut-être qu’il sera dénoncé. Je serai son ami pour aller le voir en prison. Ma hantise, s’il était arrêté demain, c’est qu’il s’aligne sur la position de sa mère Geneviève et sa sœur Christine, qui affirment que ce n’est pas lui. Moi, je sais qu’il est coupable. L’Ami impossible, c’est la plus longue lettre que je lui adresse.

Pourquoi êtes-vous convaincu par la thèse d’une cavale et non celle d’un suicide?

C’est mon intuition profonde, je la partage avec des enquêteurs et avec pratiquement toute la famille de Xavier. Il a écrit qu’il avait vidé les comptes avant son départ. En six mois, il a eu le temps de se refaire. Il avait l’habitude de voyager depuis ses 16 ou 17 ans, c’est un mec malin, manipulateur, à l’aise, qui parle plusieurs langues. Il est tout à fait capable de créer son "écosystème", ce n’est pas quelqu’un de démuni. Lui qui s’est fait "baiser" par le système avec l’Urssaf, les impôts… Il prend sa revanche, c’est une sorte de défi énorme. On est toujours dans l’acte I. L’acte II, c’est quand on le retrouvera.

Bio express

14 mars 1960 : Bruno de Stabenrath naît à Pau (Pyrénées-Atlantiques).
1976 : Adolescent, il fait ses débuts au cinéma (L’Argent facile de François Truffaut, L’Hôtel de la plage de la plage de Michel Lang).
1977 : Bruno de Stabenrath se lie d’amitié avec Xavier de Ligonnès en classe de terminale à Versailles.
17 mars 1996 : Il est victime d’un grave accident de la route qui le cloue sur un fauteuil roulant.
2001 : Son roman autobiographique Calvacade est publié aux éditions Robert Laffont (adapté au cinéma en 2005).
2011 : Xavier Dupont de Ligonnès disparaît, son ami de jeunesse est convaincu qu’il est toujours vivant.

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