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Pascal Duquenne: "Je joue constamment"

Parrain de la 2e biennale européenne Art et handicap mental à Saint-Tropez, le héros trisomique du Huitième jour revient sur son parcours émouvant ainsi que la peinture

Elsa Mari Publié le 27/09/2013 à 07:05, mis à jour le 27/09/2013 à 08:12
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Un peu à l'écart du groupe, Pascal peint une toile inspirée des Arbres rouges de Maurice de Vlaminck. Hervé Lillini

Parrain de la 2e biennale européenne Art et handicap mental à Saint-Tropez, le héros trisomique du Huitième jour revient sur son parcours émouvant ainsi que la peinture

Au fond du jardin, Pascal Duquenne est là, debout face à un chevalet en bois. Concentré, l'acteur belge parcourt la toile de grands traits de couleurs fauves, inspirée d'une reproduction de Maurice de Vlaminck, posée sur un tabouret.

Au centre de vacances de Lou Riou, la vedette trisomique du film le Huitième jour, parraine la seconde biennale européenne Art et handicap mental à Saint-Tropez jusqu'à dimanche.

 

« Pascal ? » Il se retourne, lâche aussitôt son pinceau. Presque inquiet de se faire attendre. Où s'installer ? Les yeux rieurs, il hausse les épaules. Légèrement anxieux avant l'entretien. « J'ai mal dormi », confie-t-il, en s'asseyant sur une chaise au soleil. Depuis quelques jours, Pascal se familiarise avec le groupe d'artistes. Ici, ce n'est pas « Georges », héros du Huitième jour.

Sauf peut-être dans les yeux d'une des participantes, cachée derrière un arbre lors de l'entretien : « Plus tard, je veux être une star comme lui », interrompt-elle, le visage illuminé.

Un parrain sans nœud papillon

Non, ici, ce n'est pas ce trisomique génial encensé par les médias. Juste Pascal, dans un rôle moins connu, celui de peintre : « Je suis des cours de dessin en Belgique et je fais de la gravure. À l'aide d'un rouleau, j'applique de l'encre sur une plaque en métal », explique-t-il, comme une évidence.

 

Un recueil de ses monotypes a été publié en 2001. Pascal se lance, spontané, sans peur d'échouer, ni d'être jugé. Avec une liberté enviable.

Le plaisir comme projet de vie

Il cherche seulement à s'amuser. Comme lorsqu'il accepta de tourner le premier film qui lui a valu sa gloire actuelle. À cette évocation, son regard se met à pétiller. Dans un grand éclat de rire, il se met à rejouer son texte, appris pourtant il y a plus de vingt ans. Cette fameuse scène où Harry lui interdit de manger du chocolat, où il jette le GSM dans la voiture, contrarié.

Et cet épisode dans un magasin, lorsqu'il lance à une vendeuse décontenancée : « Vous voulez faire l'amour ? » Puis la consécration sur la scène du festival de Cannes, à l'appel de son nom, pour le prix d'interprétation masculine en 1996, aux côtés de Daniel Auteuil.

« Oh, c'était merveilleux. Quand j'en parle, je sens que tout remonte en moi. C'est comme si je revivais cet instant », dit-il, la main sur la poitrine.

 

Il se souvient de son nœud papillon rouge, de son nom prononcé dans le micro : « Ma mère était à l'étage, elle avait peur pour moi. Sur scène, j'ai pleuré ». Et aussi des plages de Cannes semblables à Alerte à Malibu, de son « bon copain Daniel Auteuil ». Sans nostalgie. Pascal s'amuse de ces paillettes. Elles sont un moyen de rire mais pas une finalité. « Tout le monde peut être une star, il suffit de bien faire son travail », lance-t-il, en haussant les épaules. Les photographes, les journalistes, « je rigole avec eux. Parfois ils m'endorment, ça dépend ». Si on lui pose une question difficile, il donne toujours la même réponse : « Trop compliqué, je ne sais pas ».

« On est tous différents »

Il se laisse guider, craint de couper la parole. Sauf pour établir un distinguo : « La trisomie et le handicap ne sont pas la même chose. Je suis trisomique mais je ne me considère pas comme un handicapé. Je suis quelqu'un de normal, on a tous nos différences. Certains ont des lunettes. Moi, je peux parler, entendre, voir et marcher ».

Entre ses séances de natation, ses matches de football, Pascal se marre. « Je suis un vrai champion, j'en ai gagné des médailles », sourit-il.

Grand comédien, il l'est aussi lorsque les caméras sont éteintes.

Au printemps 2014, Pascal tournera Les Notes de l'espérance : « J'ai un petit rôle, je joue du piano, je me balade le long de la mer ».

 

Quelques minutes plus tard, il revient sur le scénario : « En fait, je n'ai pas le droit d'en parler. Je vous ai dit n'importe quoi ».Le regard espiègle, il confie :« C'était juste pour m'amuser ».

 

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