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Tortures et crimes de guerre: un ex-cadre d'un groupe islamiste arrêté à Marseille

Un ancien haut responsable d'un groupe salafiste syrien, soupçonné de tortures et de crimes de guerre et qui pourrait être impliqué dans la disparition d'une icône syrienne des droits humains, a été interpellé et mis en examen en France.

AFP Publié le 31/01/2020 à 22:09, mis à jour le 31/01/2020 à 22:12
Illustration. Photo AFP

Né en 1988, cet ex-porte-parole du groupe islamiste Jaysh al Islam (Armée de l'Islam) a été interpellé mercredi à Marseille par l'Office de lutte contre les crimes contre l'humanité, la Section de Recherches de Marseille et le GIGN, selon une source judiciaire.

A l'issue de 48 heures de garde à vue, il a été transféré au tribunal de Paris et présenté à un juge d'instruction qui l'a mis en examen notamment pour "actes de torture et complicité", "crimes de guerre" et "complicité de disparitions forcées".

Un juge des libertés et de la détention doit désormais statuer sur son éventuel placement en détention provisoire, requis par le parquet national antiterroriste (Pnat).

Le groupe Jaysh al Islam est notamment soupçonné de l'enlèvement le 9 décembre 2013 de l'avocate et journaliste syrienne Razan Zeitouneh, son mari Waël Hamada et deux de ses collaborateurs, Samira Khalil et Nazem Hammadi, qui n'ont jamais été retrouvés.

 

Mme Zeitouneh avait été l'une des figures du soulèvement populaire lancé en mars 2011 contre le régime de Bachar al-Assad, et avait reçu cette année-là le Prix Sakharov des droits de l'Homme en compagnie d'autres militants du Printemps arabe.

Recherchée par le régime, elle s'était réfugiée dans la banlieue de Damas et avait commencé à critiquer les violations des droits de l'Homme commises par toutes les parties au conflit, et notamment par les rebelles de Jaysh al Islam.

En juin dernier, une plainte accusant des membres de ce groupe d'avoir notamment commis des "actes de torture" et des "crimes contre l'humanité et crimes de guerre" dans la Ghouta entre 2012 et avril 2018 avait été déposée.

L'initiative avait été portée par la Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH), la Ligue des droits de l'homme (LDH) et le Centre syrien des médias (SCM), ainsi que par des membres des familles des personnes disparues, au terme de plusieurs années de recherches des ONG sur ce groupe d'obédience salafiste.

 

Travail au long cours

Ce travail de documentation au long cours a notamment permis d'établir un organigramme assez complet de Jaysh al Islam, qui a eu jusqu'à plus de 20.000 combattants et imposé au fur et à mesure la charia dans la région de la Ghouta, avant d'en perdre le contrôle en 2018, a expliqué à l'AFP Clémence Bectarte, avocate de la FIDH.

C'est ainsi que l'ONG a pu identifier le porte-parole du groupe dans le sud de la France et signaler le 10 janvier sa présence à la justice.

Le pôle crimes contre l'humanité et crimes de guerre du tribunal de Paris s'est saisi de ce dossier en vertu d'une compétence universelle qui l'autorise à poursuivre des suspects s'ils sont sur le territoire français.

Cet homme, interpellé sous le nom d'Islam Alloush, s'appelle en réalité Majdi Mustafa Nameh, ont affirmé dans un communiqué conjoint la FIDH, la LDH et le SCM.

 

Ancien capitaine des Forces armées syriennes, dont il a fait défection, il aurait rejoint le groupe islamiste et pris "la tête d'une brigade qui fut régulièrement accusée d'enrôler des enfants", indiquent les ONG.

"Plusieurs victimes le mettent également directement en cause pour des faits d'enlèvements et de torture", ajoutent-elles.

Cette mise en examen, "après l'ouverture d'informations judiciaires (...) visant des membres du régime de Bachar al-Assad et de l'Etat Islamique, ouvre une nouvelle page dans le jugement des crimes internationaux commis en Syrie depuis 2011", a salué Michel Tubiana, avocat et président d'honneur de la LDH.

En février 2019, un Syrien soupçonné d'avoir participé aux exactions commises contre les populations civiles par le régime syrien entre 2011 et 2013, alors qu'il était membre des services de renseignement locaux, a été mis en examen à Paris et écroué.

En novembre 2018, la justice française a lancé des mandats d'arrêt internationaux contre trois hauts responsables du régime syrien, soupçonnés d'être impliqués dans des exactions contre deux citoyens franco-syriens.

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