"Personne ne mérite de mourir pour 45€ et une carte bancaire": la retraitée de l'Escarène victime de vol à son domicile témoigne

Mort deux jours après son lynchage à L’Escarène, Jérémy Dasylva a été accusé par certains villageois d’avoir commis un cambriolage chez Muguette Giacomini. La retraitée raconte.

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Margot Dasque Publié le 05/12/2022 à 17:25, mis à jour le 05/12/2022 à 17:43
Muguette Giacomini a déposé une plainte après le vol dont elle a été victime le 12 octobre. (Photo Jean-François Ottonello)

Une porte rose s’entrouvre. Le visage de Muguette Giacomini apparaît. Depuis plusieurs jours, la retraitée de 66 ans voit défiler caméras et appareils photos dans son salon de L’Escarène. Elle reçoit autour de sa table en bois, la même sur laquelle ce fameux mercredi 12 octobre elle explique avoir déposé "comme tous les mercredis" sa carte bancaire et son argent liquide pour les courses du lendemain.

Un geste anodin qui, ce soir-là, a fait entrer cette grand-mère de quatre petits-enfants dans un scénario dramatique lié au décès de Jérémy Dasylva : "Mon mari était hospitalisé à Tzanck, donc j’étais seule à la maison. J’allais allumer la télévision pour mettre le journal de 20H dans la chambre. C’est là que j’ai vu une silhouette passer dans le couloir."

Elle hurle de peur. "Je me rends vite compte que mes 45 euros ne sont plus là et ma carte bancaire non plus. Mais mon sac à main n’a pas été touché." Alertant ses voisins, elle contacte son époux, sa famille, qui contactera les gendarmes.

Muguette vient d’être victime d’un vol à son domicile. Chamboulée, elle va se retrouver rapidement embarquée dans une autre affaire…

"Non, on ne le connaissait pas"

Quelques dizaines de minutes plus tard, ouvrant les portes-fenêtres du balcon, elle pointe du doigt le trottoir d’en face: "Les secours ont pris en charge un homme sous les boîtes aux lettres. Ils lui ont mis la couverture de survie. Les gendarmes m’ont demandé de descendre pour l’identifier."

Aux agents, elle confirme qu’il serait la personne entrée chez elle - via la porte d’entrée qui n’était pas verrouillée - avec une capuche sur la tête: "Tout s’est passé très vite… Mais l’individu que j’ai vu chez moi avait un sac à dos. Je sais que rien n’a été retrouvé: ni le sac, ni ma monnaie, ni ma carte. Mais je peux vous assurer que quelqu’un est bien venu me voler ce soir-là, je n’invente pas!"

Avant d’être conduit à l’hôpital Pasteur de Nice, l’homme de 39 ans aurait été lynché par des villageois, le suspectant d’avoir commis le cambriolage. "Non, on ne le connaissait pas. Sa compagne? On la croisait des fois mais sans plus, on la connaît de vue. On a compris qui c’était quand elle est passée à la télé."

Quant à ceux qui l’auraient poursuivi pour l’attaquer? "Non plus, on ne sait pas qui ils sont", assurent Muguette et son époux, sonnés par l’issue tragique de cette soirée: deux jours plus tard, cet habitant de La Colle-sur-Loup, qui fréquentait une Escarénoise, décède de ses blessures.

"Personne ne mérite de mourir pour 45 euros et une carte bancaire…", souffle le couple, interloqué par le déferlement de violence: "On ne comprend pas ce qui s’est passé."

"Dans le village, on ne nous en parle pas"

Aujourd’hui? Ces retraités essaient de passer à autre chose. Difficile quand les médias se présentent à tour de rôle sur leur paillasson: "Mais dans le village, on ne nous en parle pas." 

Croisée de l’autre côté du pont, une habitante s’arrête dans son ramassage de feuilles mortes. L’omerta? Elle n’en sait rien. En tout cas, elle n’a pas été mise au courant tout de suite: "J’ai appris ce qu’il s’est passé bien après. Entre anciens on se connaît tous. Mais le village est aussi un dortoir pour bon nombre de personnes. Donc il y a beaucoup de gens qu’on ne croise pas. Ce n’est plus comme avant, où l’on se retrouvait tous dans des fêtes."

C’est surtout par "les infos" que le sujet et les théories circulent dans les ruelles: "Certains parlent de règlements de comptes derrière cette affaire… Ce sont des rumeurs, mais quoi qu’il en soit c’est terrible. Mais des choses comme ça peuvent se passer n’importe où."

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